Publications et projets


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Echoes (roman)

Suivez le cheminement de ce roman en cours dans la catégorie: Journal d’écriture: Echoes – Roman

Le roman

Poursuivant ma réflexion, tant par le fond que par la forme, sur l’écriture en fragment déjà enclenchée dans Wish you were here, Echoes sera sans aucun doute un roman encore plus ancré dans cette démarche que ne l’était mon roman précédent. Véritable chassé-croisé entre les pensées de six personnages principaux, Echoes travaille avant tout sur le personnage, sa psyché et surtout les connexions conscientes ou inconscientes qui peuvent se créer entre les personnages; procédé figuré par le système de l’écho, de la résonance, de la dissonance, des connexions et des échanges. ce sera un roman dans lequel, à partir d’un instant de vie, le lecteur s’engouffrera de plus en plus profondément dans la psyché des personnages et surtout dans un flux continu reliant toutes ces psychés elles-mêmes déjà fragmentées… Je ne peux pas vraiment vous parler d’une histoire pour référer à Echoes, il n’y en fondamentalement pas et c’est peut-être encore trop tôt aujourd’hui pour vous en dire vraiment plus, moi-même je ne sais pas encore où ce roman va me mener. (mai 2015)

La technique

L’écriture d’Echoes repose avant tout sur une technique narrative qui s’est développée rapidement dès que je me suis lancée dans le premier jet. Cette technique n’est pas foncièrement novatrice et j’en retrouve peu à peu la trace dans les diverses influences (notamment littéraires, musicales et cinématographiques) que j’ai pu côtoyé depuis mon adolescence. Mais c’est en tout cas une technique que j’ai fais mienne en la nommant: « technique de narration par fragments en écho« . Cette appellation paraît sans doute un peu pompeuse mais je crois qu’elle est assez significative.

Il s’agit en effet d’écrire tout d’abord des fragments épars sans chercher à les rassembler entre eux; de réaliser tout à coup qu’ils sont amenés à se rapprocher et de les laisser communiquer (échos) entre eux de façon assez instinctive, sans réellement chercher à induire une cohérence, puisqu’on découvre en fait que la cohérence se fait d’elle-même sans qu’on fasse appel à un travail de logique de manière consciente. A partir de cette base de données de fragments, je continuais d’écrire de nouveaux fragments (des scènes) qui faisaient tout à coup appel à un fragment déjà écrit et qui se plaçait là, à cet endroit précis, de manière naturelle. Le but étant, au terme, que ce soit le travail d’architecture final qui vienne relier tous ces fragments entre eux et aplanisse les aspérités et les cassures.

Si l’on devait schématiser cela, la première brassée de fragments constituerait en fait le noyau d’un atome, un noyau qui se déplace de façon libre et attire au passage d’autres fragments qui viennent s’agglomérer, et que le roman soit finalement la bulle qui encercle ce rayonnement interne, jamais stable, en mouvement constant selon les forces d’attraction du noyau source. Ainsi, le roman, même finalisé par son auteur, peut se lire de différentes façon; l’idéal serait d’ailleurs que chaque fragment soit détachable afin que le lecteur puisse lui-même les mettre dans l’ordre qui lui semble personnellement le plus pertinent. Autant dire qu’avec cette technique, le plus difficile pour l’auteur reste à trouver une fin à quelque chose qui n’en aurait finalement pas dans l’absolu…

Réflexions autour de l’écriture d’Echoes

Lorsque j’ai crée ce blog, j’avais fait deux pages différentes concernant deux projets d’écriture différents: un recueil de nouvelles intitulé Echoes et un essai-récit en fragments intitulé Fragmentée. En deux mois, ces projets que j’avais laissés de côté pour m’occuper de la réécriture de mon premier recueil, ont bouillonnés quelque part, dans une part inconsciente de moi (le moi-écrivain) qui a fini par me faire émerger consciemment cette idée: et pourquoi séparer ces deux projets? Finalement, ne sont-ils pas un seul et même livre?

