#Lecture: Snow queen

Au rythme des flocons de neige qui couvrent la ville de New-York début décembre, Cunningham dresse une nouvelle fois un portrait nuancé, sensible et fulgurant du passage du temps, de la confrontation à la vieillesse et à la mort, de l’inexorable enchevêtrement des années qui ne semble jamais apporter avec lui ses réponses mais toujours plus de questions et de doutes. Il a un espoir. L’espoir est un vieux bonnet de bouffon, à présent. Un bonnet bariolé décoloré avec ce petit grelot au bout. Qui aurait le courage de le porter désormais ? D’un autre côté, qui serait assez audacieux pour l’ôter, l’abandonner chiffonné en chemin ? (p. 45). C’est peut-être ça justement être humain, semble nous dire Cunningham : c’est simplement être fragile, ballotés entre nos doutes et nos aspirations. Ce que la vieillesse semble finalement transporter avec elle c’est une sorte de perte d’espoir, une certaine méfiance et surtout une prudence : ne nous emballons pas trop vite. c’est un New-York bercé par un temps suspendu, celui des flocons de neige sur Central Park donc, mais aussi, comme Cunningham sait toujours le faire, l’instantané d’un instant de vie dans lequel toute une vie semble se rassembler pour mieux se disperser.

– Je pense que les gens s’inquiètent trop. Je pense que nous devrions aller de l’avant et faire des erreurs. Comme, par exemple, décider de se marier. Avoir des enfants. Tu vois ? Même si nos raisons ne sont pas toutes nobles et pures. On peut être noble et pur toute sa vie et finir, eh bien, pratiquement seul.

– Peut-être, répond-elle. C’est tout à fait possible.

– Ça finit toujours par être le bordel. C’est nécessaire. (p. 77)

On retrouve des items propres à l’univers cunninghamien, toujours très influencé par Virginia Woolf tout en ayant créé son propre univers bien distinct (on est pas dans le plagiat mais bien dans l’imprégnation tellement puissante qu’elle ne peut que rejaillir dans ses propres écrits) : l’eau (qu’on trouvait dans The Hours à travers le suicide de Virginia dans la rivière), ici sous forme de neige, l’errance dans la ville, la sans cesse confrontation et ré-acclimatation humaine face au temps, … des thèmes qui, effectivement, étaient également chers à Virginia. Mais d’autres influences percent également dans ce roman, notamment, très explicitement, le conte La Reine des neiges d’Andersen, (Oui, pense Barrett à nouveau, voilà pourquoi Tyler t’aime tant. C’est une de ces éternelles vieilles histoires : la jeune fille au cœur simple qui accède à un trône et devient légendaire, en partie parce qu’elle apporte la bonté et d’autres vertus ordinaires à un royaume plus généralement gouverné par l’hypocrisie, par de viles et néfastes cruautés. p. 159-160) ce fragment de glace qui se plante dans l’œil de Tyler et symbolise la mort, une symbolique qui n’est pas sans rappelé non plus le nénuphar (cancer) qui se plante dans le corps de Chloé et le fait lentement mourir dans L’Écume des jours de Boris Vian dont on sent clairement ici aussi l’influence. Cunningham nous entraîne donc, toujours comme à son habitude (mais sans jamais nous lasser), dans une farandole d’échos de toutes parts, à l’image également des échos qui résonnent entre les vies de ces trois personnages aux prises avec un instant de vie dont ils pressentent l’essentiel sans parvenir à le retenir.

Oui, pense Barrett à nouveau, voilà pourquoi Tyler t’aime tant. C’est une de ces éternelles vieilles histoires : la jeune fille au cœur simple qui accède à un trône et devient légendaire, en partie parce qu’elle apporte la bonté et d’autres vertus ordinaires à un royaume plus généralement gouverné par l’hypocrisie, par de viles et néfastes cruautés. (p. 159-160)

