#Extrait 41

Car, alors même que l’instant prenait corps dans un présent qui semblait pouvoir durer éternellement, je savais ne pouvoir retrouver ces sentiments exactement comme je pouvais les ressentir à ce moment précis et je ne sais pas même si je pourrais les retrouver intacts au moment où j’écris ces lignes alors que trois heures seulement se sont écoulées (je viens tout juste de rentrer). Et voilà que je peine déjà devant mon carnet, voilà que tout m’échappe. Je le savais déjà tout à l’heure, je me voyais déjà bougonner devant mon carnet incapable de retenir les éphémères. Je savais pertinemment que lorsque je tenterais de le décrire, cet instant serait déjà loin, évaporé par un nouvel instant présent – celui de l’écriture, intemporel, hors du temps entre tous -, par de nouvelles impressions qui ne seraient à jamais plus tout à fait les mêmes, mais luttant pourtant contre cette échappée folle, cette vieillesse constante.

Je veux que rien ne s’échappe.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes