#Extrait 53

Combien de temps a-t-elle dormi ? La bougie posée sur la table de fer forgé à côté d’elle lui indique que ça n’a pas dû être très long. Pourtant, elle a la sensation que la pièce s’est extrêmement rafraîchie depuis tout à l’heure et qu’un laps de temps incommensurable a passé entre son endormissement et son réveil. Héloïse remonte le châle sur elle et observe la pièce d’un air inquisiteur, bougonne, comme si cette pièce même l’avait agressée dans son sommeil. Sensation de déjà vu inquiétante. Elle se dit qu’il doit s’agir d’un de ces rêves prémonitoires – comment appeler cela autrement ? -, une seconde vue, qui lui aurait permis d’anticiper cette scène anodine.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes

#Lecture: Les Seize arbres de la Somme

Les seize arbres de la Somme - Lars Mytting

C’est indéniable, et je le vérifie à chaque fois: les norvégiens savent décidément raconter une histoire. Il faut leur accorder cela, nous français surtout, qui expérimentons d’autres rives de la littérature, même s’il est encore des narrateurs, mais beaucoup moins qu’en cette Norvège reculée. Les norvégiens sont des conteurs, ils nous entraînent dans des contrées reculées et isolées, à l’image de la plus grande partie de leur pays, et voguent souvent à travers le temps (en tout cas, ceux que j’ai pu rencontré).

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Norvège

Les Seize arbres de la Somme ne déroge pas à cette règle d’ailleurs. Edvard, suite à la mort du grand-père qui l’a élevé et le laisse seul face à d’innombrables questions sur son identité et ses origines, décide de creuser enfin le passé pour comprendre ce qui s’est passé en 1971 dans cette forêt de la Somme où ses parents trouvèrent la mort et Edvard disparut durant quatre jours dont il n’a aucun souvenir. Cette enquête le mène à travers le temps et l’espace, de son petit village isolé du fin fond de la Norvège au Shetland, une archipel écossaise maritime balayée par le vent, à la Picardie, et remonter jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

 

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Picardie

On découvre avec lui au fur et à mesure les éléments qui peu à peu font avancer son enquête, réveillent dans sa mémoire des bribes de souvenirs qui s’entremêlent à ses rencontres au présent: qui est cette mystèrieuse femme qui s’occupe du manoir de la riche famille des Shetland durant leur absence? En sait-elle plus qu’elle ne le dit? Une idylle complexe et romanesque se noue entre ces personnages tous deux finalement en quête de leur passé et d’une compréhension d’eux-mêmes à laquelle ils n’ont jamais pu accéder.

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Norvège

On se laisse entraîner par le côté romanesque aux multiples rebondissements narratifs durant ces presque 600 pages. Les norvégiens savent raconter des histoires oui, et en plus sans nous lasser, ils nous permettent en quelque sorte de reprendre contact avec des romans romanesques, mêlant aventure, histoire et romance, avec maîtrise narrative et qualité stylistique. Mais surtout, j’ai aimé dans ce livre cette impression de voyager, d’être avec le personnage, sur sa petite barque de chêne, au milieu d’une mer déchaînée, tentant de gagner la rive d’une petit île sur laquelle un oncle qu’on n’a pas connu s’est isolé de tout mais indéniablement pas du passé qui, lui, ne disparaît jamais, comme semble conclure Edvard au terme de son récit.

#Extrait 46

Il est de ces images indélébiles en nos mémoires dont la réalité est si tangible qu’on en vient à se demander : cette scène a-t-elle vraiment eu lieu ? L’ai-je fantasmée ? Est-ce tout simplement une scène vue dans un film et qui, par quelque jeu espiègle de la mémoire, se mêle à mes propres souvenirs ? Et est-il nécessaire d’en connaître l’origine réelle ? Fantasme, rêve, réalité, expérience qui n’aurait jamais été vécue mais peut-être par d’autres et que nous nous serions inconsciemment approprié.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Wish you were here

Laboratoire d’ouvroir potentiel

Je lui ai parlé de Fantômes et de la théorie du temps que je développe pour ce livre. J’ai hésité à lui raconter tout le maillage de Fantômes mais finalement l’expliciter pour elle à ce moment-là m’a permit de prendre aussi de la hauteur et de réaliser certaines choses à propos de mon roman, de certains personnages, des cycles qui s’y mettent en place.

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La surprise en écriture ne réside pas seulement dans cet instant où tout à coup le livre se révèle mais aussi dans les cheminements que le livre peut prendre. C’est peut-être une découverte d’un genre plus personnel : on se découvre un intérêt pour tel sujet inconnu ou effleuré auparavant, et qui le serait sans doute resté si le livre n’avait pas décidé d’aller dans cette direction.

Je me suis prise alors à farfouiller dans des recoins inconnus allant de découverte en découverte mais, mine de rien, dirigés. C’est comme si le livre savait déjà, depuis le début, qu’il voulait en venir là. Et je suis toute heureuse d’avoir enfin pu déceler les miettes de pain qu’il a lancé devant moi.

