Quelques fragments sur l’écriture

daryl-bleach-568607-unsplash
Daryl Bleach sur Unsplash

#enfantement
Écrire et partager son livre c’est aussi accepter qu’il ne sera jamais accueilli de la même manière que je l’ai moi-même accueilli quelques temps, c’est accepter de le laisser partir et qu’il fasse sa propre expérience des autres et de leurs échos, accepter qu’ils n’auront nécessairement pas le même regard sur lui, mais voir de la richesse en cela plutôt que de s’en offusquer.

#foi en l’écriture
La quête de la reconnaissance de son entourage, en tout cas en écriture, est vaine : elle est soit déception soit affrontement face à l’incompréhension. Voilà pourquoi il est nécessaire d’avoir une foi démesurée pour son écriture. C’est s’assurer une certaine lucidité, une certaine auto-critique.

#écrivain #personnages
L’écrivain est émotion. L’écrivain est un agrégateur d’émotions. Il engrange, engrange, jusqu’à ce qu’il soit plein et qu’enfin cette matière soit propulsée sur le papier. Dans la vie de tous les jours, je ne peux exprimer ces émotions avec autant de franchise, jamais aussi librement que dans l’écriture : il y a le respect de l’autre, cet altruisme qui contient les émotions avec l’autre pour permettre d’agir en être social. Avec l’écriture, je peux être animale, et mes personnages n’en sont pas mortifiés. C’est que l’Homme social ne peut accepter trop violemment ou endurer très longtemps cette part de perversité que l’écriture permet d’exprimer sans entrave.

sebastian-leon-prado-547564-unsplash
Photo by Sebastián León Prado on Unsplash

#écrivain et la vie
Première semaine de travail de l’année, la rentrée. Et avec elle cette impression toujours plus omniprésente de gâcher un temps précieux à ne pas écrire, à être perturbée, détournée, par la vie rémunératrice. Si je ne travaillais pas, je serais à même d’être toujours concentrée, je ne ressentirais pas la fatigue de ces journées de travail. J’accorderais uniquement du temps à l’écriture et aux relations humaines. Combien de livres n’aurais-je pas déjà écrit ?! Mais peut-être pas après tout, on veut toujours plus, toujours besoin d’avoir des espoirs et des voies possibles.

#lecteur #intégrité
Ne pas céder à la vulgarisation de la littérature. Ne jamais oublier que le lecteur est tout aussi capable que moi de raisonner, de comprendre, de conceptualiser des idées qui pourtant semblent complexes et difficiles. Tout lecteur ne s’arrête pas face à la difficulté et on ne peut les catégoriser. Accepter aussi, pour l’auteur, que mon livre ne soit pas potentiellement lu par tout le monde, qu’il ne s’adresse pas forcément à une élite, pas non plus à son contraire, peu importe ces considérations en fait, il s’agit simplement d’un livre qui s’adresse à un lecteur qui sentira un élan pour ce livre, c’est tout.

annie-spratt-475541-unsplash
Photo by Annie Spratt on Unsplash
Publicités

#Lecture: La désobéissance civile aux États-Unis et en France, 1970-2014

Issu d’une thèse en histoire contemporaine, cette étude comparative met en lumière des mouvements de désobéissance civile très récents et qui, bien qu’elles résonnent encore dans notre société d’aujourd’hui par certains aspects, ne trouvent peut-être pas suffisamment d’écho vivants.

Qu’est-ce que la désobéissance civile d’abord ? C’est un mouvement indépendantiste et communautaire, détaché de tout parti politique, qui utilise des moyens non-violents et illégaux pour révéler et s’opposer à un dysfonctionnement gouvernemental (juridique, politique, social, etc.). Ce n’est donc pas une revendication politique en tant que telle mais bien sociale, l’aspect de la non-violence est l’une des pierres angulaires d’un tel mouvement : ne pas répondre à la violence du gouvernement par la violence, trouver ses propres armes fondées sur le respect d’autrui et la capacité à communiquer et à se rassembler. Dans les mouvements de désobéissance civile, l’union et la solidarité font la force, même si le mouvement est parfois enclenché par une personne isolée.

Nous connaissons de nombreux exemples de désobéissance civile sans le savoir et ainsi que ses méthodes : grèves, sit-in, défilés, marches, tractation, occupation de lieux publics ou privés, pétitions, déclarations publiques, … La désobéissance civile est la forme libertaire et solidaire par excellence de la revendication.

Aux Indes : Ghandi, en marche pour prêcher la désobéissance : [photographie de presse] / Agence Meurisse (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9047399r/f1.item)

Pour citer des exemples frappants qui sont pourtant divergents dans le sens où ils ont été incarnés par une personnalité forte : les revendications pour les droits civiques autour de Martin Luther King, la grève de la faim chez Gandhi, ou plus récemment le mouvement de défense agricole de José Bové.

En quelques chapitres, Debouzy fait donc un tour d’horizon des différents mouvements depuis les années 70 et révèlent de nombreux échos entre les mouvements américains et français, sensiblement simultanés : l’armée (ex : le Larzac), l’immigration (protection des immigrés et mouvements de défense), le logement (sans-logements et mal logés), l’avortement (les pro-life : mouvements anti-avortement que Debouzy dégomme en toute beauté), le nucléaire, les OGM (ex : les faucheurs volontaires) et les luttes écologiques (ex : sit-in dans les arbres pour préserver de l’abattage).

Debouzy finit sur une question ouverte : la désobéissance civile aurait-elle encore de beaux jours devant elle ? …

Du bénéfice du doute

L’écrivain concentre ce vers quoi j’ai tendu depuis toujours : une ouverture, un bouillonnement, la création. Il est ce vers quoi je tendrais toujours, il me pousse à me surpasser sans cesse, à ne jamais me reposer sur des acquis. En ce sens, c’est en quelque sorte un coach au quotidien qui me pousse sans cesse à voir les choses différemment ; il m’influence forcément : il y a un dialogue constant entre les deux.

Je le considère un peu comme mon « Oh capitaine, mon capitaine », il est celui qui saute sur un bureau pour m’inviter à voir le monde sous un autre angle. Minute, je farfouille un peu dans mon carnet ; ah la voilà !

« Je monte sur mon bureau pour ne pas oublier qu’on doit s’obliger sans cesse à tout regarder sous un angle différent. Dès qu’on croit savoir quelque chose, messieurs, il faut l’observer sous un autre point de vue, même si ça paraît inutile ou bête. Il faut essayer. Quand vous lisez, ne laissez pas l’auteur décider pour vous. Non, c’est à vous de décider. Trouvez votre propre voie. Mais il ne faut pas attendre qu’il soit trop tard, mes amis. Plus vous tarderez, moins votre voix pourra se faire entendre. Thoreau a dit : pour bien des gens, la vie est une lente désespérance, faut pas vous résigner » (Weir, Peter. Le Cercle des poètes disparus).

C’est ça, l’écrivain, c’est celui qui, chaque jour, en toute circonstance, m’oblige à monter sur le bureau.

J’écris pratiquement tous les jours. De la fiction, issue aussi de parcelles déformées de moi. Comme si je voulais échapper à ma totalité, comme si je considérais mes fragments plus importants qu’une totalité, comme si je ne me considérais pas totale. Et finalement, cela me convient mieux que toute autre méthode essayée auparavant, car qu’est-ce que la totalité ? Quel est son intérêt ? Si c’est pour se croire toujours plein, si c’est pour ne plus avoir de buts à atteindre, ne plus avoir de doutes, d’envies, de découvertes potentielles encore, alors non, je ne veux pas de cette totalité.

Je pense à cette phrase de Huston :

« J’en ai fini avec les jamais et les toujours, les tout et les rien. Dorénavant j’embrasserai les mixtures, les choses mitigées, et me contenterai de morceaux de perfection (comme on dit : morceaux de musique) » (Huston, Nancy. Instruments des ténèbres, p. 249).

L’écrivain est l’une des formes d’être la plus libre que je connaisse mais une chose devrait selon moi lui être interdite : la certitude. Se croire détenteur du seul son de cloche valable, oser croire qu’on n’a plus rien à apprendre, penser qu’un livre peut être fini un jour, et qu’on peut le catégoriser; croire à l’extrême c’est être aveugle. La certitude entraîne à l’extrémisme, l’extrémisme entraîne à l’irrespect (de soi, de l’œuvre, de l’autre, ne pas considérer l’autre est un des avatars de la certitude). A sa façon toujours aussi pertinente et frappante, Duras dit : « écrire c’est douter ». C’est aussi ainsi que je veux vivre : dans l’incertitude.

Mes fragments sont aussi des échos qui se répondent en moi et chez d’autres : c’est un jeu joyeux et vivifiant. C’est ne pas se résigner, ne pas rester figé (pétrifié n’est-il pas un synonyme d’ailleurs… ?) quoiqu’il arrive.