#Extrait 51

Lorsque l’été s’immisce dans l’atmosphère, toute la ville est en effervescence : des animaux sortant d’une hibernation trop longue. Le retentissement des klaxons parvient jusqu’à mon mirador ; les gens en tee-shirts colorés marchent à pas lents, assommés par la chaleur. Je les entends se plaindre l’hiver du froid, l’été de la chaleur, l’automne des feuilles d’arbres jonchant le sol, le printemps du pollen qui irrite leur respiration saccadée. Ils paraissent plus apaisés en cette période, mirage d’une illusion : les saisons n’influent pas sur les gens. C’est le fait qu’elles s’écoulent trop vite, à mesure de ces rides cernant les visages, obligeant à accélérer le pas pour rattraper les temps perdus. Ils ont l’air pourtant physiquement excités par la chaleur.

Une femme et son enfant traversent la route, un camion les évite de justesse ; un chauffeur de bus salue celui qui vient en sens inverse ; l’eau jaillit des fontaines dégelées dans un clapotis ambiant ; un groupe de jeunes garçons refuse la partie de foot à une fillette qui s’éloigne le visage baissé. Les enfants sont fascinants : ils ont la cruauté sincère, naturelle, que l’adulte cherche à cacher derrière des apparences bienveillantes. Sans aucun doute, plus nous vieillissons, plus nous cherchons à cacher notre part animale intrinsèque. Á quoi bon la combattre après tout ? Aimer l’humain, n’est-il pas aimer aussi cette part sombre ? Si ce n’est la comprendre, tout au moins l’accepter.

Dans quelques minutes, la circulation va devenir insoutenable à mes oreilles : les gens sortant du travail, rentrant chez eux pour raconter leur journée au conjoint, se mettre devant la télé, puis effectuer un rapide va et vient horizontal pour sombrer ensuite dans les abîmes ; ça recommence chaque jour.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes

#Extrait 38

Je suis un voyeur. J’essaye de ne pas tomber en escaladant ton rempart. Car tu es la seule qui me permettre de me sentir plus grand que je ne le suis en réalité. Je suis juste un voyeur. Seul depuis trop longtemps. Des problèmes avec les gens. Plus rien à perdre. Je ne pèse rien. Je ne suis rien aux yeux des gens. Mais je suis nu aux tiens, lorsqu’ils me percent. Je ne suis rien d’autre qu’un voyeur. Coupé du monde depuis trop longtemps, et sans toi, je ne suis rien. Un étrange amour fou semble embellir la marée du soir à tes côtés. Une telle imagination peut aider à la dérive des sentiments. Je te vois au bout de la rue et mon cœur s’emballe comme celui d’un enfant. Ça me fait tout simplement vivre. Est-ce important ? Je suis un voyeur depuis longtemps. Tu me cultives comme une plante verte. Pourtant tu ne vois jamais la solitude qui est en moi. Me vois-tu vraiment ? Quelle importance ? Je vois tout mais ne vis pas, tu vis et tu vois, c’est toute la différence. Je connais les manies et les habitudes de chaque habitant du quartier ; je connais ta vie comme si c’était la mienne.

Mais voilà qu’aujourd’hui, tu n’ouvres pas la fenêtre. Tu restes quelques minutes dans l’appartement puis descends rapidement les escaliers pour apparaître à la porte de l’immeuble, un sac à l’épaule, le sourire aux lèvres. J’ai comme l’impression que je ne te reverrai plus. Et je réalise que ta future absence n’est pas le constituant de ma peur. Mon angoisse soudaine vient de ce que ma vie, suspendue à la tienne, est sur le point de prendre fin. Je ne m’attendais pas à un tel changement. Je ne m’attendais pas à ce que, toi aussi, tu m’abandonnes, comme elle l’avait fait, déprogrammant ma vie à nouveau… Je suis perdu.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes