Fabrique-toi un autre toi-même

La médiatisation de la personne qui est écrivain m’a toujours profondément agacée. Je reste pourtant assez à l’écart de toutes ces sources de potins mais j’en ai suffisamment d’exemple, et aussi auprès du public. Mais je trouve que ne pas parvenir à dissocier la personne privée du personnage public relève d’un profond manque de tolérance, d’ouverture d’esprit et d’intelligence.

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A quoi bon s’intéresser à la personne privée et aux petits potins qui font sa vie et qui, pris isolément, peuvent toujours permettre de juger (puisqu’on fait croire qu’une facette d’une personne peut la caractériser tout entier – quand je parle de manque d’intelligence…)? N’est-ce pas se raccrocher à ce qu’il a de plus trivial – intercepté plus par le prisme de sources qui ne sont elles-mêmes déjà pas objectives -, fuir finalement la profondeur de l’art, son essence universelle? Je me demande s’il n’y a pas aussi là quelque chose d’une jalousie: « moi je ne suis tenu qu’à mon moi au quotidien, je n’ai pas l’opportunité d’avoir accès à d’autres moi, à d’autres mondes, alors je ne vois pas pourquoi d’autres auraient cette liberté ». Je crois qu’il y a un peu de cette jalousie là envers les artistes car, en travaillant avec acharnement, investissement et endurance (il ne s’agirait pas d’oublier qu’avec volonté et travail, cela est à la portée de tous!), il peut être quelqu’un d’autre, s’inventer des autres vies.

Je crois que cela ne concerne pas uniquement les écrivains mais aussi, par exemple, les acteurs dont on expose largement la vie privée comme pour rappeler constamment que c’est un être humain comme tout le monde – et oui, avec ses faiblesses aussi. Sauf que son personnage public, celui qui est autant son travail que son art, peut incarner des centaines de personnages et vivre des centaines de vies. Je trouve cela plutôt rassurant qu’il soit possible dans nos vies d’avoir l’opportunité parfois de changer de peau pour quelques heures. Ça n’empêche pas de se rappeler notre condition pragmatique d’humain, ça ne fait pas de l’artiste un dieu (sauf peut-être au moment où on écrit, où on invente un monde par la force de sa seule pensée (et d’un stylo!).

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Photo by Krisjanis Mezulis on Unsplash

La culture est aujourd’hui soumise à une médiatisation mortifère qui veut détruire la magie que porte en lui l’art: sa capacité de multiplier les vies, les mondes, les identités, la liberté que lui permet d’avoir des échos au sein de mille cœurs et mille têtes. Si nous ne prenons pas garde, la création va disparaître. Il ne nous restera plus que des témoignages, des remakes. Refuser à la personne qui écrit son personnage d’écrivain, c’est lui refuser son espace de liberté. L’art se crée dans l’ombre, le personnage-écrivain en public n’est qu’un commercial. « Fabrique-toi un double de toi-même, a dit [Jean] Marais, qui t’aide à t’affirmer et peut même arriver à te supplanter, à occuper la scène et à te laisser tranquille pour travailler loin du bruit. » (Enrique Vile-Matas. Paris ne finit jamais, 10/18, 2006, p. 175)

Alors, à qui la faute si nous en sommes arrivés là? A un tel point de voyeurisme que seul compte la possibilité de diffamer quelqu’un plutôt que de s’intéresser à l’oeuvre elle-même – c’est tellement plus facile n’est-ce pas? Et puis, d’abord, c’est lui qui l’a voulu puisqu’il a décidé d’être publié, de « vendre » ses œuvres ou de prêter son visage à des personnages dans des films. C’est comme en politique: quand on fait quelque chose qui relève de la scène publique, on devient soi-même, à part entière (toujours cette idée stupide que l’Homme est entier, mais ça c’est encore un autre débat), une personne publique. En d’autres termes: si tu voulais rester tranquille dans ta maison de campagne, t’avais qu’à pas écrire et vouloir être publié.

