Nous sommes tous des Charlie

Au début, je n’ai pas bien compris. J’ai vu défiler une publication d’un magazine que je suis sur les réseaux sociaux (je crois que c’était les Inrocks ou Rock & Folk). Je ne suis jamais très au fait de l’actualité mondiale, nationale, voir locale, non par désintérêt complet mais parce que j’ai tendance à rester en marge de tout cela (je suis apolitique, areligieuse – comme disait Wolinski dans un documentaire que j’ai vu hier soir: il faut avoir une certaine distance sur la politique pour pouvoir représenter le monde avec humour, je crois que c’est aussi vrai pour les écrivains: il faut avoir une certaine distance sur la politique et la religion pour pouvoir saisir son caractère objectivement et le représenter) un peu par égoïsme, pour me protéger, pour ne pas être assaillie par toutes ces horreurs qui nous côtoient quotidiennement et aussi de tous ces battages médiatiques débilisants (notamment le JT télévisé). J’avoue que c’est une sorte de faiblesse, une sorte de fainéantise peut-être également mais aussi parce qu’il y’a déjà tellement de choses qui entravent la vie que j’ai décidé (une sorte de valeur personnelle) de rester un peu en marge de tous ces événements politiques, sociétaux et religieux. Certains écrivains ont été très engagés, très ancrés dans leur monde et dans leur société, ce n’est pas mon cas et ce n’est de toute façon pas de ça que je parle dans mes écrits, je laisse ce soin à d’autres qui le diront beaucoup mieux que moi et s’engageront dans cette voix/voie.

Mais comment passer à côté de cet évènement-ci? J’ai vu défiler les mots « attentat », « entrave à la liberté de la presse », « 12 morts » sans vraiment réaliser. « Morts », « attentats », « meurtres », ce sont des mots qui sont devenus tellement communs finalement, tellement fréquents qu’ils deviennent en fait passe-partout, qui perdent de cette violence qu’ils ont en eux dans les mentalités des gens. C’est un quotidien qu’on côtoie sans vouloir vraiment lui accorder trop d’importance non plus au risque (comme il arrive à certains) de vivre reclus chez soi et de ne plus oser nouer de relations sociales. On préfère essayer de croire encore qu’il peut y avoir des bonnes choses dans les relations humaines, on a besoin de le croire parce que c’est vrai aussi, à une petite échelle; si on regarde le monde de façon plus globale, la situation est moins reluisante; alors, pour ne pas désespérer, pour ne pas baisser les bras, on a besoin de voir ce qui nous entoure avec une certaine bienveillance, pour pouvoir se dire aussi que si on est bienveillant avec ceux qui nous entourent, eux pourront être bienveillants à leur tour avec d’autres, et que de fil en aiguille, avec le temps (très longtemps peut-être), l’humanité se transmette et se préserve.

Et puis, j’ai reçu un message d’une amie: « Tu as vu l’attentat de Charlie Hebdo? Je suis malade… ». Alors j’ai regardé d’un peu plus près: comment ça un attentat au siège de Charlie Hebdo? Comment ça des morts pour des idées? « Mourir pour des idées, d’accord mais de mort lente »!. Choquée par les morts (journalistes, policiers, dessinateurs renommés) que je découvrais sur mon mur, je me suis tout de suite demandé aussi, de façon plus empirique: comment ça, on s’en prend à la liberté de la presse? Et donc à la liberté d’expression? Et donc à la liberté individuelle? Comment ça, on s’en prend à l’humanité? Être humain, n’est-ce pas être libre? C’est là un évènement très fort, un symbole extrêmement puissant: on assassine l’humanité! Zola (et bien d’autres) doit se retourner dans sa tombe. Ainsi, nous en sommes toujours là?! Et on se dit une société plus civilisée qu’il y a un siècle? Mais avons-nous vraiment avancé? Bien sûr, il ne faut pas tout voir en noir, mais comment réagir autrement face à ça: abattement, tristesse, désespoir, colère et terreur… On a beau porter sa croyance en l’humain, en ses capacités, en ses valeurs, en sa créativité, etc (c’est ce qui fonde ma religion à moi), il n’en reste pas moins que le noir est, dans ces circonstances, de rigueur…

Une pensée et un élan d’humanité pour les morts de cet attentat et un soutien à leurs familles…

Je suis Charlie.