Les projets séparément n’avaient pas beaucoup avancés depuis peut-être un an, juste quelques idées ça et là, des notes, des scènes éparpillées. Mais lorsque j’ai compris qu’il fallait agencer ces deux projets ensemble pour finalement n’en faire qu’un, j’ai remplis un gros classeur de fragments, de fiche sur la construction de personnages, de notes à n’en plus finir, c’est signe que le travail avance et fait des pas de géant, heureux parce qu’il est enfin dans la bonne direction. Pour autant, je laisse encore mariner quelques temps, je n’ai pas encore eu le déclic qui me fasse commencer à l’écrire réellement même si j’ai déjà de nombreuses scènes qui communiquent mais patience, cela va venir lorsque je m’y attendrais le moins…

Je n’en dirais pas plus pour le moment, le bébé doit resté bien au chaud, à l’abri des regards dans le ventre de maman pour le moment, il n’est pas prêt à éclore à la vue de tous. Mais je peux vous dire que ce roman exposera, d’une manière ou d’une autre, une théorie du fragment… (Décembre 2014)

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Fragmentez – écriture et artisanat

Ecrit le 30 novembre 2016:

Je viens de parcourir les pages de cet « essai », comme je le fais souvent lorsque j’ai tout à coup l’intuition qu’une nouvelle phase d’écriture s’enclenche. Il commence à être suffisamment dense et je vais pourvoir m’atteler à la structuration tout en continuant d’alimenter avec d’autres fragments. Pour ce livre, en l’occurrence, pas vraiment de structure, je pense même me faire une sorte de jeu (aux dés peut-être !) pour déterminer l’ordre de ces fragments qui ne demandent qu’à se mouvoir librement à l’intérieur.

Je voudrais d’ailleurs qu’il puisse avoir cette liberté dans sa forme même. Chaque fois que le lecteur ouvre cet essai, il faudrait qu’il ne tombe jamais sur le même fragment, que la lecture soit aléatoire, comme ces applications sur téléphone qui vous proposent une recette au hasard quand on secoue l’appareil. Ici, pas de recettes, juste des pensées à l’envolée.

J’ai donc parcouru avec la roulette de ma souris ces pages pour taguer les auteurs qui apparaissent dans les différents fragments et je suis assez surprise : il y a tellement de vides dans les auteurs qui sont cités (un petit plaisir personnel d’ailleurs à la vue de ces auteurs qui se côtoient ici grâce à moi, ils n’ont sans doute rien demandé, ne se connaissent peut-être pas et ne s’apprécieraient pas forcément non plus, mais en moi ils se sont rencontrés). A vrai dire les citations me sont venues à l’esprit en écrivant et je me suis chaque fois mise en quête de la citation dont je croyais me souvenir. Maintenant que le travail est largement avancé, je suis en mesure de répertorier les auteurs qui apparaissent, le nombre d’occurrences mais aussi de constater les auteurs qui sont absents et qui sont pourtant d’une importance capitale pour ; et pourtant, je n’y ai pas pensé. Il y aura toujours des vides dans ce que laisse transparaître l’écriture : des fragments!

« Tant pis pour le désordre, la chronologie d’une vie humaine n’est jamais aussi linéaire qu’on le croit. Quant aux blancs, aux creux, aux échos et aux franges, cela fait partie intégrante de toute écriture, car de toute mémoire. Les mots d’un livre ne forment pas davantage un bloc que les jours d’une vie humaine, aussi abondants soient ces mots et ces jours, ils dessinent juste un archipel de phrases, de suggestions, de possibilités inépuisées sur un vaste fond de silence. Et ce silence n’est ni pur ni paisible, une rumeur y chuchote tout bas, continûment. Une rumeur montée des confins du passé pour se mêler à celle affluant de toutes parts du présent. Un vent de voix, une polyphonie de souffles.» (Germain, Sylvie. Magnus, p. 12).

Les fragments présentés dans Fragmentez ont été écrit au cours des années, au fil des jours. Cet « essai » représente l’agglomérat de ce qui a été écrit, lu, pensé, ingéré, à de multiples instantes, souvent sous le coup de la pulsion. Parfois, des fragments échappent à l’écriture parce qu’il faut effectuer une autre action et la pensée s’évapore. Parce qu’il n’y a pas toujours le temps, la possibilité matérielle ou sociale, de sortir son carnet pour écrire ce qui se passe dans la tête. J’ai essayé, je vous assure, j’ai essayé d’en capter autant que je le pouvais mais j’en reviens toujours à ce constat : rien n’est absolu, et même cette affirmation est fausse puisqu’elle est absolue. Je crois qu’on ne peut pas écrire sans accepter cette constatation avec une certaine forme de fatalisme, certes, mais surtout pour en faire une force tranquille, toujours en route, jamais lassée, car toujours d’autres choses encore à découvrir et à ajouter.

En résumé

Comme vous ne l’avez peut-être pas compris, Fragmentez: écriture et artisanat est une sorte d’essai (mais en fait, on sait pas trop, et puis ces étiquettes, vous devez commencer à savoir ce que j’en pense…), en fait je devrais plutôt parlé de recueil de fragments/de pensées qui rayonnent autour de l’écriture et de la lecture principalement, et justement aussi pour parler de beaucoup d’autres choses: souvenirs personnels, réflexions sur la vie quotidienne, sur des valeurs (féminisme, sociabilité, enfance,…), etc.

Loin de moi l’idée de croire que je suis une experte en écriture à tel point de me permettre de donner des conseils (ou pis: des prérogatives!), Fragmentez est surtout le fruit né de l’envie d’un partage: partage d’une expérience que je pratique, comme nombre de personnes, au quotidien, ce qui fait bel et bien de moi un artisan de l’écriture, quelqu’un qui peu à peu, chaque jour patiemment, apprend et peaufine toujours plus (infiniment) son artisanat.

Remarquez que je ne parle pas d’art car c’est déjà pour moi placer trop loin de la réalité ce qui constitue le nerf de l’écriture car malheureusement les termes « art » et surtout « littérature » sont tellement déformés qu’ils sont placés tellement loin de la sphère humaine et réelle qu’on ne les considère souvent plus que comme de l’esthétisme (pendant « élitiste ») ou carrément comme des divertissement.

Alors, non, il faut revenir à l’essentiel, au cœur de l’atome: l’écriture est vie, c’est pourquoi elle doit être partagée, triturée, discutée, naturellement et simplement. C’est du moins ce que j’ai tenté de faire dans cet essai-journal-recueil de fragments (accompagné de dessins et de photographies) et dans lequel le lecteur peut se sentir libre de flâner sans suivre un ordre établi, sans avoir de cheminement tout tracé, au gré des clics et des liens.

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Fantômes (roman)

Résumé

Instants de vie captés dans des flux de conscience qui se font écho à travers le temps. Fragments. Temps éclaté et disparate, brouillage de la chronologie. Le manoir Mansfield, seul témoin omniscient au sein duquel se déroule l’histoire sombre et brisée d’Héloïse, 1895, Marthe, 1994, Elisa, 2015. Entre ces trois femmes peu à peu résonnent d’étranges similitudes, à travers le temps. Les murs du manoir s’imprègnent peu à peu. Hanté, il dessine les contours d’une âme dévastatrice. Fantôme. Révéler l’indicible : violences humaines, de la ville, faites aux femmes, faites à soi-même. Expérience humaine dans sa multiplicité intime, à la limite du fantastique sans jamais vraiment y plonger. Fantômes capte les voix de ces personnages dans ces instants où leurs vies semblent être immobiles, jusqu’à ce que tout bascule…

Histoire de Fantômes

Voilà un florilège de textes qui me poursuivent depuis plus de dix ans, des personnages désincarnés, des fantômes, impalpables, insaisissables donc et pourtant tellement présents dans mon esprit qu’il fallait bien qu’ils me jouent encore un nouveau tour. Fantômes a été un recueil de nouvelles, et peut-être le restera-t-il en parallèle de ce roman, comme le miroir déformé, Alice traversant de l’autre côté…

Après des années de réécriture des nouvelles, de remaniements, de critiques (de la part des proches ou de professionnels), Fantômes en est venu à se décider sur la direction à prendre: ce sera le roman. C’est-à-dire qu’on prend les nouvelles qui ont constituées le recueil (et encore pas toutes mais celles qui s’offrent instinctivement), on les fait bouillonner un peu dans la marmite et on voit quelles couleurs en sortent: c’est alors une idée infime qui, petit à petit, au jour le jour mais aussi la nuit, s’épanche, déborde, et un matin, l’écrivant secrétaire se réveille en voyant devant ses yeux se tisser un maillage flou et il sait qu’en se mettant à sa table de travail et en commençant à réécrire (peut-être un peu au hasard au début) un des fragments d’une des nouvelles sélectionnées, d’autres fragments seront interpellés et les fragments s’enfileront tout seul et la trame et la structure du roman peu à peu se fera jour. C’est une marche à tâtons, à l’aveugle, une marche portée par l’instinct, l’intuition et le laisser-aller (on verra bien ce que cela donne, laissons faire).

Et voilà, c’est ce qui a été décidé: Fantômes passe du statut de recueil de nouvelles à celui de roman, mais après tout c’est toujours une histoire de fragments, c’est juste l’assemblage en fait, le packagging (non peut-être plus que cela tout de même!) qui change. Foncièrement les personnages sont là depuis longtemps, fuyants toujours, mais peu à peu, comme se dévoile un paysage au fur et à mesure de la marche, les yeux s’émerveillent, voient de plus en plus loin et les personnages peu à peu prennent la vie qui leur manquait auparavant…

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Wish you were here (roman)

Wish you were here est actuellement en recherche d’éditeur. J’ai décidé d’arrêter là les nombreuses réécritures qu’il a pu connaître car rien n’est perfectible et parce que je crois aussi, avec de plus en plus de certitudes, que le dernier auteur d’un livre est le lecteur qui le croise.

Résumé

Lise et Will s’aiment depuis leur première rencontre à la maternelle. Inséparables et pourtant toujours fuyants, c’est sans compter sur l’inconstance maladive de Lise qui, bien que profondément amoureuse de lui, ne parvient pas à combattre ses démons intérieurs suffisamment longtemps pour accepter l’amour inconditionnel que Will lui apporte. Jeu du chat et de la souris sur près de 30 ans, nous suivons l’histoire de ces deux personnages à travers les fragments qui forgent leur passion destructrice, avec, en filigrane, toujours cette demande, cette supplique, cet espoir : Wish you were here.

Le titre

Le titre de ce roman est bien sûr un hommage à la chanson des Pink Floyd écrite par Roger Waters et David Gilmour en 1975.

So, so you think you can tell Heaven from Hell, blue skies from pain.
Can you tell a green field from a cold steel rail?
A smile from a veil?
Do you think you can tell?

Did they get you to trade your heroes for ghosts?
Hot ashes for trees?
Hot air for a cool breeze?
Cold comfort for change?
Did you exchange a walk on part in the war for a lead role in a cage?

How I wish, how I wish you were here.
We’re just two lost souls swimming in a fish bowl, year after year,
Running over the same old ground.
What have we found?
The same old fears.
Wish you were here.

[Traduction:

Donc, tu penses pouvoir distinguer le paradis de l’enfer, des ciels bleus de la peine. Peux-tu distinguer un champs de verdure d’un froid chemin de fer ? Un sourire d’une grimace ? Penses-tu le pouvoir ?

T’ont-ils obligé à troquer tes héros pour des fantômes ? Des buissons au lieu d’arbres ? De l’air chaud au lieu d’une brise glacée ? Un confort froid au lieu du changement ? As-tu échangé un rôle important dans la guerre contre un second rôle dans une cage ?

