Lecture: Totale éclipse – Cécile Wajsbrot

Totale éclipse

Cécile Wajsbrot (1954-…)

Cécile Wajsbrot est née à Paris en 1954. Elle travaille d’abord comme professeur agrégé de Lettres modernes avant de quitter l’Éducation nationale et de se lancer dans le journalisme free-lance et dans la traduction, métiers qui lui permettent d’écrire. Elle collabore aux revues Autrement, Les Nouvelles Littéraires et Le Magazine littéraire. Elle dirige un an la rubrique « Livres » des Nouvelles Littéraires et rend compte au Magazine littéraire des littératures de l’Est.

Cette petite-fille de déporté polonais peaufine ses textes entre Paris, qu’elle a quitté, et Berlin, qu’elle a choisi, réconciliée avec l’Allemagne, pays d’avenir, dit-elle.

Ses romans établissent une relation entre un passé difficile et des histoires individuelles fortes. Le silence et la souffrance de ses personnages résonnent en chaque lecteur.

Source: Babelio

Résumé du livre

À Paris, dans le café où elle a l’habitude d’aller, la narratrice entend une chanson qui la plonge dans le souvenir d’une histoire, le souvenir de sentiments auxquels elle croyait avoir renoncé. Photographe, elle est aussi dans un moment de perte d’inspiration. Une rencontre imprévue la replonge dans les affres de l’amour, en même temps qu’elle lui ouvre de nouvelles pistes de réflexions artistiques. La création et la vie se mêlent, l’une servant l’autre. Mais l’équilibre ne risque-t-il pas de s’inverser en cours de route ? « Quand la réalité devient trop cruelle, trop dure, je choisis un morceau que j’aime et je plonge dans un océan familier, les guitares électriques, la batterie soulignent le rythme de ma nage, rien d’autre n’existe, ni ceux qui m’ont blessée ni ceux qui pourraient adoucir le sort, rien que la voix de quelqu’un qui me raconte sa vie, une histoire qu’il ou elle a vécue, ou qu’un ami, une amie lui a racontée, une scène à laquelle il ou elle a assisté. (Quatrième de couverture)

Impressions-lecture

Un chapitre=une chanson. Voilà le format adopté par l’auteur et d’une efficacité sensible et fragmentaire comme je les aime. Beaucoup d’auteurs tentent d’allier la musique, la vie et l’écriture, mais peu parviennent à nous transporter avec autant de sensibilité que Cécile Wajsbrot. Ici, la musique (quelle qu’elle soit) est autant sujet que toile de fond pour l’histoire que nous raconte la narratrice (ce « je » gnomique), cette histoire universelle de l’absence, de la séparation, de la perte et du souvenir.

Car il ne s’agit pas vraiment d’un « je » en particulier ici mais d’un témoignage parmi d’autres sur ces sujets ô combien humains dans leurs contrastes et leurs aléas.

Les chansons dont il est question à chaque chapitre sont autant de souvenirs égrainés et ravivés par leur écoute. Depuis ma lecture de ce livre, j’écoute chaque jour « Famous blue raincoat » de Leonard Cohen qui moi aussi me parle et me touche, fait appel tant à mon propre passé qu’à celui de la perte de façon plus générale et du deuil.

Le « je » fait appel à toutes ces chansons qui ont marquées son histoire à un moment ou un autre, des chansons pas forcément choisies ni forcément appréciées mais qui ont étés là (dans un café à ce moment précis, lors d’une rencontre,…) et qui font parties des souvenirs eux-mêmes, comme toutes ces chansons qui nous accompagnent au long de notre vie et qui, en nous, sont chargées de notre histoire, d’instants partagés ou de moments intimes à tout jamais.

Le prose lyrique, sorte de flux de conscience très woolfien, accompagne ces mélodies au rythme tourbillonnant des souvenirs qui étreignent le « je » dans son propre passé, un passé qui semble emprisonner, à l’instar de cet éternel retour de la perte qui parcourt nos vies humaines.

Citation

It’s four in the morning, the end of December/I am writing you now just to see if you’re better. La guitare parle autant que la voix, j’écris pour savoir si tu vas mieux. S’adresse à l’invisible en nous, en moi. Des fragments, des éclats de conscience qui peinent à se rassembler. Les chansons qu’on aime touchent plus encore lorsqu’elles prennent au dépourvu. Quand on ne choisit pas de les entendre, que le hasard décide à notre place. Lorsqu’une voix s’élève du fond du temps. (p. 10)

Détruire. Ce qu’on a construit lentement, avec hésitation, remords, avec incrédulité. Obtenir ce qu’on veut et se le voir refuser. D’un coup. Sans raison. Sans explication. Quelque chose et puis plus rien. Recommencer – combien de fois ? A chaque âge de la vie. Quelque chose et puis plus rien. Quelqu’un et personne. Il était là, je le voyais, je le sentais, il venait, m’appelait, il me parlait, me touchait. Je vivais le présent. Chaque rencontre était l’unique, ma vie, un pont de l’une à l’autre. Les phrases sans lui illuminées par les phrases avec lui. Les moments sans lui justifiés par le souvenir de sa venue ou par l’attente. Mon corps n’existant que par le sien. Ma vie en dehors de lui éclatée, incendiée – anéantie. Maintenant je n’existe plus. Je revis chaque instant, chaque rare parole, je vois ses gestes, je sens son approche, ses mouvements, je sens le vide en moi. (p. 129)


Référence: Walsbrot, Cécile. Totale éclipse. Christian bourgeois éditeur, DL 2014, cop. 2014, 208 p.


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15 septembre 2014

Chaque fois que je lis le journal d’un auteur, j’ai moi-même envie d’en écrire un. Non comme je le fais, en pointillés, mais quotidiennement, y dresser les faits et pensées quotidiennes. Je m’y tiens quelques jours, peut-être une semaine, puis finalement je n’y pense plus et me replonge dans mes fictions. Je me l’explique pour différentes raisons.

Le journal est pour moi le support de ma réflexion théorique tout autant que le sont souvent mes discussions avec les autres. Le journal fait parti de ces autres : une personne à qui l’on parle mais celui-ci, le journal, ne répercute que ma propre réflexion, ou celle du moi-écrivain (c’est ce que je préfère voir apparaître par surprise dans le journal). Cela apporte quelque chose d’essentiel et de façon différente qu’avec les personnes humaines.

Utiliser le journal pour y consigner les faits de chaque jour (et même si chaque jour finalement contient des faits qui seraient intéressants à consigner) me paraît une quête nostalgique désespérée pour tout retenir: le temps qui a passé, les gens qui ne seront plus jamais tout à fait les mêmes demain (puisque nous sommes humains et donc en constante transformation), les conversations, les mots…

– En fait, a poursuivi Henry, le problème est arithmétique. Tu ne rattraperas jamais les jours. Et tu ne seras jamais satisfaite de ce que tu pourras écrire sur une journée. Un jour n’est pas tout. Raconter chaque journée est sans fin, et pendant ce temps, des choses plus importantes sont laissées de côté, remises à plus tard, et perdues. Ce sera comme une énorme toile d’araignée qui finira par t’étrangler. L’art requiert une dose d’indifférence. Tu cèdes à ton culte premier pour la vie, à ton adoration de la vie. Et le récit de chaque journée interrompt le flux. Le flux permet de gagner en mystère, de provoquer une explosion, une transmutation. D’autre part, tu es également obsédée par un désir de totalité. Par exemple, tu n’es pas satisfaite de ton portrait d’Edwardo. Il n’est pas « complet », comme celui d’un personnage de Proust. Là, tu parles en artiste.

– Tu vois, j’ai l’impression que dans mon journal, je ne fais le portrait d’Edwardo que s’il prend de l’importance dans ma vie, si notre relation se resserre. Il n’apparaît et ne disparaît qu’en fonction de ses rapports avec moi. C’est un peu comme si on déterrait une statue sans bras ou sans jambes, et qu’il s’agirait de déchiffrer, de comprendre. Alors qu’en réalité, Edwardo a une vie à lui, une vie indépendante, qui devrait faire partie du journal.

Pourquoi ne suis-je pas satisfaite du compte rendu d’une journée – peut-être seulement parce qu’il n’est pas assez complet pour contenir l’infini ? Une journée de mon journal devrait former un tout, comme un livre ; et tout ce que je laisse de côté, tous ces bras qui manquent, toutes ces zones non éclairées, parce que je ne les ai pas touchées de mes doigts, pas aimées, ni caressées, tout cela devrait néanmoins se trouver là, dans l’ombre, comme le mystère de la vie elle-même. Quel est ce « quelque chose » de plus grand que j’ai su capter dans le livre sur mon père et qui ne se trouve pas dans mon journal ? (Anaïs Nin, Journal de l’amour, p. 800-801)

Mais, de toute façon, peut-on tout retenir ? Et à quoi cela sert-il si ce n’est pour dire à d’autres qui pourraient être amenés à le lire (je crois que mes journaux finiront un jour par constituer un livre, c’est ce que je souhaite en tout cas, mais sans doute me faudra-t-il attendre ma mort et celle de mon entourage pour ne pas les desservir, souiller leur vie privée) : voyez, j’ai vécu cela. Les gens censés vous direz : et alors ? Est-ce vraiment ce qui s’est passé ? Ou la mémoire s’est-elle déjà évaporée dans l’instant ? Et à quoi bon, alors, retenir ces choses vécues en instants pour ce qu’elles sont, ne peut-on pas les vivre au présent et garder leurs impressions en soi, leur trace impalpable à jamais gravées en nous et qui, chez un écrivain, réapparaissent forcément dans leur fiction ?

Oui, je préfère garder ces instants de partage en moi et laisser le moi-écrivain s’imprégner de ce qu’il voudra prendre lorsqu’il sentira le besoin de prendre la distance (nécessaire pour écrire) par rapport au monde en emportant ce qu’il a imprégné, les fragments qu’il a retenu.

C’est aussi ce qui me donne ces moments de surprise lorsque je relis le premier jet d’un texte pour le réécrire: je suis surprise de retrouver tel fragment vécu à tel instant. Pour moi, le souvenir est alors beaucoup plus fort puisqu’il est gorgé aussi des émotions et sensations qu’il a pu m’offrir à cet instant – au présent – et ensuite – ses conséquences. Ici [dans le journal], je consigne ce type de réflexions, surtout liées à l’écriture. Je jette des fragments en sachant qu’ils ne seront peut-être utiles ni dans ma réflexion quotidienne ni dans une œuvre future. Cela, je crois, fait partie de la théorie du fragment.

En ce moment, je n’écris pas beaucoup, ou peut-être pas suffisamment. C’est ce que je trouve en tout cas: je ne suis peut-être pas objective, je n’en ai jamais assez, il ne faudrait pas dormir, pas vivre, pas perdre du temps à manger, pas avoir de contact avec les autres. C’est sans doute encore une de ces périodes où je vais accumuler les fragments de toutes sortes (réflexions, fragments de fiction, idées), où je produirais beaucoup de choses éparses mais sans avoir de texte réellement en train.

J’ai fini Wish et l’ai donné à lire à … . J’attends, non sans une certaine appréhension, ses critiques objectives ou enthousiastes mais très fines, me permettant de me donner une nouvelle hargne pour reprendre mon texte jusqu’à ce que je le juge fini – non jamais parfait, il peut l’être un instant de ma vie pour m’apparaître finalement trop esquissée ou naïf alors que je me transforme moi-même constamment – mais en tout cas fini comme il doit l’être et accepter qu’il ne m’apparaîtra plus aussi absolu dans quelques années peut-être – mais ne plus y toucher. Car Wish par exemple reflète une étape d’initiation de la vie, un passage à l’âge adulte et le regarder avec des yeux trop adultes briserait l’image que le moi-écrivain a voulu apporter à cet instant.

Comme dirait … : il faut accepter que nous sommes en constante transformation. Et j’ajouterai : accepter aussi que les fragments du chemin qui contribuent/ont contribué à cette transformation soient, eux, figés dans un temps, sur cette ligne de transformation. Je crois en fait que c’est ce que je veux montrer dans mon essai-fiction : comment nos fragments mènent sur une certaine voie de transformation – la mienne propre – et l’harmonie en soit qu’apporte la réalisation d’avoir trouvé sa propre voie de transformation continuelle, ou simplement l’acceptation de cette transformation continuelle.

16 septembre 2014

Je sens que deux projets bouillonnent actuellement, le moi-écrivain est en pleine recherche. Il y a d’abord l’essai-fiction et je ne sais pas encore quelle forme il va avoir, je me noie un peu dans les multiples fragments et citations dont je remplis mon classeur. Je sais que ça parlera beaucoup de l’écriture et de la vie, de faire le lien entre les deux, entrecoupé de mes propres fragments, un peu un exemple de la construction et de la lente transformation (avec son accumulation de fragments) d’un écrivain et en même temps le mûrissement vers une paix intérieure relative. Je n’ai rien de plus précis pour le moment.

Je ne sais si ce sera quelque chose de construit ou de fragmenté, dans la forme même. Et il y a ce roman d’un couple avec ses aléas, son renforcement, un peu à l’image de … et moi mais aussi de tout ce que j’ai pu constater chez d’autres. Et je ne veux pas que ce soit quelque chose de déchirant mais simplement humain avec ses peines, ses forces et ses joies. Des deux projets, je ne sais pas lequel prendra le pas, quoique l’essai-fiction est peut-être plus avancé.

Et en parallèle de tout ça, continuer et tenter d’achever mes deux recueils. Fantômes commence à me peser un peu. Trop longtemps que je travaille dessus. Je voudrais enfin pouvoir passer à autre chose et la critique des éditions Lunatiques m’encourage finalement à ne pas le retravailler autant que je l’envisageais. C’en est fini de le reprendre complètement. En attendant que les gros projets se mettent en place, je vais peut-être essayer de travailler un peu les nouvelles, elles sont finalement toujours la base de mon travail et je reviens toujours à ce genre.

Projet d'art plastique dans mes années lycée

21 septembre 2014

Je ne parviens pas à m’y tenir, insatiable. J’avais dis que je continuerai un peu d’écrire des nouvelles, peut-être de finaliser mes deux recueils, mais je ne peux pas m’en empêcher, il me faut toujours deux types de projet en cours, en parallèle et qui peuvent se répondre aussi mais que je n’écris pas dans les mêmes circonstances, même pas dans le même environnement. [Pour l’instant, ils sont tous un peu comme sur cette image, enfermés en eux-mêmes, dans leur gestation, mais ça les empêche pas déjà de communiquer avec le monde extérieur, le bébé tape bien sur le ventre de la mère pour se faire remarquer.]

C’est comme mon habitude de lire deux livres à la fois : une fiction (ou quelque chose de narratif) et un essai (cinéma, musique, littérature, psychologie), la fiction le soir et l’essai le matin. C’est comme de multiplier les relations humaines et les types de relation (je ne partage pas la même chose ou de la même manière avec chaque personne).

J’aime la diversité au quotidien, les jeux d’échos et de résonances, ce qu’un livre peut apporter à une autre, leurs désaccords également, et les confronter pour extraire l’essence de chacun. Je suis insatiable de fragments divers, je m’engorge ; comme s’il y avait tant de cavités diverses en moi et que je voulais toutes les remplir à la fois mais que d’autres se forment lorsque les autres se comblent. Jeu du vide et du plein ; cette danse dont parle Belinda Cannone dans L’Écriture du désir (voir la page « Ils parlent d’écriture).

Il faudrait écrire comme on danse, dans le même élan, dans la même consciente inconscience, avec la même grâce, la même joie. Pourtant, patience et efforts, ratures (vieux styles – je n’écris  qu’à l’ordinateur), incessantes reprises accompagnant l’écriture. Car c’est plutôt dans son résultat que la prose doit s’approcher de la danse. Alors la lecture peut provoquer la même sensation que le spectacle d’un corps dansant. Mais pour cela, quelque chose dans l’auteur, au-delà des efforts et des reprises (dans le même temps), doit avoir dansé. Je ne sais quoi, au juste – si je le savais, je pourrais expliquer la source de la création, je connaîtrais le lieu où le désir d’écrire prend son origine, le moyen de cet élan, ses figures – je pourrais dire en nous l’être dansant. (Belinda Cannone, L’écriture du désir, p. 63-64)

Mais je n’attends pas forcément que telle ou telle grotte se comble. Ce que j’aime justement, c’est qu’une de mes grottes dont je n’avais peut-être même pas perçu la présence se remplisse tout à coup d’une ou plusieurs vague(s). Et mon ambition n’est pas non plus d’être absolument pleine mais d’avoir toujours de nouvelles choses à découvrir, des choses qui me transforment jusqu’à la fin.

Voilà pourquoi je me tiens plus à avoir d’attentes, voilà pourquoi je ne veux rien espérer, mais plutôt être ouverte à tout ce qui peut arriver, être pleinement tolérante tout en gardant un sens critique, car devant certains fragments que je teste, je peux très bien me dire : « non, celui-là ne me parle pas, je ne tiens pas à le creuser » mais au moins m’y serais-je un peu intéressée. C’est comme les bébés auxquels on fait tout goûter : « goûte au moins, si tu n’aimes pas, ce n’est pas grave, mais tu ne peux pas dire que tu n’aimes pas tant que tu n’as pas goûté ».

A quoi servent les a-prioris ? La vie, comme l’art, n’est-elle pas un gâteau aux multiples couches dont il faut tant apprécier l’ensemble que la saveur de chaque couche ? C’est ce qu’offre de libération ma théorie des fragments, ma philosophie de vie que je choisis en tout libre-arbitre.


Référence des citations:

Nin, Anaïs. Journal de l’amour, journal inédit et non expurgé des années 1932-1939. Le livre de poche, DL 2003, 1402 p.

Cannone, Belinda. L’écriture du désir. Folio, coll. Essais, impr. 2012, 127 p.

Juste comme ça

Lus Dumont

Lus Dumont: « Bestialité, domination, fascination, domestication, en tant qu’animal social je triture et questionne notre rapport au(x) vivant(s). Me servant de l’art pour questionner l’éthique, j’en reviens souvent à proposer un univers oscillant entre douceur et indigestion, au travers d’images traitant de ces relations ambigües ».

Louise Nahum

Louise Nahum: « Depuis une dizaine d’années, je pratique les arts plastiques de manière autodidacte. Ma recherche parle de la femme, elle illustre certains rêves abstraits, « un peu comme une quête de vision », elle parle de l’unité et de la fragmentation… »

Padawin

Padawin: Sous l’influence directe d’Ez3kiel, Prodigy ou encore Cinematic Orchestra, Padawin (comprendre les pads d’Erwin), se définit par son univers électro-rock-classico-groovy. Sorti en 2014, leur premier opus nommé Atlatis, illustre une ville futuriste aux couleurs des 90’ (pochette signée Janski Beeeat). Un monde rêvé bientôt englouti par les riffs qui balancent, côtoyant entre autres, orchestre symphonique, solo de violon ou beat hip-hop (mixé par Apashe et masterisé par Stazma).

Pourquoi écrire?

Photo 088Voilà une question qui revient fréquemment dans la bouche de ceux qui n’écrivent pas lorsqu’ils rencontrent ou côtoient un écrivain et c’est tout naturel de la poser, il ne faut pas la prendre à la légère. Les gens sont curieux de cette activité car ils voient aussi  l’implication, l’énergie, la philosophie de vie (une sorte de discipline tout cela) qu’elle impose à la vie d’un écrivain ou que l’écrivain s’impose pour pouvoir écrire.

Mais c’est tout autant une question à laquelle il est difficile de répondre de façon claire. Il y a tellement de raisons d’écrire et bien souvent, on pourrait répondre: « et pourquoi ne pas écrire ? ». Les gens répondent avec humilité qu’ils ne sont pas doués pour cela, qu’ils n’ont pas la fibre ou la sensibilité nécessaire, pas le temps, qu’ils ne sauraient pas quoi dire, mais, je pense que chacun a quelque chose à dire ; ça ne fait certes pas de chacun un écrivain mais ces raisons me paraissent plutôt être des déconvenues.

Car en vérité, écrire est question de volonté et de travail. Il ne faut pas croire qu’on ne peut pas écrire, si on en ressent l’envie, le besoin, la nécessité, la volonté, alors pourquoi pas? Au début, on écrira des choses peut-être plates ou avec un style déplorable mais c’est comme tout travail, ça demande du temps, de l’énergie, un exercice quotidien et de la rigueur. La question qu’il faut surtout se poser, c’est: est-ce que je veux m’engager dans cela, est-ce que j’en ai le courage et la volonté et surtout l’envie ? Si oui, alors il faut y aller à fond, humblement, en acceptant d’avance les erreurs et les ratures et savoir que même Balzac, après des années d’expériences, remplissait des feuilles et des feuilles de mots pour finir par les raturer en entier.

Mais, comme dit Martin Page, il ne faut pas se défiler devant cette question:

Je ne sais pas pourquoi j’écris. Ou plutôt j’ai trop de réponses. J’écris pour me rendre justice. J’écris pour réparer, pour panser, pour guérir. J’écris pour m’appartenir, pour dessiner une vie qui me ressemble, et des pensées qui seront miennes. J’écris pour parler aux autres, inventer un chemin où nous pourrons nous rencontrer. J’écris pour le plaisir de faire concurrence à la réalité, pour récupérer le monde et lui donner une autre direction. J’écris pour que l’on m’aime aussi. Et impressionner ceux que j’aime, celle que j’aime. J’écris pour dédramatiser mes blessures, pour transformer le malheur en joie, et la mort en vie, par résilience, esprit de contradiction, par révolte. J’écris parce que cela m’amuse. J’écris pour découvrir des choses que j’ignore et qui pourtant sont moi, pour être le premier spectateur, lecteur, d’histoires nouvelles, d’idées qui fleurissent, et pour en prendre soin. J’écris pour ne pas sombrer, pour résister à la chute. J’écris pour donner du plaisir. J’écris pour ajouter des choses à la réalité, pour donner naissance et participer à l’embellissement du monde. J’écris pour envoyer des cartes postales, ce que sont les livres, à ceux qui voudront bien être mes correspondants. J’écris pour remplacer du rien par quelque chose. (Pit Agarmen – Genèse d’un roman, p. 8)

J’aurais aimé écrire cela moi-même car presque tout est là. S’il faut absolument trouver des raisons à l’écriture, c’est pour ces choses dont il parle : reconstruire son passé, se trouver soi-même, communiquer avec les autres, découvrir le monde, être le premier lecteur d’une histoire qui découle de nos propres doigts, passer de l’état de fantôme à celui d’un être agissant qui a trouvé sa place dans la société, se trouver une utilité, poser des questions ouvertes et ne jamais avoir de réponse définitive et ainsi rester ouvert, rendre ses mots, et ceux de ceux qui nous ont côtoyer surtout, immortels, laisser une trace, rester ouvert au monde et aux autres car les voir chaque fois, sous la plume, devenir autre chose, révéler des choses essentielles ou anodines, participer au monde et assister à sa transformation dans ses détails, rendre hommage à ceux que nous avons lus et qui nous ont pétris dès le plus jeune âge… ; il y a tellement de raisons d’écrire que la question ne peut avoir de réponse définitive.

Il y a aussi toute une histoire personnelle de la raison d’écrire en chaque écrivain, qui est relié à sa propre histoire, à cet assemblage d’expériences qu’il est, des expériences que chacun peut faire lui-même dans sa vie mais sans qu’elles ne se retrouvent toutes assemblées exactement de la même manière chez telle ou telle personne.

Comment ai-je moi-même commencé à écrire? Et pourquoi?