En cours d’ébullition (1)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

Voir la suite ou les posts « En cours d’ébullition » précédents: catégorie Journal d’écriture: Echoes – Roman


Depuis un mois – tout du moins, de manière consciente – je commence un nouveau roman. Je dis de manière consciente car en fait, ce roman se construit déjà depuis peut-être plus d’un an sans que je ne le réalise auparavant: c’était des idées par-ci par-là, jetées sur un coin de carnet, brouillées dans les multiples tomes de mes journaux intimes, ou classées sous différents dossiers dans mes fichiers d’écriture.

Et puis, un jour, tout à coup, zoom arrière, plan large, en me couchant, comme ça, sans raison particulière, sans réellement y avoir réfléchi consciemment, le moi-écrivain m’envoie un signal et me fait comprendre qu’il faudrait relier toutes ces idées, tout au moins déjà les disposer pèle-mêle toutes ensemble devant moi pour voir les discussions que ces fragments peuvent avoir entre eux… Et voilà que depuis plus d’un mois, je suis en quête de la collecte de ces fragments et que le lien qui va les assembler m’apparaît petit à petit, par éclaircies dans un brouillard  exquis et violent: celui de la préparation au premier jet de mon nouveau roman auquel j’ai désormais trouvé un nom: Echoes.

Et je me suis dis qu’il pourrait être intéressant pour d’autres de fournir mes réflexions, non pour ce qu’elles ont d’intéressantes en soit et de ce qu’elles révèlent de mon propre projet mais plutôt pour ce qu’elles révèlent du processus d’écriture, en prenant un exemple du particulier qui puisse parler un langage en quelque sorte universel, un peu à la façon de Martin Page livrant sa Genèse d’un roman. Je me dis que ça pourrait être utile à quelques autres écrivains, ou simplement intéressants pour un lecteur de passage.

Je vais donc essayé à partir de maintenant de vous fournir ces étapes de la construction de mon nouveau roman. Je vais tenter de garder l’ordre chronologique pour plus de suivi possible mais je ne le garantit pas car il m’arrive souvent de retomber sur des fragments oubliés dans des cahiers et d’avoir des choses à rajouter, d’avance désolé, mais je crois que la date n’a pas forcément beaucoup d’importance, le propos ici est plutôt de fournir une sorte de carte pèle-mêle de l’écriture telle que je peux l’observer chez moi et qui n’est sans aucun doute pas étrangère à d’autres…

Lundi 1er décembre

Hier soir, en me couchant, des nouvelles idées m’ont traversées l’esprit à propos de mon potentiel futur roman. « Traverser » est un bien petit mot car elles ont été assez tenaces: quelque chose bouillonne et commence à devenir obsessionnel. Je savais que même sans m’y atteler, l’écrivain allait filer la réflexion seul. Je n’ai qu’une idée vague pour le moment: quelque chose d’extrêmement centré sur les personnages, un chassé-croisé de pensées et de perceptions, des personnages chacun représentatif d’un état de vie particulier, des personnages qui gravitent dans le champs de perception du personnage principal (parlera t-il à la première personne…?). Il y aurait le point de vue du personnage sur les autres, démenti ou confirmé par les pensées intérieures des personnages « gravitationnels »… Je pense surtout à la forme que je veux donner à ce nouveau roman: le flux de conscience, les grottes (échos, résonances, dissonances) qui se lient entre les différents personnages; l’ensemble du roman serait l’agglomérat des pensées des différents personnages assemblées en un seul et même flux continu… Virginia Woolf bien sûr… Pour le moment, je vais m’attacher à faire des fiches (pas de ces fiches bien classées et divisées en catégories, plutôt ces fiches fourre-tout où se mêlent les idées sur un personnage, sur son rapport aux autres et aux autres personnages, des détails physiques, des fragments de son histoire, des attitudes…) pour chaque personnage/chaque état que je voudrais représenter…

Et une bonne année à tous !

Panneau décoratif de Alfons Mucha (Source Gallica)

Qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassés d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père Lachaise… Cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de dire «Bonjour à tous », j’ai mis « Bonne année mon cul». C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire.

Chroniques de la haine ordinaire de Pierre Desproges

Tenir la porte fermée, savoir l’ouvrir

En ces temps de fêtes de fin d’année, la créativité et l’imagination en prennent un coup: il y a tellement d’activité, tellement de mode à voir, de moments à partager avec des gens qu’ont n’a pas l’occasion de voir souvent au cours de l’année, il y a des contraintes mais aussi des moments de joie et de retrouvailles, de partage. Dans ce contexte, bien sûr, pour un écrivain, il est difficile de trouver un temps calme pour pouvoir s’adonner à l’écriture de la créativité, c’est-à-dire à cette première phase de l’écriture d’un livre: le premier jet. Cette étape demande un silence de plomb, un isolement total, une extraction complète des choses et de l’environnement, des gens et du sol même qui devient en ces instants impalpable.

[…] mais une chose est indispensable: une porte que vous tiendrez fermée. La porte fermée est le moyen de dire au monde comme à vous-mêmes que vous ne plaisantez pas, que vous êtes sérieusement décidé à écrire, que vous avez l’intention d’aller jusqu’au bout et de faire tout ce qu’il faudra pour ça. (Stephen King, Ecriture: mémoire d’un métier, p.183)

Virginia Woolf (oui, je sais, encore elle!) n’en disait pas moins à propos de la condition des femmes mais aussi de l’écrivain dans son essai Une chambre à soi: toute personne, et surtout celui qui écrit, doit avoir un espace à soi, dédié au centrage sur soi-même, à l’écriture, un espace duquel seul lui décide de s’extraire après une séance d’écriture, un espace dans lequel il n’est pas dérangé. Ce peut être un réduit dans un coin sombre de la maison, une pièce avec une porte, un bureau, une fenêtre (ou pas de fenêtre du tout), une cabane au fond des bois comme Annie Dillard. Longtemps, les écrivains, et surtout les écrivains-femmes, n’ont pas eu cette disposition à leur portée. Emily et Charlotte Bronté ont écrit des œuvres magistrales de la littérature anglaise sur un coin de table de cuisine ou dans la salle de convivialité avec pour fond le brouhaha des conversations triviales des occupants de la maison et de leurs convives. Pour autant, ces œuvres sont indispensables aujourd’hui et l’écriture tellement exceptionnelles qu’elle en est intemporelle. Mais voici l’exception qui confirme la règle. Et même sur son coin de table de cuisine, Emily Bronté n’était pas dans la pièce, elle était ailleurs, elle avait ce pouvoir qu’on peut voir mis en scène parfois dans les films de super-héros: cette barrière anti-magnétique, anti-monde, infranchissable, indestructible: une sorte de phase autistique je vous l’accorde. Mais, suite au pamphlet de Virginia Woolf, on s’est peu à peu rendu compte de ce processus: le premier jet d’un livre doit se faire dans la solitude la plus totale. Cette solitude doit être respectée et par l’auteur et par son entourage.

Et lorsqu’on ne peut pas s’isoler? Et lorsqu’on ne peut pas être au calme dans la pénombre? Eh bien, écrire un livre ne se cantonne pas seulement à cette phase de premier jet, il y a tellement de travail en amont et en aval de cette étape ô combien dévoratrice et émotionnellement indétrônable. Mais si Flaubert avait rendu le premier jet de son Madame Bovary, son oeuvre n’aurait certainement pas connu une telle résonance universelle. Non, il a écrit et réécrit son livre phrase par phrase, ressassant parfois une phrase pendant des jours, la combattant au corps à corps jusqu’à ce qu’elle prenne sa forme « définitive ».

En amont, un écrivain engrange de la matière. Et pour cela, il côtoie le monde, l’imprègne, en soupèse les effluves et les vents contraires, va au contact des autres et de la vie elle-même. Un écrivain n’est pas seulement un écrivain, c’est aussi quelqu’un qui vit et qui, par conséquent, connaît de multiples expériences et vit de multiples situations. Mais l’écrivain se révèle dans cet appréhension des choses: il est rare qu’il soit au repos. Même lorsqu’il parcourt une rue, dans la frénésie des achats de cadeaux de noël, il happe la rue, ressent la rue, l’imprègne et, une fois devant sa feuille, il est lui-même surpris de ce que certains détails ressortent sur le papier alors qu’il n’y a même pas fait attention lorsqu’il flânait dans la rue et courrait après les achats de noël comme tout un chacun. Ainsi, même dans cette effervescence constante des fêtes de fin d’année, même s’il n’a qu’un quart d’heure de tranquillité par jour pour pouvoir s’adonner à une quelconque écriture, c’est dans ces moments qu’il engrange des fragments, des scènes, éveille des idées. Il prend des notes, il peut tenir un journal de ce qui se déroule pendant ces jours mouvementés pour ensuite créer des personnages, des scènes ou simplement avoir des idées pour son projet en cours ou des futurs projets d’écriture.