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Photo by Ali Yahya on Unsplash

Alors, comment en est-on arrivés là? Sont-ce les médias qui cherchent trop à vendre et ont cédé la qualité à la quantité? Ou sont-ce les gens qui lisent, écoutent, regardent ces médias et en redemandent? Ou sont-ce finalement les artistes eux-mêmes qui ont cédés, vendus leur image pour quelques biftons? (Tant que l’esprit ne s’achète pas, il reste un domaine d’espoir)

Je dirais que c’est un cercle vicieux auquel chacun des acteurs a contribué. Quel intérêt d’accuser celui qui aurait commencé?

Je regardais pourtant hier un documentaire sur Françoise Sagan. Je regardais les journalistes et les personnes interviewées pour parler d’elle comme si la véritable Françoise Sagan, la femme vivant au quotidien, ne pouvait être autre que ce qu’elle renvoyait dans les médias. Je me demandais: qu’en savent-ils? Qui sont-ils pour dire qu’à l’écran de télévision, elle était « elle-même »? Je peux dire tout au plus qu’elle apparaissait fidèle à son personnage-public-d’écrivain et que, peut-être, il y a des points communs avec la personne quotidienne.

(Ce qui est drôle c’est que, à la fois les gens jalousent la liberté des artistes d’être quelqu’un d’autre et tentent de raccrocher toujours au monde pragmatique, et à la fois ils veulent que cette personne publique soit toujours plus extravagante et fournisse de quoi moudre le potin).

Mais si les médias en profitaient et que les spectateurs en redemandaient, le documentaire montre aussi que Sagan elle-même en jouait. Tous le même niveau de responsabilité dans la mascarade.

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A tout artiste, je citerais ces paroles « Faut pas se laisser gagner par l’euphorie de croire que l’on est quelqu’un d’important » (Louise attaque. « Qu’est-ce qui nous tente? », Comme on a dit, 2000)

Je crois qu’il convient de trouver un juste milieu: l’artiste, comme tout être humain, n’est pas un Homme important, cela ne signifie pas pour autant qu’il est moins que rien. Il apporte quelque chose – une modeste contribution – au monde: son oeuvre. C’est la façon qu’il a trouvé, lui, pour y contribuer, comme d’autres construisent des maisons ou travaillent le fer. Mais ce qu’il apporte est uniquement son oeuvre. Il ne devrait pas oublier que sans elle, il n’est rien, tout comme le lecteur/spectateur ne devrait pas rejeter l’essentiel (et le constat simple que le personnage public ne lui apporte rien quand l’oeuvre l’a transporté), tout comme le journaliste ne devrait pas céder à l’intox et aux strass au prix de l’information et de sa transmission. Tout le monde est fautif.

Il s’agirait de laisser de nouveau la place à la rébellion.

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Photo by David Paschke on Unsplash

Quelques fragments sur l’écriture

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Daryl Bleach sur Unsplash

#enfantement
Écrire et partager son livre c’est aussi accepter qu’il ne sera jamais accueilli de la même manière que je l’ai moi-même accueilli quelques temps, c’est accepter de le laisser partir et qu’il fasse sa propre expérience des autres et de leurs échos, accepter qu’ils n’auront nécessairement pas le même regard sur lui, mais voir de la richesse en cela plutôt que de s’en offusquer.

#foi en l’écriture
La quête de la reconnaissance de son entourage, en tout cas en écriture, est vaine : elle est soit déception soit affrontement face à l’incompréhension. Voilà pourquoi il est nécessaire d’avoir une foi démesurée pour son écriture. C’est s’assurer une certaine lucidité, une certaine auto-critique.

#écrivain #personnages
L’écrivain est émotion. L’écrivain est un agrégateur d’émotions. Il engrange, engrange, jusqu’à ce qu’il soit plein et qu’enfin cette matière soit propulsée sur le papier. Dans la vie de tous les jours, je ne peux exprimer ces émotions avec autant de franchise, jamais aussi librement que dans l’écriture : il y a le respect de l’autre, cet altruisme qui contient les émotions avec l’autre pour permettre d’agir en être social. Avec l’écriture, je peux être animale, et mes personnages n’en sont pas mortifiés. C’est que l’Homme social ne peut accepter trop violemment ou endurer très longtemps cette part de perversité que l’écriture permet d’exprimer sans entrave.