Le synopsis d’ailleurs. Snow queen est un chassé-croisé entre quatre personnages sur quatre ans : des bribes de vie épars ça et là, toujours en hiver, dans la chambre d’un appartement d’un quartier pauvre, les allées de Central park, les bords de fenêtres, un magasin de fripes. Tyler, sa femme, Beth, et son frère, Barrett, vivent tous les trois dans un loft d’un quartier pauvre presque comme un couple marié à trois. Tyler tente d’écrire une chanson à offrir à Beth en cadeau de leur mariage, Beth se meurt d’une tumeur et Barrett essuie sa énième déception amoureuse, Liz, la propriétaire de la friperie où travaille Barrett, veille comme une mère sur ses amis tout en affrontant sa cinquantaine approchante palliée par le jeune amant qu’elle a au bras. Alors que Beth semble tout à coup miraculeusement guérie, chacun se perd dans le bouleversement des rôles que l’absence de la maladie vient tout à coup perturbé…

Pourquoi ne lui était-il pas venu à l’esprit que la musique vient du pays du sommeil, que la musique est l’étrangeté familière des visions nocturnes – le garçon à moitié sauvage qui cabriole sur le chemin serpentant à travers les arbres centenaires, chantant avec ce que vous croyez être une voix haute et claire, pas tout à fait humaine, inaudible à la distance à laquelle il exécute sa danse de jeune cheval aux sabots fendus ? Le truc, c’est de rêver assez longtemps pour se trouver à portée de voix.

Tyler l’a compris, il a fini par comprendre qu’il était dans l’erreur quand il composait ses chansons. Une de ces erreurs qui se logent si profondément dans votre cerveau que la seule solution qui vous soit offerte est de trouver un moyen de la contourner, sans jamais imaginer que l’idée pourrait être fausse. Pourquoi ne l’avait-il pas compris plus tôt ? On ne tente pas de saisir la musique, on laisse la musique entrer. Il a eu une attitude de macho pendant tout ce temps. Il a essayé de forcer les chansons à venir à lui, comme un chasseur grotesque qui voudrait attraper les oiseaux en plein vol, à mains nues, quand ce qu’il faut faire, à défaut d’avoir des flèches, à défaut d’avoir une lance, c’est attendre tranquillement, patiemment, que l’oiseau se pose. (p. 229-230)


Références: Cunningham, Michaël. Snow queen. Paris : Belfond, cop. 2014. 277 p. Traduit de l’américain par Anne Damour.

Dans la carrière lecteur, je voudrais la carte Relire, s’il-vous-plaît

Sur le livre de Laure Murat, Relire: enquête sur une passion littéraire

A partir de ses propres constats et de son expérience de lectrice, Laure Murat se prend l’envie de confondre la thématique de la relecture et de tracer le portrait atomique de cette part essentielle de la carrière d’un lecteur : la relecture. Elle envoie donc un questionnaire à de nombreux autres écrivains (et donc avant tout lecteurs) pour recueillir leurs expériences de la relecture, et tenter de synthétiser ces retours.

Je suis surprise que de l’enquête de Murat ne ressortent pratiquement que des « classiques », comme s’ils étaient les seuls à pouvoir être à l’épreuve du temps et toujours pertinents. De même il n’y a pratiquement pas d’essais alors qu’ils sont pour moi source d’un réconfort différent des romans, que les deux genres se complètent.

Le problème du livre de Murat, me semble-t-il, est qu’il reste trop dans le cloisonnement académique, non seulement dans ce qu’elle-même dit et réfléchit mais aussi dans les réponses des participants : on se cantonne toujours aux mêmes livres. Et je me demande alors si ces réponses sont sincères, et, si elles le sont, je m’exclame : quel dommage que ce ne soit pas plus diversifié ! J’aurais sans doute aimé un plus grande diversité dans les personnes sondées : pas que des écrivains ou des grands lecteurs du même style, mais aussi d’autres grands lecteurs. Son enquête me paraît trop élitiste.

Fragments personnels

Cet essai soulève d’emblée en moi de nombreux questionnements, ou plutôt les souligne, car de ces questions aujourd’hui, justement en ce moment, je suis encerclée alors que je travaille sur mon essai, avec plus de régularité qu’auparavant (besoin sans doute de m’immerger enfin pour faire bouillonner l’ensemble des fragments) sur l’écriture et la lecture, deux artisanats que je mets en parallèle sur un pied d’égalité.

Relire en effet est une question actuelle pour moi car je convoque dans cet essai un nombre incalculable de citations relevées dans les livres que j’ai lu. Et cela me donne envie de les relire. Mais je suis pourtant toujours happée par les livres que je n’ai pas encore lu et qui m’attendent, parfois depuis longtemps, dans ma bibliothèque, sous l’aura bienveillante des livres que j’ai lu et que je garde précieusement, pas forcément pour les relire mais parce que j’ai besoin de leur présence dans la pièce où je travaille.