Depuis quelques mois donc, je tournais autour des miettes de pain. Et puis, j’ai compris que Fantômes tendait vers une conception du temps. C’est ce qui m’a fait reprendre l’écriture du recueil pour en faire un roman. Mais ensuite : une nouvelle phase à vide. J’ai tenté de chercher, tâtonné, j’ai demandé à un ami physicien de me parler des théories du temps en physique, il a été assez perplexe : le temps n’existe pas vraiment en physique, il s’agit plutôt d’espace. J’ai lu Bergson, Sur les données immédiates de la conscience. Je n’ai pas tout compris mais je dois bien avoué que certains passages m’ont fait gamberger. J’ai ensuite effectué des recherches, survoler différentes philosophies du temps.

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Puis j’ai eu une épiphanie en revisionnant Code Quantum et, comme un enchaînement naturel, je suis tombée sur ce livre du physicien Carlo Rovelli qui retrace de façon claire et synthétique l’histoire des théories physiques relatives à la notion de temps et d’espace pour finir par expliquer la théorie quantique des boucles sur laquelle de nombreux physiciens travaillent actuellement.

Et tout à coup, ça fait tilt. Les termes « boucles », « temps », « théorie », tout est là et c’est sur ça qu’est basée la construction de mon roman avant même que je ne sois véritablement au fait de la théorie scientifique. Une telle pré conscience est parfois déboussolant.

Ainsi, tout s’entremêle : influences littéraires, séries TV, physique quantique. Comment faire pour que tout cela s’agence dans un roman ? Pas d’inquiétude : il faut faire confiance au livre. Il sait, lui, où il va. J’ai conscience de ce que je viens de dire frôle le mysticisme, une forme de croyance en une force supérieure faite de papier. Cet enthousiasme, cette opportunité de découvrir, cette curiosité sans bornes, tout cela me vient de ce dieu-là, l’écriture, qu’il faut adorer. Adorer celui que j’ai moi-même créé de mes propres mains en laissant tout au long du parcours des flaques de transpiration émanant directement de mon cerveau !

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Je repense aussi à la conception de Wish you were here qui m’avait entraîné à me plonger dans des dizaines d’ouvrages de psychologie et de psychiatrie, de même que ma plongée dans la psychologie de la personnalité au début de l’écriture d’Echoes. La curiosité semble être sans fin, sans cesse alimentée par de nouvelles nécessités que le moi-écrivain me demandera chaque fois d’aller inspecter des domaines qui me demeuraient jusqu’alors opaques. Il ne manquerait plus qu’un jour je sois entraînée du côté des mathématiques, moi qui, à l’école primaire, lorsqu’il s’agissait de résoudre un problème, avait le cerveau qui émettait un bip continu (!) au point de pleurer chaque fois devant mon cahier de mathématiques. Je serais pourtant bien capable d’y venir un jour si le moi-écrivain me le demande. Je crois avoir déjà dit ici que l’écriture sera mon éternelle source de découvertes, mon petit laboratoire d’ouvroir potentiel ! Sans fin.

Bien sûr, je dois avouer que mes recherches sont chaque fois assez superficielles. C’est généralement un survol. Quelques recherches sur le web, des livres de vulgarisation, et j’en ai souvent rapidement assez pour rassasié le besoin du roman en cours. Il embraye ensuite avec son imagination (et certainement un peu de son orgueil aussi d’être capable de connaître une chose en la survolant…).

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Mais, ce que je suis en train de vivre en ce moment vient contredire finalement ce que j’ai écrit car me voilà embarquée depuis un an dans un fourmillement incessant gravitant autour de l’histoire, de l’Occupation allemande et donc de la deuxième guerre mondiale. Les références s’enchaînent: cinéma, musique, romans autour de la thématique mais surtout des livres d’histoire de plus en plus touffus. Alors, nous verrons bien ce que cela donne, ça c’est encore une autre surprise…

#Extrait 41

Car, alors même que l’instant prenait corps dans un présent qui semblait pouvoir durer éternellement, je savais ne pouvoir retrouver ces sentiments exactement comme je pouvais les ressentir à ce moment précis et je ne sais pas même si je pourrais les retrouver intacts au moment où j’écris ces lignes alors que trois heures seulement se sont écoulées (je viens tout juste de rentrer). Et voilà que je peine déjà devant mon carnet, voilà que tout m’échappe. Je le savais déjà tout à l’heure, je me voyais déjà bougonner devant mon carnet incapable de retenir les éphémères. Je savais pertinemment que lorsque je tenterais de le décrire, cet instant serait déjà loin, évaporé par un nouvel instant présent – celui de l’écriture, intemporel, hors du temps entre tous -, par de nouvelles impressions qui ne seraient à jamais plus tout à fait les mêmes, mais luttant pourtant contre cette échappée folle, cette vieillesse constante.

Je veux que rien ne s’échappe.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes