Participation à un concours de nouvelles scientifiques

C’est envoyé !

Ça peut peut-être vous inspirer aussi !

Participation à un concours de nouvelles qui fait la part belle aux incongruités scientifiques:

Hasard, synchronicité, loi des séries… ou causalité cachée ? Étonnez le jury en racontant un de ces drôles de jeux auxquels s’amuse parfois la réalité.

L’intitulé de ce concours ne pouvait que faire écho à une nouvelle que j’avais déjà écrite Hé mec ! et qui avais été exposée lors d’un évènement, à la bibliothèque où je travaille, en collaboration avec une équipe de neurosciences.

En préparation pour un autre concours: cette fois, l’écriture d’une nouvelle que je n’avais pas encore écrite et qui m’a été inspirée par le partage d’un de mes collègues: une nouvelle mêlant l’histoire de Paris et le fantastique…

Lecture: La Transparence des choses – Nabokov

Ma lecture

Je viens de finir la lecture de La Transparence des choses (Transparent Things, 1972) de Nabokov. Selon moi, c’est un livre qu’on lit moins dans pour entrer dans une histoire que par la question existentielle qu’il pose (un grand livre pose toujours une question existentielle sans pour autant y répondre, il s’agit d’une porte ouverte non d’une littérature de prescription) : s’il fallait que je résume ce qui est raconté, je ne suis même pas sûre que je le puisse… Il y a un personnage écrivain qui raconte trois souvenirs importants de sa vie, et notamment son idylle unilatérale avec une femme froide et volatile. La quatrième de couverture dit : « Alors que le taxi qui l’a amené de Trux à Witt s’arrête devant l’hôtel Ascot, Hugh Person, éditeur américain entre deux âges, évoque ses trois séjours précédents dans cette minable station des Alpes suisses. Le premier, dix-huit ans plus tôt, a été marqué par deux événements tout aussi lugubres dans son souvenir : la mort de son père et sa première expérience sexuelle (avec une prostituée). Quelques années plus tard, invité à se rendre une deuxième fois en Suisse pour travailler avec un écrivain célèbre, Mr. R…, Hugh rencontre Armande, fille capricieuse d’un architecte belge et d’une Russe exilée, et tombe éperdument amoureux d’elle. Un meurtre, de nombreux cauchemars, une fructueuse entrevue avec un psychiatre et quelques incendies réels ou rêvés complètent la trame de ce voile transparent à travers lequel brille le passé… ». C’est bien faible pour décortiquer les différentes couches qui cachent la transparence des choses dans ce roman. Dans son essai Nabokov ou la cruauté du désir : lecture psychanalytique, Maurice Couturier écrit : « Nabokov a une confiance sans bornes en sa capacité à débusquer les faux-semblants ; il sait le fin mot des désirs humains, lesquels se dissimulent derrière une infinité d’écrans plus ou moins légitimés par la société, il s’ingénie à nous faire découvrir les mille et une facettes des choses tout en nous invitant à ne pas nous laisser piégés par les préjugés, les religions, les philosophies ou les modes intellectuelles de tout acabit » [Maurice Couturier, Nabokov ou la cruauté du désir : lecture psychanalytique, Editions Champs Vallon, 2004, p. 328].

Peut-être est-ce moi qui n’ai pas porté beaucoup d’intérêt à l’histoire en elle-même ou peut-être était-ce la volonté (en ce cas donc accomplie) de Nabokov, tant je me suis laissée happer par le flux existentiel qui traverse ce court roman (157 p.). Car ce qui est dit là, à travers le personnage, c’est un état de vie humain, quelque chose d’universel. Le titre montre bien l’importance de cet état : le personnage – que Nabokov a choisi d’appeler justement Person ( il n’est personne en particulier mais bien une essence de vie) – révèle le caractère fuyant et insaisissable de la vie. Il va au-delà des apparences dans un constant brouillage entre la personnalité floue de Person et celle du narrateur/auteur : les deux points de vue se confondent bien souvent dans un « je » (jeu) empirique. Et, le plus souvent, c’est d’ailleurs le narrateur qui établit l’aspect matériel des choses tandis que le personnage révèle ce qui se cache derrière les choses. Ce qui m’a happé immédiatement, ce sont aussi les fulgurances de flux existentiels, ces envolées poétiques à partir de détails que la vision du personnage décortique sur l’instante. Nabokov explicite le système de personnage/entité à la fin du roman : « Toute sa vie, nous avons plaisir à le noter, notre Person avait éprouvé la curieuse sensation […] qu’il existait derrière lui – quasi à son épaule – un inconnu plus grand, incroyablement plus sage et plus fort que lui, qui lui était moralement supérieur. C’était en réalité son principal « compagnon ombral » […] et nous ne nous serions pas donné la peine de parler de notre cher Person s’il n’avait été suivi de cette ombre transparente » (p.149). Ce dédoublement de la personnalité, cette fragmentation de l’être n’est pas sans rapport avec ce dédoublement dont parle de nombreux écrivains (et que je crois moi-même profondément) entre la personne qui est en train d’écrire physiquement et cette entité qui utilise sa main pour lui dicter ce qui est à écrire, une sorte de possession donc, qui dépasse la personne, ne se borne pas aux limites d’un corps ou d’une conscience mais englobe quelque chose de plus d’universel, est une evanescence.