Et il y a aussi cette liste de livre à lire qui ne cesse de s’allonger malgré mes efforts pour la réduire, le tout sous couvert de cette idée : je n’aurai jamais assez d’une vie pour tous les lire.

Il y en a certains pourtant que je relis : Virginia Woolf, bien sûr, encore, elle que je lis chaque fois que je commence un nouveau livre comme une demande d’approbation (que penses-tu de cette nouvelle idée de livre, Virginia ?), comme pour retrouver sa protection et qu’elle me prépare à entrer dans mon nouveau livre.

Et il y a aussi, bien sûr, mon carnet de citations, que je ne cesse de parcourir un peu chaque jour, une forme de relecture partielle mais qui finalement me replonge dans chacun de ces livres sans avoir à les relire entièrement.

J’entreprends aussi depuis quelques mois de réunir des amis autour d’un projet de magazine culturel, je me dis aussi que cette entreprise n’est pas si éloignée du thème de la relecture : travailler sur un auteur, c’est aussi avoir le prétexte pour le découvrir OU effectivement, le relire.

Il me vient aussi en tête une autre forme de relecture. Lorsqu’un livre me plaît, avant même d’avoir fini la lecture, je me mets en quête de potentielles adaptations cinématographiques ou télévisuelles. Je me les procure et les visionne les jours qui suivent la fin de ma lecture. C’est une manière de rester encore un peu dans l’univers du livre sans y être vraiment. Je suis alors souvent choquée : non, ça ne se passe pas comme ça dans le livre ! Quelle infidélité ! Et sur une scène aussi essentielle en plus !

C’est que l’adaptation est déjà une lecture personnelle, celle du réalisateur qui a vu le livre de telle manière et dans tel état d’esprit. Mais tout comme relire un livre revient à lire tout simplement. Car il a changé et nous sommes nous-mêmes différents de la première lecture. Voir une adaptation de livre, c’est lire la version de ce lecteur en particulier. Il ne s’agit pas d’écart mais bien d’une nouvelle lecture (et donc d’une forme de réécriture), pratiquement un autre livre.

Il y a certains livres aussi que je n’ose même pas lire une fois car je connais l’adaptation déjà par cœur et j’ai peur d’être cloisonnée par les images du film, de ne rien pouvoir visualiser d’autre. Ainsi de Carrie, par exemple, de Stephen King. Pourtant, contre-exemple qui prouve la futilité de ma crainte : j’ai enfin lu Shining l’année dernière alors que je connais le film de Kubrick par cœur, et finalement : rien à voir, pas de perturbations, tous deux sont une œuvre indépendante et puissante.

Moi aussi, je veux participer au sondage !

Ce livre finalement ne m’intéresse outre mesure que par les questions qu’il soulève et parce qu’il me donne envie de dresser la liste des livres que j’aimerais relire, non seulement parce que j’adore faire des listes de livres, parce que aussi je suis curieuse de voir ceux qui vont ressortir et enfin parce qu’il y a quelques mois j’ai composé des classeurs de fiches des livres lus depuis le début de ma carrière de lecteur et que cela me donnerait l’occasion de l’utiliser. Et pourquoi de ceux que j’aimerais relire plutôt que ceux effectivement relus? Parce que je viens doucement à la relecture, je sens que je suis de plus en plus attirée, mais que je ne suis pas encore assez âgée pour avoir eu le temps de lire ET de relire en parallèle.

Il faudrait que la liste soit compartimentée car il y a les livres que je sais avec une quasi-certitude (si j’en ai le temps, si ma vie est assez longue, donc pas sûr en fait) que je relirais. Il y a ceux que je relis effectivement. Ceux que j’ai peur de relire. Ceux que j’ai lu et relu sous une autre forme. Ceux que j’aimerais relire par l’intermédiaire d’un autre lecteur. Ceux que je n’ai pas compris et qui me demeurent opaque…

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Et vous, quelle serait votre liste??

Lecture: Magnus – Sylvie Germain

Magnus Sylvie Germain

 

 

Résumé du livre

«D’un homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges puis gauchie par le temps, hantée d’incertitudes, et un jour soudainement portée à incandescence, quelle histoire peut-on écrire?»
Franz-Georg, le héros de Magnus, est né avant la guerre en Allemagne. De son enfance, «il ne lui reste aucun souvenir, sa mémoire est aussi vide qu’au jour de sa naissance». Il lui faut tout réapprendre, ou plutôt désapprendre ce passé qu’on lui a inventé et dont le seul témoin est un ours en peluche à l’oreille roussie : Magnus.
Dense, troublante, cette quête d’identité a la beauté du conte et porte le poids implacable de l’Histoire. Elle s’inscrit au cœur d’une œuvre impressionnante de force et de cohérence qui fait de Sylvie Germain un des écrivains majeurs de notre temps. (Quatrième de couverture)

Ma lecture

J’ai découvert Sylvie Germain à la lecture de son entretien dans la collection « Ecrire, écrire, pourquoi ? » (collection que j’ai dévorée en intégrale en deux semaines) qui m’a beaucoup interpellé notamment sur la question du fragment. Je me suis donc dirigée vers ce livre qu’elle disait justement ne pas avoir eu d’autres choix que de l’écrire en fragments, parce que le livre lui était venu ainsi: « Peut-être que le procédé en fragments correspondait tout particulièrement à ce livre racontant l’histoire de quelqu’un dont la petite enfance a été volée, a disparu, quelqu’un dont les souvenirs sont fracassés et en désordre, ce qui explique aussi que le « fragment 1 » ne prenne sa place que tardivement. C’est la preuve, en apparence biscornue, que tout se tient, quand on écrit un livre ! »

Le thème à vrai dire, même s’il a forcément su éveiller une certaine empathie (car personne ne peut, je crois, demeurer insensible face à une telle thématique), ce n’est pas lui qui m’a happé; je l’ai trouvé finalement assez peu original, peut-être parce que j’ai déjà souvent lu, vu écouté des mots à ce propos (forme d’implacabilité que connaît tout lecteur après des années de pratique de la lecture: on est surpris moins facilement).

Alors d’où vient cette attraction vers ce livre qui me l’a fait lire au galop? Je crois que la force du livre tient avant tout de cette forme du roman en fragments qui me happe non seulement personnellement (parce que c’est un motif qui m’importe beaucoup) mais aussi parce que l’effet fonctionne. Il nous est livré des fragments de la voix narrative interne du personnage, un personnage nécessairement fragmenté en lui-même puisqu’il est à la recherche de la constitution de sa psyché à travers des éléments épars qu’il peine à trouver et de sa mémoire (et, de plus, une mémoire n’est-elle pas foncièrement fragmentaire?!) dont des pans entiers manquent. Et c’est à nous, lecteurs, de comprendre, d’anticiper, ou d’imaginer les chaînons manquants.

Les séquences lyriques qui viennent rythmer le roman entre chaque fragment semblent livrer des pistes de compréhension sans que la clarté ne se fasse pour autant – tout comme dans celle du personnage. Cette technique permet de mettre le lecteur dans la posture même du personnage qui est en quête de soi à travers les débris épars et flous du passé ; et rien ne permet au lecteur de pouvoir affirmer à aucun moment en savoir plus que le personnage. Ils sont alors dans la même peau : ils émettent des hypothèses, font volte-face puis reviennent sur une potentielle reconstitution du passé et de l’identité de Magnus ; bref, le lecteur met les mains dans le cambouis avec le personnage et ne peut que supputer.

C’est à la fois une posture inconfortable – parce qu’il n’a pas le choix que de s’immerger dans cette quête ou de refermer le livre et passer à autre chose – et euphorisante – car on est actif, dans l’action avec le personnage et non à l’extérieur, spectateur. Voilà un roman où le romancier lui-même semble être absent du jeu qui se noue : il a livré le texte tel que celui-ci lui est apparu – fragmentaire et peut-être à jamais incompréhensible pour lui – au lecteur qui, pour accéder à ce qui se déroule n’a d’autre possibilité que de pénétrer cette psyché déconstruite, en quête d’une totalité que seul le lecteur peut-être pourra émettre mais jamais affirmer.

Ce roman est donc un exemple riche et humble d’une contribution à toute une littérature de l’intériorité, depuis Proust, Virginia Woolf et James Joyce, bien sûr, mais d’un écart aussi : à la fluidité et la continuité du flux de conscience des années 20, vient s’ajouter la technique du fragment, semblant révéler que l’intériorité de l’ « âme humaine » (comme l’appelait Virginia) est tout à la fois un flux continu de pensées mais se heurtant sans cesse avec la brisure de la personnalité, tel une tête de Janus non plus duelle mais multiple à l’intérieur de laquelle s’harmonise pourtant l’ensemble des fragments par une combinaison qui lui est propre. C’est d’ailleurs la théorie largement exposée déjà par Woolf et à laquelle personne d’autre ne pourra rendre un aussi bel hommage, mais Sylvie Germain livre ici un autre rendu possible de cette théorie de l’intime, et peut-être également plus en rapport avec le monde actuel: car, après tout, au quotidien désormais, nous sommes assaillis de bouts de textes épars, qui nous sautent même parfois littéralement dessus, il faut faire court, rapide, rythmé. La littérature est peut-être encore une fois le lieu qui permette de donner une toute autre temporalité, aller à contre-temps mais à la fois avec son temps, mimétisme de la réalité tout autant que écart (grâce à cette équidistance universalisante que seule permet la littérature).

 

Citation

Tant pis pour le désordre, la chronologie d’une vie humaine n’est jamais aussi linéaire qu’on le croit. Quant aux blancs, aux creux, aux échos et aux franges, cela fait partie intégrante de toute écriture, car de toute mémoire. Les mots d’un livre ne forment pas davantage un bloc que les jours d’une vie humaine, aussi abondants soient ces mots et ces jours, ils dessinent juste un archipel de phrases, de suggestions, de possibilités inépuisées sur un vaste fond de silence. Et ce silence n’est ni pur ni paisible, une rumeur y chuchote tout bas, continûment. Une rumeur montée des confins du passé pour se mêler à celle affluant de toutes parts du présent. Un vent de voix, une polyphonie de souffles.

En chacun la voix d’un souffleur murmure en sourdine, incognito – voix apocryphe qui peut apporter des nouvelles insoupçonnées du monde, des autres et de soi-même, pour peu qu’on tende l’oreille.

Ecrire, c’est descendre dans la fosse du souffleur pour apprendre à écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots, autour des mots, parfois au cœur des mots. (p. 12)


Références : Germain, Sylvie. Magnus. Paris : Albin Michel, DL 2005, cop. 2005. 274 p.


D’autres critiques de livres sur l’Echo scriptural.

En cours d’ébullition (9)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

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2 décembre 2014

Ces différents personnalités/personnages pourraient se révéler en fait être une représentation d’un fragment exacerbé de Lise. Puisqu’en chacun peut se révéler plus ou moins fortement ces différents états et que la personnalité propre d’une personne est son assemblage, non  ses fragments isolés.

8 décembre 2014

Note: La voix théorique sera la seule à utiliser la première personne : je ou vous ? Les autres personnages, à la troisième personne (il/elle) seront tous contenus dans un même flux.

16 décembre 2014

Je pense qu’il va falloir que je commence par écrire la partie de la voix en premier pour ensuite coordonner les scènes des personnages en rapport avec le nouvel élément théorique dont la voix parle à chaque nouveau chapitre.

Mais d’abord, écrire l’incipit, cette divagation de la voix dans le bus à propos des gens, de la musique, de la lecture et de l’écriture.

Je suis assez réticente à faire un plan mais je crois que ça va être nécessaire pour ce roman. Si ce n’est un plan détaillé, en tout cas au moins réfléchir aux grandes thématiques que chaque partie apportera et à la logique de l’agencement. Il faut que je fasse en fait un historique de la construction et de la transformation de la théorie du fragment de façon chronologique.

Et quant au titre, je n’arrive toujours pas à me décider entre « Echoes » et « Fragmentée ». Un des deux en tout cas, c’est certain, ces deux titres me suivent depuis quelques temps déjà.

Même si je fais un plan, je sais que je ne m’y tiendrai pas mais ça permettra de mettre la machine en branle.

Faire des recherches sur le flux de conscience et les techniques, lire et relire des romans du flux de conscience, notamment Virginia et Joyce.

