Le Shaker, webzine culturel

C’est avec beaucoup d’émotion (et non sans une certaine fierté) et d’enthousiasme que je vous présente Le Shaker, un webzine dont l’idée a germé il y a un peu moins de deux ans et qui, grâce à l’entraide, au soutien et à la bienveillance des amis, voit enfin le jour aujourd’hui.

Au programme, ça shake, ça s’éparpille, ça part dans tous les sens. Prenant le prétexte d’un auteur et de son univers, on laisse parler les connexions subjectives pour vous partager ce qui nous vient à l’esprit quand on se coltine à tel ou tel univers artistique. Il n’y a donc pas de barrière et on vous parle de tout: ciné, littérature, histoire, société, jeux (de société et vidéo), séries tv, etc…

C’est un webzine tous les deux mois !

Alors, vos missions, si vous les acceptez, c’est de:

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Page de titre-Philip K. Dick
Le Shaker, webzine culturel

Et en ce moment, c’est un numéro autour de K. Dick!

Alors si vous êtes curieux et avides de découvertes, rejoignez-moi sur cet autre projet! (en plus de l’écriture de romans, d’essais et d’articles, oui oui, on chôme pas!) 😀

#Chronique musicale: Jack White

Impossible que vous n’ayez jamais croisé Jack White au hasard de vos écoutes ou parce que vous l’avez cherché, car depuis deux bonne décennie maintenant, il est partout et de toutes les expérimentations musicales. Ce musicien aux multiples talents, batteur et guitariste, mais aussi chanteur, est né à Détroit, ville réputée aux Etats-Unis pour être aujourd’hui le dépotoir du pays, ville en faillite qui voient le peu d’habitants honnêtes s’enfuir à toutes jambes devant la montée de la violence de rue.

Jack White est aujourd’hui reconnu par des confrères parmi les plus grands noms du blues dont les Rolling Stones qui l’invitent au concert filmé par Martin Scorsese (Shine a light, 2008) aux côtés de Lou Reed et de Buddy Guy. Jack est largement influencé par les bluesmen de l’Amérique profonde, un blues auquel il a su mêler son rock un peu bourrin parfois (White Stripes), ou plus alternatif (The Raconteurs), et il y a en tout cas toujours une maîtrise assez exceptionnelle du manche. Une chose à côté de laquelle il est impossible de passer : sa voix très remarquable entre le nasillard et l’aigu.

Jack commence à se faire remarquer au début des années 2000 avec son groupe The White Stripes composé de lui-même et de sa femme, Meg, à la batterie qui avouera dans Coffee & cigarettes (Jim Jarmusch, 2003) qu’elle n’a jamais vraiment su jouer de la batterie, qu’elle se contentait d’essayer de taper en rythme. Après quelques albums relativement passés sous silence, c’est avec leur tube « Seven nation army », même repris dans les stades de foot, qu’il obtient ses entrées. Le groupe (et le couple) se sépare en 2011 après 6 albums et l’aventure se clôt sur ce qui est selon moi leur meilleur album Icky thump, un mélange de bluegrass, de country et de hard rock détonnant. Jack White garde le nom de famille de son ex-femme.

En marge d’une carrière solo très mesurée (trois albums pour l’instant à son seul actif dont un acoustique façon folk), Jack se mêle de tout et il est partout. Avant les White Stripes, il y a eu deux groupes : The Hentchmen et The Go. Et après, il y a eu The Raconteurs (réunissant des musiciens de Détroit pour former un rock aux accents alternatifs mêlés au blues et au rock garage, et toujours, toujours, quand Jack est dans le coin, un rythme qui vous entraîne direct) et The Dead Weather qui continue de tourner et signe sur le label de White. Dans tous les cas, on reconnaît toujours sa patte, sa voix et ses cheveux longs noirs de jais.

Ses albums solos sont toujours le gageur d’un univers marqué à la limite parfois du glauque. Mine de rien, Jack est classé 17e au classement des 100 meilleurs guitaristes de tous les temps par Rolling Stones magazine. Eh ouais, on dirait pas, hein !