Ce roman, lorsque nous le refermons, nous laisse déstabilisés, désincarnés, comme si nous avions, avec Person, traverser la transparence des choses pour nous désolidariser de la matière.

L’auteur

Vladimir Nabokov (1899-1977) est un écrivain (romancier, poète, traducteur et critique littéraire) russe surtout connu pour son roman Lolita qui défraya la chronique à sa parution puisqu’il met en lumière la relation passionnelle et hautement sensuelle de Humbert Humbert pour une lolita de douze ans. Pour se présenter, Nabokov dira : « Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre, où j’ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne. Je suis venu en Amérique en 1940 et j’ai décidé de devenir citoyen américain et de faire de ce pays mon foyer », c’est dire le nombre d’influences et de fragments divers qui ont pu influencées la plume de cet écrivain.


Vladimir Nabokov, La Transparence des choses, Ed. Gallimard, Folio, impr. 2002, cop. 1972, 157 p.

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Et de réécriture en réécriture, de feuille en feuille, de port en port…

J’ai fini la troisième réécriture de mon roman Wish you were here (ou quatrième ? Je ne sais plus vraiment tellement j’ai pu le reprendre dans son intégralité ou par fragments, c’est peut-être même la dixième fois en tout si je compte les reprises de fragments par-ci par-là)…

Cette fournée a été assez rapide, toujours aussi intense, me replongeant sans garde-fou dans l’histoire, les personnages, l’empathie… Peut-être trop d’empathie justement… C’est ce qui me fais dire, après avoir fini ce premier jet, de laisser ce roman un peu reposer quelques temps jusqu’à ce que j’ai suffisamment oublié l’histoire et les personnages (et, étant donner ma mémoire de poisson rouge, ce devrait être rapide si je m’efforce de ne pas y penser).

J’ai commencé à faire lire également à deux personnes, j’ai déjà pu assister à des réactions très vives contre les personnages, puis ces réactions se transformaient peu à peu au cours de la lecture pour en venir à plaindre le personnage qui agaçait au début. Je dirais que c’est bon signe : ça signifie que les personnages sont suffisamment travaillés qu’ils prennent un effet de réel et qu’un lecteur se met à le considérer comme une personne à part entière. Je n’épiloguerais pas tout de suite sur ces réactions et critiques que j’ai pu voir chez mes deux premiers lecteurs, je laisse pour l’instant le moi-écrivain s’en imprégner, les digérer, les remâcher pour reprendre (une dernière fois peut-être) mon roman.

Ces critiques me permettent de prendre de la distance par rapport au récit et aux personnages, de les voir avec d’autres yeux en fonction des remarques : « tiens, c’est vrai, je ne l’avais pas vu comme ça mais cette perception est loin de pouvoir être démentie et c’est même intéressant de voir ce que peut déclencher telle attitude de tel personnage chez tel lecteur »…

Là, intervient donc la phase où le moi-écrivain doit ravaler son orgueil, se taire suffisamment pour laisser libre-court aux réelles critiques (celles qu’on croit devoir retenir mais que ces lecteurs éclairés que nous nous choisissons ne répriment justement pas et c’est là tout l’intérêt de leur critique) et là, il faut que l’écrivain encaisse, encaisse, encaisse encore jusqu’à ce qu’il puisse voir les personnages différemment, jusqu’à ce que tel passage lui saute tout à coup aux yeux et qu’il se dise : « mais bien sûr ! ça n’a queue ni tête cette scène, et quel intérêt! » et ensuite, c’est le « procédé de sape » comme disait Virginia Woolf : on coupe le texte, on se bat avec lui, on lui file des coups, il nous répond, agacé, énervé, profondément furieux de cette attaque, avec encore plus de hargne, plus d’orgueil et bam ! La scène, le chapitre, la phrase, le roman en entier prend peu à peu tout son sens, non pas pour l’auteur qui n’y comprend plus vraiment grand-chose, mais pour le lecteur qui lui peut enfin se retrouver intégré.

Mais je n’en suis pas encore là, il ne faut pas que je m’emballe aussi rapidement et croire que je vais pouvoir m’atteler aussi vite à la finalisation de Wish, non, je ne suis pas encore prête, je le sais… La preuve en est, c’est que jusqu’à présent, chaque fois que je retravaille Wish, je m’y laisse happer trop facilement et perd la distance nécessaire pour lui donner un visage plus universel… Je sens qu’il me faudra sans doute commencer un nouveau gros projet (un autre recueil de nouvelles peut-être) pour passer à une autre étape et revenir vers Wish une fois que je serais aller planter mon dard ailleurs…

Portrait par le CESR

Zoom sur le portrait fait par le Centre d’Etudes Supérieure de la Renaissance à l’occasion des 10 ans de la formation « Patrimoine écrit et édition numérique » que j’ai suivi en 2009-2010. C’est moi qui leur ai fournit le texte en tenant compte de leurs conseils et volontés.