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Photo by Sebastián León Prado on Unsplash

#écrivain et la vie
Première semaine de travail de l’année, la rentrée. Et avec elle cette impression toujours plus omniprésente de gâcher un temps précieux à ne pas écrire, à être perturbée, détournée, par la vie rémunératrice. Si je ne travaillais pas, je serais à même d’être toujours concentrée, je ne ressentirais pas la fatigue de ces journées de travail. J’accorderais uniquement du temps à l’écriture et aux relations humaines. Combien de livres n’aurais-je pas déjà écrit ?! Mais peut-être pas après tout, on veut toujours plus, toujours besoin d’avoir des espoirs et des voies possibles.

#lecteur #intégrité
Ne pas céder à la vulgarisation de la littérature. Ne jamais oublier que le lecteur est tout aussi capable que moi de raisonner, de comprendre, de conceptualiser des idées qui pourtant semblent complexes et difficiles. Tout lecteur ne s’arrête pas face à la difficulté et on ne peut les catégoriser. Accepter aussi, pour l’auteur, que mon livre ne soit pas potentiellement lu par tout le monde, qu’il ne s’adresse pas forcément à une élite, pas non plus à son contraire, peu importe ces considérations en fait, il s’agit simplement d’un livre qui s’adresse à un lecteur qui sentira un élan pour ce livre, c’est tout.

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Photo by Annie Spratt on Unsplash

Quelques fragments sur la lecture

#lecture #influence
J’ai commencé à faire des fiches de livres lus pour me constituer un classeur. J’y consigne chaque fois le mois et l’année de la lecture car je vérifie souvent combien la lecture d’un livre a une influence directe sur mes écrits. Je me suis dit qu’il était peut-être intéressant de garder une trace de cet écho. J’imagine souvent quelqu’un en train de farfouiller dans mes écrits, mes carnets, mes cahiers, toutes ces notes griffonnées, tout ce vrac. J’imagine le matériau dont il pourrait avoir besoin pour convoquer tout cet univers gravitationnel, ce dont il aurait besoin pour établir les connexions. Je lui mâche un peu le travail avec mes obsessions de faire des listes, de tout stocker, de tout archiver. De toute façon, ce travail de fiche est aussi intéressant pour moi, il met à jour le système de l’imprégnation et de l’influence de divers échos, les connexions se font.

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#citations #influences #journal
Après-midi citations et divagations, éveil par le truchement de la redécouverte de citations oubliées. Envie de me plonger dans cette piscine d’influences et d’engranger. Le carnet de citations s’amplifie encore : presque sept cents pages dactylographiées à ce jour [2016].
Et tout à coup, envie de venir écrire ici. Je remarque aussi que de nombreuses idées et même certains fragments utilisables ressortent de cette liberté d’expression qu’offre le journal.

#lecture #mémoire #transformer le passé
Dans un parc en train de lire. Voilà longtemps que je n’avais pas fait ça et qui plus est dans ce parc tellement gorgés de multiples souvenirs. Je le côtoie depuis plus de dix ans mais j’ai mis du temps avant de pouvoir y revenir, à confronter le dernier souvenir en date… mais les lieux ne sauvegardent pas les souvenirs et ne rappellent pas les heures sombres. Avec le recul, la mémoire ne conserve que ce qui a pu être utile, le reste est évacué, ou, dans mon cas par exemple, fictionnalisé. Ils n’appartiennent donc plus à ma réalité commune mais à une réalité parallèle : catharsis de l’écriture.
Si j’ai pris mon carnet pour écrire au beau milieu de ma lecture, c’est que le livre que je suis en train de lire m’inspire des réflexions. La lecture en extérieur est souvent plus sujette à toucher l’esprit, à l’ouvrir, même si elle aussi inspirante (mais d’une autre manière peut-être) en hiver, dans un bureau ou le soir au lit. En tout cas, comme en lecture, rien ne semble être voué au hasard, il a fallu précisément que je lise ce livre à ce moment précis : Les Livres prennent soin de vous (Régine Detambel).