Oh, oh, comme j’aimerais que tu sois là. Nous sommes simplement deux âmes perdues nageant dans un bocal, années après années. Parcourant la même vieille terre. Qu’avons-nous trouvé ? Les mêmes vieilles peurs. J’aimerais que tu sois là.]

Pour aller plus loin… (réflexions, auto-analyses à la volée, expérience personnelle), à lire avant ou après le roman lui-même: appareil critique, attention vous risquez d’être un peu spoiler !

Roman en fragments

Oui, je sais, l’histoire peut paraître un peu bateau mais tout a déjà été écrit finalement, et pourtant, personne ne le racontera jamais de la même manière, avec les mêmes mots, la même technique…

Le roman en fragments ou fragmenté est un genre à la lisière du recueil de nouvelles et du roman, entre la compilation et le récit, voir le scénario de film. Le récit y est donné par bribes, accordant autant de place aux non-dits qu’à ce qui est dit, ici par le narrateur ou le truchement des pensées des deux personnages. Ces non-dits sont à l’image de ce lien pervers et passionnel qui unit Lise et William, fusionnels et pourtant incapables de s’avouer l’un à l’autre, tellement fusionnels peut-être qu’ils croient que les mots parlés, entre eux, n’ont aucun sens, que tout se passe entre deux pensées connectées.

Ainsi, pas de continuité dans le temps ou dans l’espace, la continuité du récit semble se situé dans le fil des pensées des personnages, un dialogue de sourd : perte des repères, morcellement, suspension du temps. Il s’agit donc forcément, comme tout ce qui est humain, d’un matériau en constante transformation, si bien que le lecteur ne peut qu’émettre ses propres hypothèses, forcé d’analyser lui-même les personnages et de combler les vides laissés dans l’histoire par les nombreuses ellipses, flashbacks et flashforwards.

À notre époque où les conversations par mails, messages et tweets, sont condensées en des instantanés, la fragmentation dans la fiction est de nos jours de plus en plus usité : on livre de moins en moins de long roman racontant une histoire du début à la fin, on cherche à faire interagir le lecteur qui devient lui-même écrivant : il écrit lui-même ce qu’il pense être dans la continuité de l’histoire, cela varie forcément d’un lecteur à l’autre, l’histoire des personnages, leurs vides et leur avenir est entre les mains d’une personne extérieure qui transporte avec lui ses propres bagages et ses propres expériences.

Tout comme nos vies sont peuplées d’instants éphémères, de ces scènes marquantes, de ces échanges épisodes, le roman fragmenté ne livre que ces essentiels d’une vie, un condensé de vie, d’une vie traversée par des centaines de fragments d’autres vies, de vies éparpillées. La fragmentation du récit dans ce cas est également à l’image du personnage féminin principal : Lise est un être insaisissable, qui ne peut être saisi complètement, qui fuit cette complétude et ne voit son identité qu’à travers le reflet d’un miroir brisé qui fractionne son visage, elle ne peut se voir complète ; Will quant à lui peut représenter ces vides qu’elle laisse derrière elle, sans cesse perturbé par les allées et venues de Lise. À l’image de cette psyché déformée de Lise, Wish you were here multiplie les contradictions, les ellipses, les passages soudain d’un état psychique à un autre sans qu’il y ait de réel lien entre les fragments si ce n’est la présence des deux personnages comme s’ils jouaient chaque fois la scène d’une pièce de théâtre différente.

Car c’est aussi là la représentation d’un jeu pervers : on joue avec les sentiments, on blesse, on aime passionnément, avec violence, avec tendresse. Le découpage du roman peut crée alors chez le lecteur un sentiment de constante irréalité, c’est ce que ressens Will – perdu dans cette vie en pointillé entre Lise et la vie qu’il a en parallèle – lui-même souvent tout au long du récit « comme si une telle histoire d’amour fou, ne pouvait être fait qu’en adoptant le ton, non de la déraison, mais de l’irrationnel » (Blog de Michel Diaz, article « Soirée-débat du 11 novembre 2014 autour du roman « Soluble » de Brigitte Guilhot« )…

Mon roman, moi et l’autre (cet écrivain assoiffé)

J’ai fini Wish il y a deux jours.

Je n’ai pas ressenti de réelle émotion que ce soit de soulagement (d’en avoir fini) ou d’euphorie (d’y être parvenue). C’est ce que disent beaucoup d’auteurs : c’est au cœur de l’écriture qu’on ressent le plus d’émotions, une fois terminé, on a pu suffisamment éduquer l’enfant pour qu’il prenne son envol et on devient peut-être inconsciemment plus indifférent pour le laisser faire son chemin seul. Voilà bientôt trois ans que je l’avais commencé et je me souviendrais toujours de lui comme de cet ami qui m’a transformé, m’a aidé à transformer des choses de mon passé pour en faire une autre existence à part entière. De mes doutes passés et de ma quête infantile, de ces « et si ? » qui m’ont taraudé l’esprit pendant trois ans, est sorti ça : mon premier roman – fragmenté bien sûr, tout comme je suis cette ligne dans ma vie et dans mon écriture. Je voudrais être l’écrivaine du fragment, il y en a bien sûr tant d’autres qui ont marqué cette esthétique, dont mon maître Virginia Woolf (dont je lis actuellement le journal intégral) qui avait une vie tout aussi fragmentaire (qu’est-ce qui ne l’est pas ?).

Bref. Lorsque j’ai commencé à écrire Wish, c’était pour pallier un manque, me convaincre que je devais renoncer à cette image qui m’apparaissait l’idéal. J’ai assemblé alors tout ce que j’avais pu écrire sur et avec lui, et je croyais que le roman était achevé. Ce n’était que l’esquisse et le roman prenait tout juste racine car moi je n’étais pas encore transformée par rapport à cette histoire et les personnages n’avaient pas encore leur vie propre ; ils étaient encore trop moi, pas assez eux. Je m’attachais encore trop à l’histoire d’origine, somme toute banale.

En farfouillant dans les nombreux fragments, disséminés dans des cahiers, sur des feuilles éparses, dans des classeurs et des journaux intimes, j’ai pu retrouver un texte écrit cinq ans auparavant dans lequel un personnage féminin se préparait à se marier et faisait face à son reflet dans le miroir en robe de mariée, la narration suivait le cours de ses pensées et de ses doutes. La redécouverte de ce fragment que j’avais oublié, assez mal écrit, mais qui contenait déjà une intention marquée et intéressante, me fit sourire sur le coup, puis s’imprégna quelque part en mon moi écrivain ; je sentais que ce fragment aurait un rôle à jouer dans Wish mais je ne savais pas encore vraiment quoi.

Finalement, c’est de ce fragment qu’est découlé tout le reste car, petit à petit, sont venues des scènes, des fragments sortis directement de mon écrivain, de mon imagination (rien finalement, ou si peu de choses n’a eu vraiment lieu dans ma vie réelle) : là, je commençais vraiment à écrire l’histoire du roman. Je commençais à créer un passé et une vie aux personnages qui me ressemblaient de moins en moins, même s’ils ont gardés des leitmotivs. Je crois que ça a été la période la plus émotionnellement chargée mais aussi la plus déstabilisante. J’étais possédée. Je vivais l’histoire de mes personnages dans ma tête. J’écrivais tout le temps. En marchant, en parlant, en travaillant. C’était tellement intense et tellement dangereux. Car je me perdais le moi humainement réel dans le moi écrivain, au point de m’emmêler même dans mes propos aux autres, peinant à délimiter la vie réelle de ma vie scripturale.

Mais j’écrivais, les scènes s’enchainaient, donnaient un sens plus profond aux personnages qui devenaient vivants, créaient une histoire plus universelle. L’histoire presque entière du roman s’est crée à cette période, il y a deux ans ; ce sont d’ailleurs pratiquement uniquement ces scènes que j’ai gardé dans la réécriture.

J’ai eu de nombreuses révélations également en ce qui concerne la fin, croyant chaque fois que telle scène pourrait clore le roman et puis une autre révélation venait la remplacer. Au final, c’était au prix d’une révélation très intime : il fallait accepter d’avoir des fantasmes et qu’ils restent non effectifs dans ma vie, que c’était même sain de fonctionner de cette façon, et que l’écriture me permettait de les assouvir. Et finalement, qu’est-ce que l’écriture de fiction si ce n’est un fantasme amplifier au point de créer une histoire à part entière ? À partir de cet instant, je n’ai plus écrit de nouvelles scènes et il ne semblait pas avoir besoin de plus d’ailleurs. S’est suivi une période où j’ai laissé Wish de côté pour reprendre mes nouvelles des Fantômes et produire beaucoup de fragments réflexifs sur l’écriture et donc la vie. Puis, réalisation finale : [Je ne vais pas vous spoiler à ce point-là quand-même !].

Pendant un temps, voyant la finalité scripturale de Wish arrivait, j’avais peur qu’il me manque, cet ami qui m’avait accompagné dans ma transformation ; mais aujourd’hui, je suis sereine, je n’ai plus besoin de cet ami, il représente mon passé d’écrivain que je me suis construit et j’aspire à d’autres choses, peut-être plus universelles. Il restera éternellement là, en moi, un de mes fragments, ce passé dans lequel, à un moment, j’ai trouvé, en imagination, mon existence.

(écrit le 9 septembre 2014)

Les semaines qui suivirent l’écriture de ce bilan furent plus difficiles, je déprimais, mon ami me manquait, je me sentais tout à coup seule, vidée, abandonnée…
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Fantômes (recueil de nouvelles)

Couverture éditeurs papiers copie

Et puisque rien n’a de fin… (09/12/2015)

Un nouveau projet, ou plutôt une réappropriation, une réécriture totale, une transformation globale…: Fantômes est en train de devenir Fantômes (le roman)… C’est ici pour en savoir plus…

Dernières nouvelles de ce recueil (11/03/2015)

Une autre réponse négative pour Fantômes. Il semble que, malgré les nombreuses réécritures  (réécriture des nouvelles par des détails ou des coupes carrément franches, réorganisation à de nombreuses reprises des différentes nouvelles, ajout ou retrait de certaines nouvelles qui étaient là depuis le début, qui sont parfois revenues sous une autre forme), cela ne fonctionne toujours pas. Mais une réponse négative d’un éditeur n’est pas toujours complètement négative: ainsi, le dernier retour en date que j’ai pu avoir fût de la part des éditions de L’Abat-jour qui m’ont dit ne pas avoir été convaincus par l’ensemble du recueil mais y avoir recelé des choses qui sont intéressantes et qu’ils ont lu avec plaisir; ils m’ont demandé ainsi de leur proposer des nouvelles isolées afin de les publier sur leur site ou dans leur revue numérique.

Ce n’est pas la première fois que je reçois ce genre de critique, que ce soit d’un proche, d’une connaissance ou d’un professionnel, et j’en ai reparlé avec mon compagnon de vie, toujours très perspicace et très juste dans ses remarques, lui qui m’en avait déjà parlé il y a peut-être de cela un an mais il fallait le temps que l’idée se fasse dans la tête, que j’accepte que, pour le moment en tout cas, je ne peux pas proposer mon recueil de nouvelles d’un seul bloc mais qu’il est possible qu’elles aient une vie indépendantes, quitte un jour à être de nouveau rassembler dans ce recueil ou dans un tout autre recueil. Tout le travail qu’il y a eu pour la construction, tant du recueil dans sa globalité que pour chacune des nouvelles, n’a de toute façon pas été vain (aucun travail quel qu’il soit n’est, selon moi, vain ; tout cela fait parti d’un processus qui m’a permit de travailler mon style, d’exercer une gymnastique à mon esprit, d’avancer dans ma discipline scripturale).