Présentation CESR 2014
Portrait de mon parcours d’écrivain et de bibliothécaire par le Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance, 2014

 

Critique: Le Banquet de Platon

Depuis des années que je voulais lire ce livre, je dois bien avouer que sa lecture n’est pas à la hauteur de mes espérances.

Peut-être est-ce dû à la traduction qui utilise des termes comme « à côté de la plaque »… je doute que c’est ce que Platon ait voulu dire. Je ne suis pas contre la traduction modernisée mais pas pour non plus pour ce type d’anachronisme qui semble appauvrir le texte en voulant nous le rendre plus accessible. Bien sûr que c’est difficile de lire Platon, ou de la philosophie en générale, mais c’est aussi dans cette difficulté d’approche qu’un classique comme celui-ci se révèle dans sa densité, ses différentes couches successives qu’il faut soulever pour découvrir chaque fois un nouveau sens. Je doute que si Platon avait écrit un livre aussi simple que la traduction le laisse paraître, celui-ci aurait survécu plus d’un millénaire pour parvenir jusqu’à nous.

Virginia Woolf a défendu elle-même la cause de la lecture dans le texte antique original, malheureusement pour moi, j’ai toujours été très mauvaise en langues mortes, sans doute des langues très construites, très grammaticales, pas assez flexibles pour moi qui invente sans cesse des mots qui n’existent pas.

Heureusement, lorsque nous entrons dans le dialogue philosophique à proprement parlé que constitue le cœur du banquet, les idées sont tout de même là, dans leurs nuances. Malheureusement pour moi, encore une fois, j’avais peut-être déjà trop entendu parler des diverses théories que présente Platon par l’intermédiaire de la parole de philosophes réunis autour d’un repas pour pouvoir être suffisamment surprise et refermer le livre avec cette impression d’avoir fait une découverte capitale ou d’avoir pu ouvrir de nouvelles portes de perceptions.

Le sujet du livre est en fait assez simple : une dizaine de philosophes se réunissent autour d’un banquet pour discourir d’un thème philosophique et chacun à son tour prononce son discours sur le sujet choisi. Le sujet ici est Eros, dieu de l’amour et de la puissance créatrice dans la mythologie grecque. Plus nous avançons dans le dialogue, plus les discours se font pointus et feuillus jusqu’à celui de Socrate, peut-être le plus pertinent, qui questionne non seulement Eros mais aussi l’amour, la beauté, la relativité surtout de ces termes dont il met en doute la définition sociale.

J’étais attirée depuis l’adolescence vers ce livre, c’était d’abord grâce à une référence ce rock’n roll : un film d’opéra rock qui fais encore aujourd’hui parti de mes films préférés : Hedwig and the Angry Inch, le film d’une réalisation de soi grâce à la musique, de la découverte de l’altérité et donc de la compréhension de soi par la thérapie du rock (si si c’est une thérapie je vous assure, combien le rock a-t-il sauvé de vies ?! Combien en a-t-il démoli, ça c’est une autre histoire et ce n’est pas la musique qui peut nous démolir c’est le mauvais usage qu’on peut en faire). Bref, dans ce film, Hedwig et son groupe interprète la chanson Origin of love, très largement inspirée du discours que prononce Aristophane dans Le Banquet, cette mythologie qui voudrait que nous ayons été des êtres complets et ronds, coupés en deux par les dieux pour notre effronterie ; nous serions ainsi condamnés à chercher, peut-être éternellement, notre moitié, l’amour nous permettant de pouvoir finalement recouvrer notre complétude. Bien que je sois assez réticente en ce qui concerne ce genre de croyance (cette vision romantique, trop absolue pour moi, voulant que l’amour soit notre remède dans la vie et notre seule source de complétude… no coment), je trouve pourtant cette mythologie empiriquement belle, dans le sens où nous, humains, représentons ces choses désincarnées sur terre, vouées à perpétuellement chercher ce qui pourra nous remplir, sans pour autant jamais nous satisfaire, et accumulant donc les fragments. C’est le propre de l’homme, conclut Socrate, que de vouloir toujours accéder à ce qui est bon, que d’avoir tout simplement, toujours, une quête…

En bref : Le Banquet de Platon questionne l’amour, ses différentes perceptions et ses différentes façons de le vivre à travers les discours de plusieurs philosophes réunis atour d’un bon verre de vin. Avis : un classique à connaître assurément mais pour ma part déjà trop connu avant de l’avoir lu pour pouvoir avoir un regard neuf.


Note bibliographique : PLATON, Le Banquet, traduction inédite de Jean-François Pradeau, introduction et notes par Luc Brisson, GF Flammarion, impr. 2007, cop. 1998, 272 p.

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