#Extrait 50

Du haut de sa colline, forgé du même bois qui l’a vu naître, observateur attentif, patient, maître des cycles du temps, manipulant les êtres qui l’ont nourri de leurs vies oxydées par l’immobilité, le Manoir Mansfield esquisse un soupir, apaisé, éternel. Quelques parcelles de lattes en bois à peine s’ébranlent, un souffle diffus fait vibrer les rideaux mités des fenêtres. 1700, date de construction, 1885, 1994, 2015, le manoir Mansfield chaque fois reprend ses droits sur la faible étincelle de vie des habitants qui s’y sont succédés : ont-ils été plusieurs ou un ? Éternels échos des mêmes maux, des mêmes faits, sous des traits à peine différents. Héloïse, Marthe, Elisa, Jacques, Etienne, qu’importe quels aient été leurs noms ; pour lui, ils sont tous idem : des items qu’il déplace sur l’échiquier de son temps. Faibles créateurs qui croyaient pouvoir créer des histoires, l’ayant nourri de leur frustration créatrice, lui, le puissant, l’omnipotent, le seul créateur de son temps depuis des temps immémoriaux. Car il était déjà là bien avant d’être fait de pierres, il était là, ce mal, cette tempête calme, à révéler la folie que tous les hommes en eux tentent de cacher.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes

#Extrait 49

La vie n’est pas une continuité de moments importants mais une ligne directrice en pointillés dont la direction même n’est jamais certaine, toujours sujette à la transformation. William se perd dans l’espace-temps. Leur histoire est pour lui faite d’autant de pointillés, de ces fragments d’instantanés, de ces scènes précisément gravées dans sa propre ligne du temps qui sont pourtant des fragments constamment intemporels par l’impression d’une continuité globale sur leur ligne du temps commune. C’est difficile à exprimer en mots, William lui-même peine à mettre de l’ordre dans ses pensées. Lise est pour lui une présence continuelle puisque son passé se dessine dans le flou intemporel de leur relation qui ne s’est jamais conjuguée qu’au présent, et pourtant lorsqu’il fait appel à sa mémoire, ce sont ces instants de vie isolés qui le submergent.


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Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Wish you were here

#Extrait 48

Le métro pointe son nez au fond du tunnel. On entend déjà son vacarme, reflet de la société moderne : bruit de ferraille rouillée. Il s’arrête face à moi, dans un crissement abominable. Les gens sont entassés dans les wagons. Je force le passage pour me faire une place : juste quelques centimètres d’existence. Une femme prend deux places à elle seule et me balance sa poitrine informe dans le nez. Une autre – une personne âgée – m’écrase le pied à chaque secousse de l’appareil, puis se raccroche à mon bras pour retrouver l’équilibre, sans même un regard ou un mot d’excuse. Personne ne parle ; quelques-uns se hasardent à chuchoter, le silence prédomine. Des robots.


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#Extrait 47

Sophie se perd dans les rayons de lumière des lampadaires qui lèchent tour à tour le pare-brise. Elle sent qu’elle va pleurer, ici, dans cette voiture, devant lui (mais peut-être ne verrait-il rien dans la pénombre ?). Petite, elle imaginait que c’étaient ces rayons de lumière qui faisaient avancer la voiture en la propulsant de rayon en rayon, comme s’ils se passaient une balle à la chaîne.


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Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Echoes

#Extrait 46

Il est de ces images indélébiles en nos mémoires dont la réalité est si tangible qu’on en vient à se demander : cette scène a-t-elle vraiment eu lieu ? L’ai-je fantasmée ? Est-ce tout simplement une scène vue dans un film et qui, par quelque jeu espiègle de la mémoire, se mêle à mes propres souvenirs ? Et est-il nécessaire d’en connaître l’origine réelle ? Fantasme, rêve, réalité, expérience qui n’aurait jamais été vécue mais peut-être par d’autres et que nous nous serions inconsciemment approprié.


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Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Wish you were here