19 décembre 2014

En rapport avec la citation d’Annie Dillard, En vivant, en écrivant, p. 14-15. C’est vrai qu’il est très difficile pour un auteur de se séparer de ses premiers jets ou de certains fragments qui en eux sont très valables qualitativement mais n’apportent rien à l’histoire ou ne sont qu’une digression par rapport à la direction qu’a pris le livre au fur et à mesure de sa conception.

J’en ai eu un parfait exemple avec Wish. Je me suis longtemps attachée aux premiers fragments (des lettres, des premiers jets) qui m’avaient menés petit à petit à vouloir écrire Wish mais je m’y embourbais. Je m’y attachais trop pour qu’une ligne directrice puisse enfin voir le jour et que le roman soit enfin libéré pour suivre sa propre route.

C’est dangereux même de trop s’attacher aux prémices d’un roman, comme si on cherchait à le retenir. A partir du moment où je m’en suis totalement libérée, le roman s’est mis à se construire tout seul, à pas de géant et toute sa réalisation, sa question essentielle, m’est enfin apparue, finalement assez lointaine de ce qu’avaient pu être les premiers jets. Et c’est ce processus que j’observe encore une fois avec Echoes. Auparavant, je réfléchissais à un roman sur moi et …, en parallèle d’un recueil de nouvelles sur les connexions humaines et d’un essai-récit sur l’écriture et ma propre expérience de vie. Finalement, ça va être un peu de tout cela et rien de tout cela à la fois, je ne peux pas encore le dire, je n’ai pas commencé à l’écrire mais le tronc de son arbre s’enracine peu à peu.

En cours d’ébullition (8)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

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27 novembre 2014

Je ne prends pas assez de temps pour écrire dans ce journal et je perds de l’enthousiasme pour y écrire. Je manque surtout de temps, et lorsque j’en ai, je l’utilise plutôt pour mes fictions. C’est qu’il y a aussi la vie sociale réelle ! Et ce n’est pas pour me déplaire mais cela prend beaucoup de temps et me donne l’impression de vivre à 100 à l’heure. Ce qui fait que dans les quelques moments où je prends le temps d’écrire ici, c’est assez rapide, des notes pour ne pas oublier, pour graver le quotidien sur le papier.

J’aimerais pourtant prendre plus le temps de décrire les gens et d’apporter des analyses car cela me servirait aussi pour mon futur roman en échos. Je pense que je travaillerai beaucoup plus sur le flux de conscience et les grottes derrière les personnages. Wish est le roman de l’enfermement, de l’égoïsme, fixé uniquement sur la perception de deux personnages autocentrés. Le prochain roman sera l’ouverture et le partage, un peu mon parcours finalement. Chaque livre que j’écris est l’état, à une époque de la vie, qui a été le mien mais aussi celui de beaucoup d’autres personnes.

1 décembre 2014

Hier soir, en me couchant, des nouvelles idées m’ont traversées l’esprit à propos de mon potentiel futur roman.

« Traverser » est un bien petit mot car elles ont été assez tenaces: quelque chose bouillonne et commence à devenir obsessionnel. Je savais que même sans m’y atteler, l’écrivain allait filer la réflexion seul.

Je n’ai qu’une idée vague pour le moment: quelque chose d’extrêmement centré sur les personnages, un chassé-croisé de pensées et de perceptions, des personnages chacun représentatif d’un état de vie particulier, des personnages qui gravitent dans le champs de perception du personnage principal (parlera t-il à la première personne…?).

Il y aurait le point de vue du personnage sur les autres, démenti ou confirmé par les pensées intérieures des personnages « gravitationnels »…

Je pense surtout à la forme que je veux donner à ce nouveau roman: le flux de conscience, les grottes (échos, résonances, dissonances) qui se lient entre les différents personnages; l’ensemble du roman serait l’agglomérat des pensées des différents personnages assemblées en un seul et même flux continu… Virginia Woolf bien sûr…

Pour le moment, je vais m’attacher à faire des fiches (pas de ces fiches bien classées et divisées en catégories, plutôt ces fiches fourre-tout où se mêlent les idées sur un personnage, sur son rapport aux autres et aux autres personnages, des détails physiques, des fragments de son histoire, des attitudes…) pour chaque personnage/chaque état que je voudrais représenter…