Je ne me suis jamais posé la question tandis que je lisais des auteurs classiques dès le plus jeune âge, en les mêlant aux auteurs contemporains tout aussi louables et importants ; je ne me suis jamais posé la question en regardant des films, en entendant des mots, des phrases, des dialogues qui me trottaient dans la tête pendant des jours et que je réfléchissais sans cesse ; en apprenant les paroles de chansons par cœur parce que je sentais qu’elles me parlaient à moi et à personne d’autre ; ou lorsque je dessinais pendant des heures en silence sur la table de salon ; je ne me suis jamais posé la question lorsque j’ai commencé à écrire des histoires vers l’âge de dix ans en écoutant mon album préféré de l’époque « Plus de peur » qui compilait des musiques de films d’horreur et que je laissais ma main courir sur la feuille pour écrire instinctivement une histoire en fonction des émotions que je ressentais à l’écoute de ces musiques ; je ne me suis jamais posé la question lorsque j’ai commencé à tenir un journal intime à peu près au même âge ; ni lorsque j’ai écris mon tout premier texte construit et en ayant conscience que ce ne serait pas seulement pour moi mais à destination de quelqu’un, un lecteur, des amis tout du moins ; je ne me suis pas posé la question lorsque assise sur la large gouttière de zinc à la fenêtre de ma chambre qui surplombait le quartier depuis le quatrième étage et que j’ai imaginé quelqu’un en train de me regarder dans l’immeuble d’en face, que je suis revenue dans ma chambre et que j’ai commencé à écrire ce qui deviendrait, des années plus tard, ma première nouvelle ;  je ne me suis pas posé la question lorsque j’ai commencé à écrire des fragments de souvenirs et qu’ils devenaient finalement sur le papier autre chose que des souvenirs, c’étaient des récits et ces récits par lesquels je voulais fonder ma propre histoire, m’approprier mon passé ; je ne me pose jamais la question tandis que je suis tout le temps en train de réfléchir ou d’analyser ce qui m’entoure, de jouer du regard dans un constant va-et-vient entre extérieur et intérieur ; je ne me la pose jamais lorsque je m’installe à ma table pour écrire et que je ne sais même pas encore quel va être le premier mot ; je ne me la pose jamais lorsque je fixe le paysage qui défile à travers les larges vitres du bus en écoutant de la musique et que je pense à une scène pour mon roman en cours…

Bref, je ne me pose pas la question car l’écriture est imbriquée dans ma vie depuis très longtemps et parce que je lui ai donné de l’importance, parce que j’ai senti qu’elle avait toute une vie à m’apporter, qu’elle pouvait aussi être ma vie, et que j’ai toujours eu pour elle la plus grande volonté, la plus grande des assiduités, parce que c’est tout simplement cela qui me fait vivre, me rend vivante, m’a appris à m’accepter, à m’ouvrir au monde et à y vivre parmi les autres, et parmi les morts, dont je lis les mots chaque jour.

Et on écrit.

C’est l’inconnu qu’on porte en soi : écrire, c’est ça qui est atteint. C’est ça ou rien.

On peut parler d’une maladie de l’écrit.

Ce n’est pas simple ce que j’essaie de dire là, mais je crois qu’on peut s’y retrouver, camarades de tous les pays.

Il y a une folie d’écrire qui est en soi-même, une folie d’écrire furieuse mais ce n’est pas pour cela qu’on est dans la folie. Au contraire.

L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité.

C’est l’inconnu de soi, de sa tête, de son corps. Ce n’est même pas une réflexion, écrire, c’est une sorte de faculté qu’on a à côté de sa personne, parallèlement à elle-même, d’une autre personne qui apparaît et qui avance, invisible, douée de pensée, de colère, et qui quelquefois, de son propre fait, est en danger d’en perdre la vie.

Si on sait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine.

Écrire c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait – on ne le sait qu’après – avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. Mais c’est la plus courante aussi.

L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. (Marguerite Duras, Écrire, p. 64-65)

Concours de nouvelles: Nouveaux tableaux parisiens

Revue Rue Saint AmbroiseParticipation à ce concours de nouvelles organisé par la revue Rue Saint Ambroise: check!

Pour ceux que ça intéresse, le règlement se trouve au centre de la page web.

Le sujet:

Les histoires présentées (une seule par candidat) doivent se passer aujourd’hui dans un quartier de Paris et évoquer directement ou indirectement la vie du quartier en faisant mention de quelques lieux caractéristiques (rues, commerces, cafés, monuments, etc.).

