Wish you were here – Roman

Wish you were here est actuellement en recherche d’éditeur. J’ai décidé d’arrêter là les nombreuses réécritures qu’il a pu connaître car rien n’est perfectible et parce que je crois aussi, avec de plus en plus de certitudes, que le dernier auteur d’un livre est le lecteur qui le croise.

Résumé

Lise et Will s’aiment depuis leur première rencontre à la maternelle. Inséparables et pourtant toujours fuyants, c’est sans compter sur l’inconstance maladive de Lise qui, bien que profondément amoureuse de lui, ne parvient pas à combattre ses démons intérieurs suffisamment longtemps pour accepter l’amour inconditionnel que Will lui apporte. Jeu du chat et de la souris sur près de 30 ans, nous suivons l’histoire de ces deux personnages à travers les fragments qui forgent leur passion destructrice, avec, en filigrane, toujours cette demande, cette supplique, cet espoir : Wish you were here.

Le titre

Le titre de ce roman est bien sûr un hommage à la chanson des Pink Floyd écrite par Roger Waters et David Gilmour en 1975.

So, so you think you can tell Heaven from Hell, blue skies from pain.
Can you tell a green field from a cold steel rail?
A smile from a veil?
Do you think you can tell?

Did they get you to trade your heroes for ghosts?
Hot ashes for trees?
Hot air for a cool breeze?
Cold comfort for change?
Did you exchange a walk on part in the war for a lead role in a cage?

How I wish, how I wish you were here.
We’re just two lost souls swimming in a fish bowl, year after year,
Running over the same old ground.
What have we found?
The same old fears.
Wish you were here.

[Traduction:

Donc, tu penses pouvoir distinguer le paradis de l’enfer, des ciels bleus de la peine. Peux-tu distinguer un champs de verdure d’un froid chemin de fer ? Un sourire d’une grimace ? Penses-tu le pouvoir ?

T’ont-ils obligé à troquer tes héros pour des fantômes ? Des buissons au lieu d’arbres ? De l’air chaud au lieu d’une brise glacée ? Un confort froid au lieu du changement ? As-tu échangé un rôle important dans la guerre contre un second rôle dans une cage ?

Oh, oh, comme j’aimerais que tu sois là. Nous sommes simplement deux âmes perdues nageant dans un bocal, années après années. Parcourant la même vieille terre. Qu’avons-nous trouvé ? Les mêmes vieilles peurs. J’aimerais que tu sois là.]


 

Pour aller plus loin… (réflexions, auto-analyses à la volée, expérience personnelle), à lire avant ou après le roman lui-même: appareil critique, attention vous risquez d’être un peu spoiler !

Roman en fragments

Oui, je sais, l’histoire peut paraître un peu bateau mais tout a déjà été écrit finalement, et pourtant, personne ne le racontera jamais de la même manière, avec les mêmes mots, la même technique…

Le roman en fragments ou fragmenté est un genre à la lisière du recueil de nouvelles et du roman, entre la compilation et le récit, voir le scénario de film. Le récit y est donné par bribes, accordant autant de place aux non-dits qu’à ce qui est dit, ici par le narrateur ou le truchement des pensées des deux personnages. Ces non-dits sont à l’image de ce lien pervers et passionnel qui unit Lise et William, fusionnels et pourtant incapables de s’avouer l’un à l’autre, tellement fusionnels peut-être qu’ils croient que les mots parlés, entre eux, n’ont aucun sens, que tout se passe entre deux pensées connectées.

Ainsi, pas de continuité dans le temps ou dans l’espace, la continuité du récit semble se situé dans le fil des pensées des personnages, un dialogue de sourd : perte des repères, morcellement, suspension du temps. Il s’agit donc forcément, comme tout ce qui est humain, d’un matériau en constante transformation, si bien que le lecteur ne peut qu’émettre ses propres hypothèses, forcé d’analyser lui-même les personnages et de combler les vides laissés dans l’histoire par les nombreuses ellipses, flashbacks et flashforwards.