Il ne s’agit donc pas d’une résignation : je vais proposer les nouvelles contenues dans Fantômes de façon indépendantes et ne pas chercher à tout prix à créer une concordance entre elles afin de créer un ensemble logique mais qui recèlera toujours un petit quelque chose qui ne fonctionne pas pour le lecteur. Et il serait stupide de s’accrocher, de se récrié, de ne pas saisir l’opportunité qui m’est fournie par les éditions de L’Abat-jour.

Alors, au travail ! Une critique est une pierre à l’édifice, quelque chose qui permet de réenclencher le roulement de l’écriture. Une critique n’est pas une fin, c’est l’opportunité d’une poursuite.

Résumé du recueil

Recueil de onze courtes nouvelles, ou plutôt de fragments, d’instantanés captés par le flux de conscience d’un personnage. Ces fantômes semblent laisser une trace fugace d’anonymat à travers une seule et même conscience, celle de ce(s) personnage(s) omniscient(s) plus vivant(s), pas encore mort(s), dont on capte l’instant opportun : celui qui pourrait les faire basculer d’un état à un autre, mais le feront-ils vraiment, ou demeureront-ils dans ces limbes de la non-existence ? Le fantôme est un flux d’émotions. Le fantôme est un être qui ne sait pas encore qu’il vit…­­

Histoire du recueil

Commencé en 2005, aux premières palpitations de mon écriture, ce recueil représente un peu pour moi la construction progressive de mon style et de mon projet scriptural dans ses premiers balbutiements. L’ensemble du recueil, ou chaque nouvelle qui le constitue en particulier, a été retravaillé des dizaines de fois au long des années, avant que je ne finisse par trouver ce que ces fantômes cherchaient à dire non seulement de moi mais surtout d’un état: de ce passage que chacun peut connaître dans une vie entre un « moi » et un « autre » et de trouver sa place dans cet entre-deux incertains que nous sommes tous. Pour chaque personnage de ce recueil, c’était finalement de capturer l’instant où leur vie peut basculer, où ils pourraient passer de l’ombre à la lumière, de l’état de veille à celui de vivant actif. J’ai écrit la toute première nouvelle de ce recueil moi-même dans cet état, qui s’est apparenté pour moi à l’adolescence, ce passage de la vie dans lequel notre place n’est pas encore défini, dans lequel nous n’avons pas encore trouver notre propre voie de transformation permanente. Je crois toujours en cette transformation permanente de chacun, au contact des autres, d’autres perceptions, du temps, mais je ne suis plus dans cet état de semi-existence, j’ai trouvé la voie sur laquelle je veux me transformer: l’écriture.

Introduction au recueil

Qui sont ces fantômes, ni vivants ni morts, dont la lecture des pensées intérieures laisse une trace fugace d’anonymat ? Un flux continu à travers une seule et même conscience ?

Le fantôme est cet être omniscient plus vivant, pas encore mort. C’est celui qu’on ressent. Comme une intuition, une sensation parcourant l’échine, mais qui demeure opaque.

Le fantôme est celui qui a vécu, laisse une trace : des pensées, des projets, des instants figés par des photographies à contre-jour.

Le fantôme est celui qui est en devenir : né mais pas encore accompli. Encore une esquisse, il n’a pas compris ce qu’est la vie (ce flux de pensées naviguant à travers une grotte universelle dans laquelle chacun creuse sa caverne). Il n’a pas encore compris ce qu’il peut y faire. Il ne sait pas que son rôle sera sans doute minime mais que cette petitesse ne fait pas de lui un élément négligeable ; tout au contraire : il est un élément du flux humain auquel il peut apporter son propre écho. Le fantôme ne le sait pas encore.

C’est cette entité mystérieuse qu’on aimerait percer mais aussi qu’on craint, parce qu’on sait qu’il voit tout, qu’il se fond en tout et enregistre nos pensées furtives ne pouvant être fixées par notre conscient.

Le fantôme est un flux d’émotions.

Le fantôme est un humain qui ne sait pas encore qu’il vit.

Retrouvez des extraits des nouvelles de Fantômes

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3 réflexions au sujet de “Publications et projets”

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