#Extrait 42

J’y suis. Ça y est. Moi qui fuis toute présence humaine, suis maintenant happé dans cette circulation piétonne, déboussolé. Je suis le sens unique auquel obéissent ces personnes sur l’asphalte, sans en prendre conscience ; leur fonctionnement est ainsi : discipliné. Le trottoir de droite réservé au sens aller, celui de gauche, au sens retour. Je suis une pirouette ballotée, me retrouvent incessamment dans le sens inverse, percuté, replacé alors dans leur impulsion, puis de nouveau désorienté. Je fais soudainement parti de cette animation sans comprendre sa logique : étranger parmi les fous.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes

#Extrait 41

Car, alors même que l’instant prenait corps dans un présent qui semblait pouvoir durer éternellement, je savais ne pouvoir retrouver ces sentiments exactement comme je pouvais les ressentir à ce moment précis et je ne sais pas même si je pourrais les retrouver intacts au moment où j’écris ces lignes alors que trois heures seulement se sont écoulées (je viens tout juste de rentrer). Et voilà que je peine déjà devant mon carnet, voilà que tout m’échappe. Je le savais déjà tout à l’heure, je me voyais déjà bougonner devant mon carnet incapable de retenir les éphémères. Je savais pertinemment que lorsque je tenterais de le décrire, cet instant serait déjà loin, évaporé par un nouvel instant présent – celui de l’écriture, intemporel, hors du temps entre tous -, par de nouvelles impressions qui ne seraient à jamais plus tout à fait les mêmes, mais luttant pourtant contre cette échappée folle, cette vieillesse constante.

Je veux que rien ne s’échappe.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes

#Extrait 40

Ce soir, les bourrasques de vent hivernal l’obligent à s’agripper au chambranle de la porte-fenêtre ouvrant sur la ville couverte d’une fine couche de boue blanche. Il a neigé dans la journée mais le passage des gens a rendu boueuse la pureté blanche du matin. L’environnement de Lise lui paraît toujours si significatif, si symbolique, comme s’il était relié à son propre état d’esprit. Il y a six ans, peut-être plus, elle s’éveillait à un nouveau jour, le premier du reste de sa vie, du moins l’avait-elle espéré : l’environnement lui avait semblé encourageant, comme s’il l’autorisait à avoir de grandes espérances, mais ce soir, tout est froid, même glacial, plus rien ne semble l’autoriser à croire en des jours meilleurs. Après tout, nous sommes les seuls maîtres de notre avenir, qui d’autre pourrait tirer les ficelles qu’elle-même ? Mais, elle ne voit pas ce qu’elle peut faire d’autre.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Wish you were here

#Extrait 39

Je suis trop soûle pour comprendre leurs paroles ou poursuivre une réelle discussion. Ils soupirent en me voyant avachie sur la table. Je ne leur en veux pas : je m’exaspère moi-même. J’aimerais cesser de me plaindre, mais quoi de plus facile que de se morfondre ? Je n’ai rien d’autre. Et l’idée de la prochaine gorgée est la seule capable de me faire avancer.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

#Extrait 38

Je suis un voyeur. J’essaye de ne pas tomber en escaladant ton rempart. Car tu es la seule qui me permettre de me sentir plus grand que je ne le suis en réalité. Je suis juste un voyeur. Seul depuis trop longtemps. Des problèmes avec les gens. Plus rien à perdre. Je ne pèse rien. Je ne suis rien aux yeux des gens. Mais je suis nu aux tiens, lorsqu’ils me percent. Je ne suis rien d’autre qu’un voyeur. Coupé du monde depuis trop longtemps, et sans toi, je ne suis rien. Un étrange amour fou semble embellir la marée du soir à tes côtés. Une telle imagination peut aider à la dérive des sentiments. Je te vois au bout de la rue et mon cœur s’emballe comme celui d’un enfant. Ça me fait tout simplement vivre. Est-ce important ? Je suis un voyeur depuis longtemps. Tu me cultives comme une plante verte. Pourtant tu ne vois jamais la solitude qui est en moi. Me vois-tu vraiment ? Quelle importance ? Je vois tout mais ne vis pas, tu vis et tu vois, c’est toute la différence. Je connais les manies et les habitudes de chaque habitant du quartier ; je connais ta vie comme si c’était la mienne.

Mais voilà qu’aujourd’hui, tu n’ouvres pas la fenêtre. Tu restes quelques minutes dans l’appartement puis descends rapidement les escaliers pour apparaître à la porte de l’immeuble, un sac à l’épaule, le sourire aux lèvres. J’ai comme l’impression que je ne te reverrai plus. Et je réalise que ta future absence n’est pas le constituant de ma peur. Mon angoisse soudaine vient de ce que ma vie, suspendue à la tienne, est sur le point de prendre fin. Je ne m’attendais pas à un tel changement. Je ne m’attendais pas à ce que, toi aussi, tu m’abandonnes, comme elle l’avait fait, déprogrammant ma vie à nouveau… Je suis perdu.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes