#Extrait 55

J’ai besoin d’écrire ce que je ressens. J’ai besoin de prendre un moment pour fixer ces sensations. Je suis avec des amis, dans notre café quotidien. J’aimerais pouvoir tout éterniser sur un bout de papier pour retenir ces émotions, ces sentiments liés à cet instant présent, pour ne pas le perdre dans le passé, pour que rien ne s’échappe.

Car je sais ne pouvoir retrouver ces sentiments exactement comme j’ai pu les éprouver il y a même quelques secondes. Je sais pertinemment qu’alors que je tenterai de les décrire, ils seront déjà loin, évaporés par un nouvel instant présent, par de nouvelles impressions qui ne seront, à jamais, plus tout à fait les mêmes, luttant pourtant continuellement contre cette échappée folle, cette vieillesse constante.

Je veux que rien ne s’échappe.

J’ai peur de perdre ces émotions uniques à travers les inconstances de la mémoire humaine. Mais c’est là tout le paradoxe : en cherchant à fixer ces moments, je suis en retrait, observatrice de la scène, imperméable aux sensations que je ne peux ressentir sans participer. Je sais que ces impressions fugaces sont déjà l’éternel présent des fantômes que je laisse derrière moi ; les égrainant comme autant de clichés à la seconde de mes êtres passés. À chaque instant, je perds des bouts d’êtres de moi-même. Je voudrais lutter contre ça, alors que cette lutte même voile le présent continu s’effilochant devant mes yeux sans que je ne puisse y prendre part.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes

#Extrait 54

Les années paraissent s’enfuir comme si elles appartenaient à quelqu’un d’autre. En fait, les années n’appartiennent à personne : nous leur appartenons.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Echoes

#Extrait 49

La vie n’est pas une continuité de moments importants mais une ligne directrice en pointillés dont la direction même n’est jamais certaine, toujours sujette à la transformation. William se perd dans l’espace-temps. Leur histoire est pour lui faite d’autant de pointillés, de ces fragments d’instantanés, de ces scènes précisément gravées dans sa propre ligne du temps qui sont pourtant des fragments constamment intemporels par l’impression d’une continuité globale sur leur ligne du temps commune. C’est difficile à exprimer en mots, William lui-même peine à mettre de l’ordre dans ses pensées. Lise est pour lui une présence continuelle puisque son passé se dessine dans le flou intemporel de leur relation qui ne s’est jamais conjuguée qu’au présent, et pourtant lorsqu’il fait appel à sa mémoire, ce sont ces instants de vie isolés qui le submergent.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Wish you were here