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Photo by Kinga Cichewicz on Unsplash

#lecture
Je crois qu’il y a des hasards heureux qui nous rendent béats de hasardeuse béatitude. Comme cela tient : que je lise deux romans en parallèle, Les Aventures de Sherlock Holmes et La Course au mouton sauvage dans lequel le personnage est justement en train de lire Les Aventures de Sherlock Holmes.

#citations #lecteur et son intimité #influences
Cette semaine, pour une raison pratique, j’ai commencé à transcrire et rassembler toutes les citations disséminées à l’intérieur de mes carnets, dans un seul et unique fichier de traitement de texte. Une liste à jamais non-exhaustive de tous ces mots que j’ai croisés. Pour le moment, le fichier fait 83 pages (à l’heure où je réécris ces lignes, il en fait 1300, et à l’heure où je publie cet article, j’en suis à 1600). Je compte bien qu’il s’enrichisse encore de ces nombreuses épiphanies de lecture, de ces nombreux moments de fulgurances ressentis au plus intime de mon ventre.
En retraçant mon parcours de lecteur, ce sont aussi des souvenirs qui me reviennent : des contextes dans lesquels je les ai lus, des extraits que j’ai partagé avec telle personne, ces moments où nous les récitions par cœur, les lieux précis (ce fauteuil, ce canapé, ce banc public dans le parc à côté du musée, etc.). Ces citations sont tout autant de gorgées de souvenirs. En ce qui concerne leur sens et leur portée : elles m’évoquent aujourd’hui d’autres échos personnels, elles me parlent et me touchent de façon différente, peut-être pas précisément aux mêmes lignes.

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Photo by Aliis Sinisalu on Unsplash

J’aurais aimé tout reprendre à la main. C’est dommage de dématérialisé ces carnets. Je garderais pourtant toujours ceux qui m’ont suivis jusque-là (désolé d’avance pour les futurs déménagements) parce qu’il n’y a plus ce contact corporel avec l’écriture, la transformation de la graphie au fil des années. Mais je ne pourrais tout simplement pas me balader avec mon carnet de plus de mille pages dans mon sac à main, c’est tellement plus pratique quand c’est sur ma tablette. Car la carrière du lecteur est comme celle d’un écrivain : toujours il enrichit, jamais il ne perd, on ne fait toujours qu’additionner.

L’inutilité de l’auteur

Je me demande pourquoi le lecteur cherche à déceler l’auteur derrière le texte, pourquoi nombre de lecteurs ne parvient pas à concevoir texte et auteur comme deux entités différentes. Je crois que la notion d’ « autofiction » a fait beaucoup de ravages dans la réception de la littérature, que ce besoin de catégoriser certains livres dans ce cadre auto-fictionnel a fait émerger aux yeux du lecteur quelque chose qui ne le regardait finalement pas. La littérature finit toujours par pâtir de classifications, quand bien même ces classifications n’étaient à la base que des réflexions (des ouvertures donc) que d’autres ont fini par ériger en normes. Je ne suis pas sûre, par exemple, que Roland Barthes cherchait à établir une norme lorsqu’il avança que l’auteur était mort ; il réfléchissait justement à quelque chose d’essentiel en littérature : l’indépendance du texte.

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Photo by Nathan Dumlao on Unsplash

Avec l’autofiction, il semble que notre conception de la littérature ait régressée, en cherchant à tout prix à rattacher le cordon ombilical qui a unit le texte et l’auteur. C’est accorder finalement bien peu de crédit au texte que de ne pas le considérer comme une entité propre. C’est faire face à quelqu’un en affirmant qu’il n’existe pas, que son existence n’est légitime qu’à travers une filiation. C’est comme cette coutume de chercher toujours les traits de ressemblance d’un enfant avec le parent, brimant ainsi toute potentialité d’être par lui-même.