Voici quelques idées de nouvelle à titre purement indicatif : Mémoires d’un vendeur de roses (Châtelet, 1er arr.) Un dîner parisien (rue Tiquetonne, 2 ème arr.) Midi trente au café Charlot  (rue de Bretagne, 3ème arr.) Les nuits arc-en-ciel (La Marais, 4ème arr.) Etudiant cherche logement (Quartier latin, 5 ème arr.) Les joueurs d’échecs (Jardin de Luxembourg, 6 ème arr.) La jeunesse dorée du septième (avenue de Breteuil, 7 ème arr.) Sur les traces de la Comédie humaine (Grands boulevards, 9 ème arr.) Une nuit aux urgences (Hôpital Saint-Louis , 10 ème arr.) Cambriolage dans la tour Onyx (place d’Italie, 13 ème arr.)  Sunday dinner chez Jim (rue de la Tombe Issoire, 14 ème arr.) Service des objets trouvés (rue des Morillons, 15 ème arr.) Vingt-quatre heures dans la vie d’une concierge (Passy, 16ème arr.) Qu’est-ce qu’un bobo ? (Quartier Batignolles, 17ème arr.) « Little Jaffna », mon Paris tamoul (La Chapelle, 18 ème arr.) Pique-nique au bord de l’eau (canal de l’Ourcq, 19 ème arr.) Itinéraire d’un sans papiers (Quartier de Belleville, 20ème arr.)

Lorsque j’ai pris connaissance de cet appel à texte dans le courant de décembre, le même jour exactement, un de mes collègues (qui partagent beaucoup de petits clins d’œil avec moi comme des photocopies d’un texte sur le livre, l’écriture ou la lecture laissé sur mon bureau, ou une visite dans mon bureau pour me parler de tel ou tel article qu’il a trouvé intéressant et veut me faire partager) me parla de sa découverte suite à la lecture d’un article en relation avec la ville de Paris (et dont je ne peux pas parler ici sans dévoiler la chute de ma nouvelle). Ce partage m’inspira instantanément. Je fis de nombreuses recherches sur le sujet concerné, essayais de me dépatouiller avec les plans de la ville de Paris pour tracer le parcours de mon personnage (moi qui sait à peine me repérer sur des trajets quotidiens, vous imaginez sur des cartes google maps! obligée de stabiloter le parcours pour m’y retrouver) et, au fur et à mesure, cette nouvelle « Ulysse dans la cité (1er et 4ème arr.) » m’est apparue de façon assez claire dans son déroulement, dans le point de vue adopté, dans la chute et le suspens que je voulais faire planer.

C’est quelque chose de très intéressant de travailler sur des sujets préétablis et fléchés comme pour les concours de nouvelles. C’est aussi pour cela que je m’impose d’en faire quelques-uns de temps en temps car grâce à mes participations aux concours, même si mes nouvelles n’ont encore jamais été retenues, j’ai au moins travaillé sur ces nouvelles et elles ont eu l’occasion de voir le jour alors que je n’y aurais peut-être jamais pensé de façon intuitive. Je fais rarement autant de recherches sur un sujet précis que lorsque je prépare une nouvelle pour un concours. Puisque le sujet est imposé, je cherche donc comment le contourner, le détourner, le rapprocher d’un connotation qui puisse m’inspirer et souvent ça fonctionne assez bien. Et ça ne m’empêche pas, plus tard, de revenir sur ces nouvelles et de pouvoir les augmenter, les retravailler, les épancher (car le nombre de signes autorisé pour ces concours est souvent très restreint, ce qui n’est pas chose aisée lorsqu’on écrit un texte de 17 000 signes et qu’il en faut seulement 7 000…) ou parfois de les intégrer à un roman ou de les fusionner avec d’autres nouvelles.

Aucun travail d’écriture, quel qu’il soit n’est jamais perdu, que ce soit des pensées jetées à la volée dans un coin de cahier, quelques phrases, des fragments, des bouts de textes ou des débuts de récits, tout peut être utilisé et trouve souvent inconsciemment un sens alors qu’on l’avait mis de côté en se disant qu’il ne serait pas utilisable. Et quand bien même il ne serait pas utilisable, l’écriture est un travail d’artisan et c’est en travaillant sa matière qu’on parvient à améliorer son doigté, à découvrir de nouvelles formes sous ses doigts; il faut bien mettre ses mains dans la glaise ou l’argile si on veut en faire sortir une sculpture qu’on a en tête…