#Inspiration musicale

Dans le bus tout à l’heure, j’ai réécouté les chansons qui m’ont inspirées de nombreuses scènes de Wish you were here, tout comme hier je me suis prise à réécouter les chansons qui ont constituées le matériau primaire de Fantômes. J’ai vu mis en lumière ce processus récurrent selon lequel une idée floue dans mon esprit s’illumine tout à coup à l’écoute d’une chanson qui, alors même que j’ai l’habitude de l’écouter presque quotidiennement, éveille devant mes yeux, et de façon précise, la scène que je voulais écrire sans oser encore. La musique offre alors une l’envolée émotionnelle dont l’idée avait besoin pour germer en scène. Et, comme un de ces hasards heureux dont on ne pourra jamais avoir la pré-conscience, cette chanson précisément vient à mes oreilles à ce moment précis pour donner l’impulsion qui lui manquait à sa création.

J’ai réécouté tout à l’heure « Anyone’s ghost » (The National) qui m’inspira une scène puissante entre mes deux personnages, Wish you were here, bien sûr, et surtout « Muscle museum », de Muse. Je me souviens de la scène : moi me laissant ballotter dans le bus, le trajet quotidien entre le travail et la maison, cette explosion de violence et de détresse tout à coup dans mes oreilles, et mes visions (devrais-je appelé cela visions ou visualisations ?) de cette scène où tout le roman explose dans un accès de violence et de folie en crescendo. Je me souviens exactement de la rue dans laquelle le bus passait à ce moment-là. Je me souviens aussi avoir tout à coup enclencher le bouton pour demander le prochain arrêt parce que j’avais envie tout à coup de faire le reste du trajet à pied pour réécouter cette chanson en boucle et voir à nouveau cette scène devant mes yeux, lui laisser le temps de prendre sa place dans mon esprit, retarder le moment où, à peine rentrée chez moi, je me jetterais sur mon tas de papier blanc pour tenter de capter ce que je venais de « voir ».

Des souvenirs comme celui-ci n’appartiennent qu’à moi, je les ai vécu au même titre que j’ai vécu physiquement ce trajet : dans un élan de vie intense et criant une vérité qui devait s’imposer sur le papier.

Lecture et détournement: De la pluie – Martin Page

Opus d’une centaine de pages qui, comme son nom l’indique, décline des considérations sur la pluie, mais finalement pas seulement pour parler de la pluie : plutôt le prétexte à égrainer des scènes et des situations, des réflexions personnelles sur la vie quotidienne par le prisme de cet élément quasi omniprésent dans nos journées.

Étant plutôt une adepte du soleil mais déçue et frustrée par ces derniers jours de grisailles et de pluie en plein mois de juillet, lire ce petit opus de Martin Page était pour moi une manière de me faire patienter en attendant que le soleil revienne enfin, comme pour lui faire la guigne : eh bien puisque tu ne reviens pas, je vais me vouer à la pluie.

Mais puisque ce matin le soleil est réapparu, et puisqu’il faut toujours que mon esprit de contrariété fasse des siennes, je me propose de présenter un « anti-De la pluie ».

Publié par Rhendi Rukmana sur Unsplash

Le soleil ! Enfant du soleil. Jamais suffisamment réchauffée, intensité trop courte de la peau pigmentée au contact des rayons qui nous contaminent et nous polluent. Mais je suis en train de lire en ce moment un livre écrit par une amie dans lequel la pluie est acide et chargée de produits chimiques, la science-fiction n’est pas si exagérée que ça. Alors, soleil ou pluie, même combat. Et puis, si nous écoutions tous ces détracteurs de vie pour lesquels la vie est plus dangereuse que la mort (ne pas sortir de chez soi parce que le monde est violent, ne pas fumer, boire, manger bio, faire du sport, ne pas respirer la pollution donc ne pas respirer tout court, etc.), nous vivrions enfermés toute l’année, 24h sur 24, à nous cacher dans des immeubles de béton pour nous protéger du monde et ainsi cesser d’y vivre. En attente, en attente de vivre, en attente de mort.

Moi, personnellement, je suis frigorifiée près de dix mois dans l’année. Je n’y peux rien, c’est comme ça, mon corps est constitué de telle manière qu’il me faut une forte dose de soleil pour qu’il se réchauffe. De même, il n’emmagasine pas la chaleur très longtemps : il lui faut, à intervalles régulières (l’idéal serait chaque semaine) une forte dose de soleil. C’est donc aussi près de dix mois par an à vivre enfermée pour me cacher du froid ; c’est ça ou grelotter et convulser après une quinzaine de minutes passées dehors. Et ce quel que soit le nombre de couches épaisses superposées sur mon corps pour contrer ma perte de chaleur corporelle effarante : il y a toujours un bout de peau qui finit par avoir froid et le froid se propage rapidement dans tout le reste du corps.