Je n’accuse pas tant le lecteur dans cette quête acharnée de l’auteur que l’auteur lui-même qui accepte qu’on catégorise son livre. Je crois qu’il y a là quelque chose d’une forme d’irrespect envers le texte, comme une abdication à la dépendance : une forme de perversion narcissique à vouloir toujours ramener à soi tout en portant un masque (« Je vous rappelle que c’est une autobiographie romancée, hein ! »), éviter d’assumer pleinement. Parce que l’auteur se rend bien compte que c’est là une infidélité qu’il fait au texte en lui refusant le départ du foyer familial.

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Pour ce qui est du lecteur maintenant, je dirais simplement que c’est bien dommage de réduire sa lecture d’un texte à la quête de l’autre alors que l’essence même de la littérature est d’être confronter à soi-même. L’autofiction lui permet alors ne pas faire directement face au texte. C’est toujours plus facile de regarder les autres. C’est ne pas admettre que la force de la littérature réside dans cette opportunité qu’elle offre  d’expérimenter le monde en étant soi-même et tout autre à la fois.

Certains auteurs ont fini par en faire un jeu et tourner l’autofiction en dérision, une manière de dire : « Ah, vous voulez savoir qui je suis, eh bien, essayez de démêler ça, on verra bien si vous me trouver ». Chloé Delaume a inventé un personnage qui raconte son autobiographie et qu’elle incarne de temps à autre. Devant un tel texte, le lecteur passif est bien embêté : qui va-t-il bien pouvoir chercher ? L’écrivain ? Le personnage qui est aussi écrivain et qui écrit son autobiographie ? De l’art de faire tourner le lecteur en bourrique.

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Photo by Sabri Tuzcu on Unsplash

Car après tout, cette quête du lecteur analytique a parfois de quoi faire rire, d’autant plus lorsqu’on sait, en tant que lecteur soi-même et qu’auteur, que la réalité « telle qu’elle a été » est souvent barbante et qu’on n’écrit pas pour s’ennuyer.

Interpénétrations

Lorsque je lis, je me mets en adéquation avec l’auteur, je partage une part de lui, de son intime. Il n’y a là rien de malsain, je ne le prive pas de son intimité, c’est lui qui m’ouvre une de ses innombrables portes, il a voulu me la partager. Un auteur ne partagera pas ce qu’il ne voudra pas livrer ou, dans ce cas, il déforme jusqu’à ce que ce soit tellement différent qu’il ne reconnaisse plus l’origine.

Et là, je m’arrête. Je ne suis pas vraiment d’accord avec ce que je viens de dire en fait puisque je crois personnellement que celui qui est animé par l’écrivain n’a pas vraiment le loisir d’un tel arbitrage : il ne décide pas de ce qui apparaîtra ou non de sa propre vie, même de manière tellement fictionnelle que ce serait comparer le coq à l’âne.

Publié par Mark Asthoff sur Unspash

Non, ce que je trouve plutôt intéressant de dire à ce sujet a été dit par une de mes femmes (le personnage inventé devenu écrivain, pas la femme en elle-même, je ne la connais pas personnellement et sa vie a peu d’importance pour moi finalement) préférées :

« C’est par la lecture que nous nous rapprochons le plus de cette pénétration de l’esprit d’un autre. […] Lire,  après tout, est une façon de vivre à l’intérieur des mots d’autrui. Sa voix devient, le temps de la lecture, mon narrateur ou ma narratrice. Je conserve, bien entendu, mes facultés critiques personnelles, et je m’interromps pour me dire : Oui, il a raison sur ce point ou Non, il oublie complètement celui-là, ou encore : ça, c’est un cliché, mais plus la voix sur la page est convaincante, plus je perds la mienne » (Hustvedt, Siri. La Femme qui tremble, une histoire de mes nerfs, p. 192).

Et, en même temps, l’inverse n’est-il pas tout aussi vrai ? Le temps de la lecture, le livre prend ma propre voix et c’est par elle qu’il est animé…

Publié par Arushee Agrawal sur Unsplash