À notre époque où les conversations par mails, messages et tweets, sont condensées en des instantanés, la fragmentation dans la fiction est de nos jours de plus en plus usité : on livre de moins en moins de long roman racontant une histoire du début à la fin, on cherche à faire interagir le lecteur qui devient lui-même écrivant : il écrit lui-même ce qu’il pense être dans la continuité de l’histoire, cela varie forcément d’un lecteur à l’autre, l’histoire des personnages, leurs vides et leur avenir est entre les mains d’une personne extérieure qui transporte avec lui ses propres bagages et ses propres expériences.

Tout comme nos vies sont peuplées d’instants éphémères, de ces scènes marquantes, de ces échanges épisodes, le roman fragmenté ne livre que ces essentiels d’une vie, un condensé de vie, d’une vie traversée par des centaines de fragments d’autres vies, de vies éparpillées. La fragmentation du récit dans ce cas est également à l’image du personnage féminin principal : Lise est un être insaisissable, qui ne peut être saisi complètement, qui fuit cette complétude et ne voit son identité qu’à travers le reflet d’un miroir brisé qui fractionne son visage, elle ne peut se voir complète ; Will quant à lui peut représenter ces vides qu’elle laisse derrière elle, sans cesse perturbé par les allées et venues de Lise. À l’image de cette psyché déformée de Lise, Wish you were here multiplie les contradictions, les ellipses, les passages soudain d’un état psychique à un autre sans qu’il y ait de réel lien entre les fragments si ce n’est la présence des deux personnages comme s’ils jouaient chaque fois la scène d’une pièce de théâtre différente.

Car c’est aussi là la représentation d’un jeu pervers : on joue avec les sentiments, on blesse, on aime passionnément, avec violence, avec tendresse. Le découpage du roman peut crée alors chez le lecteur un sentiment de constante irréalité, c’est ce que ressens Will – perdu dans cette vie en pointillé entre Lise et la vie qu’il a en parallèle – lui-même souvent tout au long du récit « comme si une telle histoire d’amour fou, ne pouvait être fait qu’en adoptant le ton, non de la déraison, mais de l’irrationnel » (Blog de Michel Diaz, article « Soirée-débat du 11 novembre 2014 autour du roman « Soluble » de Brigitte Guilhot« )…

 

Mon roman, moi et l’autre (cet écrivain assoiffé)

J’ai fini Wish il y a deux jours.

Je n’ai pas ressenti de réelle émotion que ce soit de soulagement (d’en avoir fini) ou d’euphorie (d’y être parvenue). C’est ce que disent beaucoup d’auteurs : c’est au cœur de l’écriture qu’on ressent le plus d’émotions, une fois terminé, on a pu suffisamment éduquer l’enfant pour qu’il prenne son envol et on devient peut-être inconsciemment plus indifférent pour le laisser faire son chemin seul. Voilà bientôt trois ans que je l’avais commencé et je me souviendrais toujours de lui comme de cet ami qui m’a transformé, m’a aidé à transformer des choses de mon passé pour en faire une autre existence à part entière. De mes doutes passés et de ma quête infantile, de ces « et si ? » qui m’ont taraudé l’esprit pendant trois ans, est sorti ça : mon premier roman – fragmenté bien sûr, tout comme je suis cette ligne dans ma vie et dans mon écriture. Je voudrais être l’écrivaine du fragment, il y en a bien sûr tant d’autres qui ont marqué cette esthétique, dont mon maître Virginia Woolf (dont je lis actuellement le journal intégral) qui avait une vie tout aussi fragmentaire (qu’est-ce qui ne l’est pas ?).