Dans ces périodes, pour ma part, j’en profite souvent pour m’adonner à des taches scripturales qui demandent moins de concentration: taper des fragments qui pourront m’être utiles pour tel ou tel projet, tenir mon journal, prendre des notes, juste quelques phrases ça et là, avoir des idées, réécrire une nouvelle ou un fragment de roman ou d’essai. La tête d’un écrivain n’est jamais au repos: inconsciemment, il a toujours quelque chose sur le feu, quelque chose qui se construit dans son moi-écrivain et qui ressortira sur le papier lorsqu’il sera au calme, dans sa pièce dédiée à la créativité.

Et seule la phase de premier jet demande un isolement complet et une solitude infranchissable par l’environnement et les autres. Les autres étapes de l’écriture (réécriture, agglomération, imprégnation, réflexion…) peuvent se faire dans la pièce commune, entouré du brouhaha des enfants et du son sourd des dessins-animés, c’est même conseillé: se cantonner au premier jet est de l’ordre de l’écriture auto-centrée (je ne dirais pas égoïste car certaines personnes n’écriront jamais plus que cela et il n’y a rien de mal à vouloir écrire pour soi, uniquement pour soi, mais il ne faut pas dans ce cas chercher à l’ouvrir aux autres, ils ne comprendraient pas et ne verraient de toute façon pas l’intérêt de lire ça). Pour ceux qui veulent écrire des livres que d’autres puissent lire, il est essentiel de s’extraire de son texte, prendre de la distance par rapport à ce que le texte dit de nous pour l’ouvrir à ce qu’il peut dire d’autres, à ce qu’il peut dire à d’autres. Ce que cherche un lecteur lorsqu’il lit un livre, ce n’est pas trouver l’auteur mais c’est bien se trouver lui-même, ce que le livre, l’histoire, tel personnage, peut dire de lui.

Je deviens moi-même souvent irascible lorsque je n’ai pas ce temps d’écriture solitaire quotidiennement. Je commence à m’agacer, deviens agressive. Au bout de quelques jours d’une trop grande effervescence qui ne me laisse pas un seul temps de repos pour écrire, je sens mes boyaux se tordent, des remontées d’aigreurs qui s’amassent dans mon estomac et il me suffit d’écrire pendant une heure pour que la douleur disparaisse comme par enchantement. Mais, bien souvent, je me raisonne en me disant que c’est aussi ça écrire: vivre, prendre note des expériences, amasser du matériau, pour lorsque le moment sera propice déverser tout cela sur le papier. Bien souvent, le texte qui en ressort est d’autant meilleur parce qu’il a été un peu frustré en nous, qu’il a pu amasser une certaine rage de ne pas pouvoir jouir tout de suite, on le retient, on le retient et paf, quand ça sort, c’est l’orgasme explosif quasi assuré.

La porte de votre antre créatrice doit pouvoir se fermer à double-tour, c’est essentiel, mais pour que le texte devienne littérature, la porte doit aussi pouvoir s’ouvrir. Qu’aurions-nous à raconter si la porte demeurait constamment fermée?

Partagez

Parler de son expérience d’écrivain, tenter de décortiquer ce processus en soi et le partager aux autres, c’est un peu apporter un témoignage à quiconque pourra être intéressé. Si j’utilise beaucoup le pronom « je » sur ce blog, ce n’est nullement dans le but de me mettre en avant, j’utilise ce « je » comme j’utiliserai un « nous », « vous » empirique, plus universel, car l’écriture est quelque chose qui a trait à l’universel. Même si c’est quelque chose qui prend profondément racine en soi, même s’il s’agit de l’enfantement spirituel d’une création, toujours est-il que même un enfant qu’on met au monde devient indépendant du parent qui l’a crée, il garde un lien bien sûr, quelque chose qui le rattache, mais il suit sa propre voie/voix; on ne sera pas toujours d’accord avec ses choix de vie mais, en parent éclairé, on se gardera bien d’émettre le moindre avis, on restera là, en garde-boue, au cas où, et on demeurera présent pour partager des instants de tous types et de toutes importances.

