#Extrait 50

Du haut de sa colline, forgé du même bois qui l’a vu naître, observateur attentif, patient, maître des cycles du temps, manipulant les êtres qui l’ont nourri de leurs vies oxydées par l’immobilité, le Manoir Mansfield esquisse un soupir, apaisé, éternel. Quelques parcelles de lattes en bois à peine s’ébranlent, un souffle diffus fait vibrer les rideaux mités des fenêtres. 1700, date de construction, 1885, 1994, 2015, le manoir Mansfield chaque fois reprend ses droits sur la faible étincelle de vie des habitants qui s’y sont succédés : ont-ils été plusieurs ou un ? Éternels échos des mêmes maux, des mêmes faits, sous des traits à peine différents. Héloïse, Marthe, Elisa, Jacques, Etienne, qu’importe quels aient été leurs noms ; pour lui, ils sont tous idem : des items qu’il déplace sur l’échiquier de son temps. Faibles créateurs qui croyaient pouvoir créer des histoires, l’ayant nourri de leur frustration créatrice, lui, le puissant, l’omnipotent, le seul créateur de son temps depuis des temps immémoriaux. Car il était déjà là bien avant d’être fait de pierres, il était là, ce mal, cette tempête calme, à révéler la folie que tous les hommes en eux tentent de cacher.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes

#Extrait 35

L’horloge flamande n’émet plus aucun son, le temps semble figé sur l’instantané d’une pièce où personne ne vivra plus jamais. Le lit trône au milieu, objet inutile, semblant porter une ecchymose, comme chaque élément du reste de la pièce. Les draps n’ont plus été changés depuis l’événement. La poussière a investi la pièce ; l’odeur de la vie a cédé à celle de la décrépitude et de l’abandon.

Le pied du meuble en marbre est brisé. Des touches du piano ont disparu. Le velours du fauteuil s’est aigri dans une teinte cramoisie. Tous ces objets sous un nuage de souvenirs perdus. Les cadres en verre brisés fissurent les visages des êtres lointains, ébrèchent des membres, fendent des sourires à jamais figés. Sur l’étagère, un pot de crème jaunie, un papier officiel – une convocation pour l’armée – dans une enveloppe déchirée sur le haut.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…