Bref. Lorsque j’ai commencé à écrire Wish, c’était pour pallier un manque, me convaincre que je devais renoncer à cette image qui m’apparaissait l’idéal. J’ai assemblé alors tout ce que j’avais pu écrire sur et avec lui, et je croyais que le roman était achevé. Ce n’était que l’esquisse et le roman prenait tout juste racine car moi je n’étais pas encore transformée par rapport à cette histoire et les personnages n’avaient pas encore leur vie propre ; ils étaient encore trop moi, pas assez eux. Je m’attachais encore trop à l’histoire d’origine, somme toute banale.

En farfouillant dans les nombreux fragments, disséminés dans des cahiers, sur des feuilles éparses, dans des classeurs et des journaux intimes, j’ai pu retrouver un texte écrit cinq ans auparavant dans lequel un personnage féminin se préparait à se marier et faisait face à son reflet dans le miroir en robe de mariée, la narration suivait le cours de ses pensées et de ses doutes. La redécouverte de ce fragment que j’avais oublié, assez mal écrit, mais qui contenait déjà une intention marquée et intéressante, me fit sourire sur le coup, puis s’imprégna quelque part en mon moi écrivain ; je sentais que ce fragment aurait un rôle à jouer dans Wish mais je ne savais pas encore vraiment quoi.

Finalement, c’est de ce fragment qu’est découlé tout le reste car, petit à petit, sont venues des scènes, des fragments sortis directement de mon écrivain, de mon imagination (rien finalement, ou si peu de choses n’a eu vraiment lieu dans ma vie réelle) : là, je commençais vraiment à écrire l’histoire du roman. Je commençais à créer un passé et une vie aux personnages qui me ressemblaient de moins en moins, même s’ils ont gardés des leitmotivs. Je crois que ça a été la période la plus émotionnellement chargée mais aussi la plus déstabilisante. J’étais possédée. Je vivais l’histoire de mes personnages dans ma tête. J’écrivais tout le temps. En marchant, en parlant, en travaillant. C’était tellement intense et tellement dangereux. Car je me perdais le moi humainement réel dans le moi écrivain, au point de m’emmêler même dans mes propos aux autres, peinant à délimiter la vie réelle de ma vie scripturale.

Mais j’écrivais, les scènes s’enchainaient, donnaient un sens plus profond aux personnages qui devenaient vivants, créaient une histoire plus universelle. L’histoire presque entière du roman s’est crée à cette période, il y a deux ans ; ce sont d’ailleurs pratiquement uniquement ces scènes que j’ai gardé dans la réécriture.

J’ai eu de nombreuses révélations également en ce qui concerne la fin, croyant chaque fois que telle scène pourrait clore le roman et puis une autre révélation venait la remplacer. Au final, c’était au prix d’une révélation très intime : il fallait accepter d’avoir des fantasmes et qu’ils restent non effectifs dans ma vie, que c’était même sain de fonctionner de cette façon, et que l’écriture me permettait de les assouvir. Et finalement, qu’est-ce que l’écriture de fiction si ce n’est un fantasme amplifier au point de créer une histoire à part entière ? À partir de cet instant, je n’ai plus écrit de nouvelles scènes et il ne semblait pas avoir besoin de plus d’ailleurs. S’est suivi une période où j’ai laissé Wish de côté pour reprendre mes nouvelles des Fantômes et produire beaucoup de fragments réflexifs sur l’écriture et donc la vie. Puis, réalisation finale : [Je ne vais pas vous spoiler à ce point-là quand-même !].

Pendant un temps, voyant la finalité scripturale de Wish arrivait, j’avais peur qu’il me manque, cet ami qui m’avait accompagné dans ma transformation ; mais aujourd’hui, je suis sereine, je n’ai plus besoin de cet ami, il représente mon passé d’écrivain que je me suis construit et j’aspire à d’autres choses, peut-être plus universelles. Il restera éternellement là, en moi, un de mes fragments, ce passé dans lequel, à un moment, j’ai trouvé, en imagination, mon existence.

(écrit le 9 septembre 2014)

Les semaines qui suivirent l’écriture de ce bilan furent plus difficiles, je déprimais, mon ami me manquait, je me sentais tout à coup seule, vidée, abandonnée…

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