La pluie ! N’en parlons pas ! Cette humidité pénétrant le corps, s’insinuant. Comme si nous n’avions déjà pas suffisamment d’eau dans le corps. Et impossible de faire quelque chose dehors. Les plus frustrantes sont les pluies d’été : il fait pourtant chaud dehors, nous pourrions profiter du plein air et des activités en extérieur, ou de simplement flâner sans être couverts de mille couches de vêtements, un peu plus proches de la libre-expression du corps, mais non non, nous ne pouvons pas puisqu’il pleut. Moi je suis comme Rain man, je ne sors pas quand il pleut, parce que l’eau ça mouille et je suis une enfant du soleil. Ça fait rire d’ailleurs les amis quand je leur dis ça, ils s’exclament : mais t’es pas picarde toi ?! Si, justement ! J’ai manqué de soleil pendant l’enfance, comme on dit j’ai manqué d’affection !

Publié par reza shayestehpour sur Unsplash

Le soleil est affection. Chaque pan de peau est bercé de chaleur. Parfois de la sueur bien sûr, mais bon, c’est naturel aussi de transpirer. De nombreuses personnes n’aiment pas le soleil justement parce qu’ils ne supportent pas de transpirer. Mais c’est aussi parce qu’ils ne s’adaptent pas aux saisons. L’été et le soleil imposent un autre rythme. Tandis que j’ai la sensation de courir dans tous les sens en hiver (peut-être pour me réchauffer aussi), même mes pas sont plus lents en été. Et pour moi qui ait une tendance prononcée à l’hyperactivité, le soleil est un ami posant sa main rassérénante sur mon épaule pour me dire de me calmer et de profiter simplement du présent.

J’ai l’impression que les attitudes ont déjà changées depuis la parution du livre de Martin Page (2007). Il dit avoir écrit ce livre aussi par esprit de contradiction, parce que c’était le printemps et qu’il y avait du soleil le jour où il décidait d’écrire sur la pluie, et parce que tout le monde, dit-il, se réjouissait du temps et de pouvoir boire un café en terrasse. Il y a quelques semaines, nous avons eu trois jours de canicule (c’est-à-dire qu’il a fait plus de 35° et que, même la nuit, la chaleur ne baissait pas, il vaut mieux préciser la définition avant que ça ne dérive encore à parler de canicule quand il fait 24°), et depuis les gens sont comme traumatisés : dès qu’il fait plus de 24°, ils crient au scandale et courent s’enfermer chez eux, dans le noir, tous les volets fermés, « pour garder la fraîcheur ».

C’est le soleil désormais qui est le paria ; voilà qui contente mon esprit de contrariété, lui qui était contrarié quand même d’aimer le soleil au même titre que tout le monde, ça ne lui convenait guère. Sans doute les campagnes de prévention contre le réchauffement climatique y sont-elles pour quelque chose. Mais ça ne sert à rien de se miner, entre temps, à force de pluie, nous serons tous devenus des poissons à barboter au fond des mers que la fonte des glaciers aura produit. Que voulez-vous, c’est ça l’évolution.

Symphonie des lieux

En m’endormant hier soir, et étant donné mon état végétatif du moment (maladie, fatigue, mais bon moral et volonté), je laissais ma pensée divaguer sur des sujets pris au hasard. Je repensais à ce rêve que j’ai fait avant-hier ; une nuit très agitée, un sommeil en pointillé. De ces nuits d’inquiétante étrangeté durant lesquelles le corps pourtant exténué ne parvient pas à succomber au sommeil : on se retrouve face à l’obscurité de la chambre, les yeux grands ouverts puis tout à coup à nouveau endormis pour faire des rêves étranges dont le sens souvent nous échappe. J’accorde toujours une certaine importance aux rêves qui persistent bien qu’ils soient assez énigmatiques ; il n’y a pas de suite logique, et les souvenirs qui m’en restent sont de l’ordre du détail.