Écrire, c’est être parent, et, en tant que parent, c’est aussi souvent avoir à affronter des doutes: est-ce que j’apporte ce qu’il convient à mon enfant? A-t-il suffisamment de bagages pour construire sa voie? Puis-je le laisser prendre son indépendance alors que je ne suis pas sûr de l’avoir suffisamment préparé? Est-ce que je ne vais pas avoir une influence néfaste sur lui à force de le couver et de le protéger? Ce sont des questions qu’un écrivain peut être amené à se poser également, à un autre niveau bien sûr et c’est peut-être encore plus difficile d’y faire face car l’enfant de l’écrivain est quelque chose d’immatériel, voué à prendre consistance dans l’esprit des lecteurs qui le liront, creuseront ses entrailles, le blesseront peut-être et lui apporteront d’autres perceptions, d’autres visions, sans aucun doute.

C’est pour moi aussi, un des buts de ce blog que de ne pas rester isolée face à ce questionnement que chacun peut-être amené à avoir dans la vie, c’est-à-dire, de façon extrêmement large: quelle est ma place dans la vie? Qui suis-je? Quelle est ma place dans l’écriture? Que puis-je apporter? Ce n’est pas le genre de question auxquelles on trouve une réponse (s’il en est) seul, isolé dans la pénombre d’un bureau, à griffonner des centaines de feuilles.

Selon ma propre expérience (cela n’engage bien sûr que moi, d’autres écrivains, je les entends déjà, ne seront pas d’accord), mon écriture a réellement évoluée lorsque j’ai commencé à l’ouvrir aux autres. J’ai commencé à écrire des fictions vers l’âge de quinze ans, j’entretenais auparavant mon journal intime. J’ai écris près de dix ans sans jamais vraiment partager ce que je pouvais extirper de mes entrailles sur le papier. Oh, je l’ai bien fait lire à deux ou trois personnes très proches: mon amie, mon père d’adoption. Je faisais la lecture à mon amie tandis qu’elle fermait les yeux pour s’imprégner du texte et dessiner (elle est artiste) ces images dans sa tête avec ses propres coups de pinceaux, elle m’encourageait, était très touchée de ce que je pouvais lui lire. J’ai fais lire à mon père d’adoption, non que nous ne soyons pas en confrontation à l’époque (bah oui, j’étais une adolescente comme tout le monde, forcément rebelle!), mais je sentais qu’il pourrait m’apporter un avis objectif de poids et qu’il aurait également la sensibilité nécessaire pour se soumettre à la lecture de mes toutes premières nouvelles. Il y a quelques mois, toujours en train de fouiller dans mes anciens carnets, j’ai retrouvé par hasard la critique qu’il m’avait envoyé par mail: quelque chose de très simplement – et surtout sincèrement – dit mais qui m’a définitivement poussée à continuer sur la voie de l’écriture. Il me disait que ce que j’avais écrit lui avait permit de retrouver le goût de sa propre jeunesse et m’offrait un merci sincère pour cet instant de lecture que je lui avait procuré…; le reste du contenu de ce mail, je le garde précieusement au fond de moi, pour toujours.

Bref, voilà que je digresse encore, ou peut-être pas en fait. Car c’est définitivement en partageant ce que j’écrivais (oh juste des petites pattes de mouche par rapport à aujourd’hui, aujourd’hui pouvons-nous peut-être parler de pattes de chat) que j’ai pu avoir cette force et cette création inassouvissable qui me donne de l’énergie chaque jour pour continuer d’écrire. Peu à peu, j’ai ouvert à mon entourage: mon frère, mon compagnon, puis des amis proches, des connaissances. L’ensemble de ces partages m’ont chacun beaucoup apporté et je ne saurais comment remercier ces personnes qui ont pris le temps de me lire et de revenir vers moi en me fournissant une critique ou un simple ressenti personnel par rapport à ce qu’ils avaient pu lire. Mon écriture, en conséquence, a fait des bonds de géants et si je suis parvenue à un certain niveau d’écriture, c’est bien aussi grâce à ces partages.

Voilà pourquoi je fais part de mon expérience ici, sur ce blog ouvert à tout un chacun… Peut-être que ça ne parlera à personne, peut-être que ça aidera une ou deux personnes à trouver cette force de continuer aussi en soi-même, c’est en tout cas ma propre façon de concevoir les échanges et les partages humains: donner simplement, apporter des pistes, attrape ces pistes qui voudra, et qui voudra également pourra les approfondir et venir en parler, la porte est ouverte.