#Extrait 6

Un grand établissement cerné de remparts laisse sortir une musique effervescente, les notes s’élèvent un instant dans l’air pour claquer au contact d’une goutte de pluie. Une rue torturée contourne cet édifice mène vers des cris d’enfants, des grincements de plastique, des rires innocents, des mains tendues vers les cordes des balançoires, le crissement du gravier sous le pas de ces progénitures pressées, des parents alertes au moindre bruit sur les bancs encerclant la cour de jeu. Une acropole métropolitaine surplombe la scène et révèle le caractère éphémère de ces jeux naïfs, très vite oubliés avec les années, comme passe un métro s’engouffrant dans un tunnel de plus en plus sombre : la mémoire. Surplombant l’inconscience qu’ils ne parviendront plus à retrouver dans quelques années. Surplombant ces promesses d’amitié vite données, vite oubliées, comme effacées tout à coup par quelque ballon venant taper la jambe, par l’appel du goûter, par un caillou mal lancé. Surplombant cette scène fragile et intemporelle, car d’autres enfants fouleront ces graviers, d’autres enfants pleureront sur les rondins, les genoux écorchés, des larmes rondement effacées par un sourire sincère, les perles roulant encore au coin des joues. De l’autre côté de la rue, est la cour de jeu des grands : un square d’herbe rase encerclé d’arbres dont les feuilles bruissent au vent et viennent un moment couvrir le gémissement exquis des jeunes couples s’embrassant sur les bancs dispersés ça et là.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

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Ma première nouvelle publiée !

C’est avec émotion, un sentiment de quatrième dimension (est-ce que c’est vrai? enfin vrai…?!) et un grand bonheur que je découvre ma première nouvelle publiée sur le site des éditions de L’Abat-jour. Envie de partager cette joie avec vous !

Voici le lien sur le site de l’éditeur.

Et ce n’est que le début de la collaboration avec eux !

La noyée publiée sur editions abat-jour

La noyée publiée sur editions abat-jour 2

J’attends donc je lis

1974 (39)

Sans plus y croire, j’ai envoyé un texte sur le site de l’association « J’attends donc je lis » qui met en avant des textes courts sur son site web. Cherchant dans mon stock de fragments, j’en ai retrouvé un écrit en 2004, un premier jet que j’avais laissé de côté, inachevé, mais que j’avais tout de même gardé dans mes archives, en me disant que je lui trouverais peut-être un jour une suite ou une utilité. Ce texte s’appelait Marthe et dressait le portrait à peine esquissé d’une femme emprisonnée dans une éternelle attente, le souvenir sensationnel d’une scène à répétition, dans une ambiance étrange, au coin d’un feu de cheminée qui ne parviendrait plus jamais à la réchauffer.

Depuis l’adolescence, je garde dans mes archives chaque fragment (des pensées, des nouvelles commencées et qui n’ont jamais trouvé de fin, des idées de récit dispersées dans ces carnets de notes que j’emmène partout avec moi…) en me promettant qu’un jour, mon écrivain déciderait de le reprendre pour donner forme à cet embryon latent. Et, alors même que je ne me souviens même plus de leur existence, lui n’a rien oublié et ressort ce fragment des décombres au moment opportun: soit pour l’intégrer dans une fiction ou un essai, soit pour en faire un texte enfin complet, un tout uni – jamais parfait bien sûr, je reviendrais sur cette notion dans ce blog…

Et voilà que Marthe a réapparu au moment de chercher des textes à proposer pour ce site. Je n’ai pas eu à le retravailler beaucoup finalement, il convenait parfaitement au format demandé (190 mots), il demandait seulement à être encore plus tiré vers le côté fantasmagorique, voir presque fantastique du texte. Et voilà qu’il a été retenu par l’association!

Le texte est en ligne sur http://jattendsdoncjelis.unblog.fr/les-laureats/ pendant un mois.

Ce n’est certes pas grand chose, me suis-je dis: juste une petite pierre dans la mare, mais tout de même une certaine reconnaissance qui m’a procuré un nouvel élan d’énergie: mes textes commençaient à parler à d’autres, à retenir leur attention, quelque soit ce que chacun pouvait y trouver, il y avait cette petite chose qui leur parlait intimement. Voilà qui m’a confirmé encore un peu plus sur la voie du partage et de la réciprocité: un écrivain ne fait pas seulement que donner mais reçoit aussi tellement dans le retour que font les lecteurs. Il s’agit pour le moment d’un cadre très restreint: des amis, la famille, des connaissances mais le plus intéressant dans cette expérience a été la diversité des retours qui m’ont été faits: diversité des interprétations, diversités des visualisations, diversités des émotions, sensations et sentiments déclenchés par la lecture de ce texte.

Je profite de ce post d’ailleurs pour remercier encore une fois toutes les personnes qui ont pris la peine de la lire et de me faire un retour, que ce soit une simple remarque ou une critique plus détaillée. Grâce à eux, Marthe n’est déjà plus tout à fait le même texte, il s’est d’ores et déjà gorgé – monstre textuel aspirant le monde qui l’entoure – de ce flots d’émotions et d’interprétations, très différentes des miennes, révélant même des interprétations que je n’avais pas envisagé. Et c’est ce qui essentiel dans ce partage de l’écriture: à certaines périodes, on reste longtemps assez isolés, un peu découragés par le manque de réaction des autres auxquels on a partagé un texte et qui ne nous font aucun retour, mais c’est pour mieux nous surprendre, à d’autres périodes où tout à coup, un flot de retour (que ce soit une critique positive ou négative, tout est bon à prendre) qui nous conforte dans cette idée que l’écriture achève son épanouissement non dans la tête de l’écrivain mais bien dans celui du lecteur, qu’elle serait incomplète et inutile sans lui.

Voici le texte:

Le soleil éclaire d’une flamme que la lueur du jour a déjà éteinte. Marthe lit, allume une cigarette sans goût mais la fume toutefois, appréciant la vapeur caressant ses lèvres. Figée par le passage du temps, éclairée telle la lumière d’un phare s’éloignant doucement puis revenant sur elle à intervalles régulières. Chaque soir maintenant, elle s’assoit dans ce fauteuil usé, à côté d’une table en fer forgée, où se trouvent une lampe faible, un livre et son paquet de sans filtres. Autrefois, elle entendait le déclic de la lourde porte, restait immobile, légers pas dans le couloir, froissement léger des vêtements, souffle sur sa nuque, elle fermait les yeux, soudainement imprégnée d’un rêve, lèvres sur les siennes, mains sur ses joues, sa gorge, entre ses seins, mains la déshabillant, l’étalant nue devant le feu, prenant possession de son corps. À l’aube, elle se réveillait seule. Ce soir, la porte ne fera pas de bruit, le couloir restera silencieux, son corps incroyablement rigide ne connaîtra plus de réanimation. Ce soir, et tous les autres soirs, elle ne s’endormira plus possédée et vive mais restera sur ce fauteuil à lire et s’endormira.