Je sais qu’il y avait une grande maison aux parois de verre, cerclée d’une terrasse en bois courant tout autour, une maison au bord d’un lac. Pour une fois, je n’ai pas le souvenir que le rêve ait été angoissant, je ne crois pas qu’il s’agissait d’un cauchemar, pas de sentiment de peur ou de perturbation. Je me laissais un peu portée par l’absurdité de l’enchevêtrement des événements avec insouciance. Et… c’est tout ce dont je me souvienne.

Hier soir j’ai donc réfléchis à ce rêve en réalisant que ce n’était vraisemblablement pas la première fois que je voyais cette maison en rêve (je ne sais plus si je l’ai déjà croisée dans la réalité). Elle m’était familière, même dans le rêve, comme si c’eut été une maison d’enfance, un lieu de vacances bien connu ou d’évasion. Un lieu en tout cas porteur d’une positivité, dans lequel je sentais le potentiel d’un bien-être pour l’avoir déjà en partie expérimenté auparavant dans cet endroit. Et je ricoche alors sur cette idée : on garde en mémoire de façon très précise des souvenirs de maison (d’intérieurs le plus souvent, d’extérieurs parfois), on croit se souvenir de façon précise mais sans doute le lieu a-t-il pris la forme de notre mémoire, transformée par le temps et les années incrustées dans le corps.

J’ai repensé aussi à cet autre rêve, un cauchemar cette fois, souvent réactualisé au cours des années (à chaque période de prise de conscience d’une transformation). Je suis enfermée dans la maison de mon enfance, scellée de planches devant les fenêtres, plongée dans l’obscurité. Des bruits de pas et de coups sur les parois de la maison, tout autour de moi. Je sais être poursuivie par des nazis. Je sais aussi qu’il faut que je protège quelqu’un. J’agrippe son bras pour l’entraîner dans la cave de la maison et nous écoutons en silence le bruit des pas qui montent les escaliers au-dessus de nos têtes, nous retenant d’éternuer, le nez irrité par la poussière qui bruisse du plafond. Invariablement, je me réveille toujours à ce moment-là.

Je m’amuse alors à tenter de me souvenir et de voir alors quelles maisons je garde en mémoire, outre celles de l’enfance qui restent, comme pour beaucoup de gens, très distinctement gravée dans ma mémoire comme si ce souvenir renfermait également ceux de l’enfance, de ses sensations, de ses découvertes et de ses origines. J’ai déjà écrit sur la maison d’enfance paternelle et j’ai également un peu écrit sur l’appartement d’enfance maternel partagée avec les frères. Mais je crois que lorsque je convoque des décors pour écrire une scène par exemple, je ne puise pas tant mon inspiration dans ces lieux bien connus que dans ceux que j’ai pu côtoyés de façon plus épisodique.

Je repense par exemple à la maison de la meilleure amie de mon père quand j’étais petite. Je ne sais plus pourquoi mais souvent nous retrouvions cette amie dans cette maison (chez ses parents, je crois qu’elle était elle-même récemment divorcée, et qu’elle était retourné temporairement dans la maison parentale le temps que les choses se tassent). Je ne sais plus si nous avons souvent été dans cette maison mais sa disposition, ses poutres en bois, la sensation d’être coocooner dans cette maison de vieux, avec la cuisine à l’ancienne et les chambres d’enfants depuis longtemps adultes, préservées presque à l’intact. Je me souviens avoir passé beaucoup de temps à farfouiller dans cette maison, à jouer tranquillement dans le salon comme si j’étais chez moi, de m’y sentir bien et accueillie. C’est aussi dans cette maison, un peu jeune certes, que je goûtais ma première lapée de vin blanc.

Si je prenais le temps de réfléchir encore un peu, d’autres me reviendraient peut-être mais je crois qu’en fait c’est un mélange de plusieurs maisons à la fois, croisées à plusieurs reprises et dont ma mémoire a gardé certains détails pour faire un puzzle. Je pense à cette séquence d’Amélie Poulain dans laquelle elle tente de redonner espoir à sa concierge en assemblant des bouts de lettres de son mari décédé. A chaque nouveau fragment ajouté on entend un son différent. C’est un peu cette idée que je me fais de la mémoire scripturale qui agence comme elle le souhaite des morceaux sélectionnés pour former un tout à son image (à l’image qu’il souhaite), un orchestre symphonique dont chaque fragment est un instrument, une ligne de notes ; ils proviennent d’un peu partout et de nulle part.