#Extrait 40

Ce soir, les bourrasques de vent hivernal l’obligent à s’agripper au chambranle de la porte-fenêtre ouvrant sur la ville couverte d’une fine couche de boue blanche. Il a neigé dans la journée mais le passage des gens a rendu boueuse la pureté blanche du matin. L’environnement de Lise lui paraît toujours si significatif, si symbolique, comme s’il était relié à son propre état d’esprit. Il y a six ans, peut-être plus, elle s’éveillait à un nouveau jour, le premier du reste de sa vie, du moins l’avait-elle espéré : l’environnement lui avait semblé encourageant, comme s’il l’autorisait à avoir de grandes espérances, mais ce soir, tout est froid, même glacial, plus rien ne semble l’autoriser à croire en des jours meilleurs. Après tout, nous sommes les seuls maîtres de notre avenir, qui d’autre pourrait tirer les ficelles qu’elle-même ? Mais, elle ne voit pas ce qu’elle peut faire d’autre.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Wish you were here

#Chronique musicale: Jack White

Impossible que vous n’ayez jamais croisé Jack White au hasard de vos écoutes ou parce que vous l’avez cherché, car depuis deux bonne décennie maintenant, il est partout et de toutes les expérimentations musicales. Ce musicien aux multiples talents, batteur et guitariste, mais aussi chanteur, est né à Détroit, ville réputée aux Etats-Unis pour être aujourd’hui le dépotoir du pays, ville en faillite qui voient le peu d’habitants honnêtes s’enfuir à toutes jambes devant la montée de la violence de rue.

Jack White est aujourd’hui reconnu par des confrères parmi les plus grands noms du blues dont les Rolling Stones qui l’invitent au concert filmé par Martin Scorsese (Shine a light, 2008) aux côtés de Lou Reed et de Buddy Guy. Jack est largement influencé par les bluesmen de l’Amérique profonde, un blues auquel il a su mêler son rock un peu bourrin parfois (White Stripes), ou plus alternatif (The Raconteurs), et il y a en tout cas toujours une maîtrise assez exceptionnelle du manche. Une chose à côté de laquelle il est impossible de passer : sa voix très remarquable entre le nasillard et l’aigu.

Jack commence à se faire remarquer au début des années 2000 avec son groupe The White Stripes composé de lui-même et de sa femme, Meg, à la batterie qui avouera dans Coffee & cigarettes (Jim Jarmusch, 2003) qu’elle n’a jamais vraiment su jouer de la batterie, qu’elle se contentait d’essayer de taper en rythme. Après quelques albums relativement passés sous silence, c’est avec leur tube « Seven nation army », même repris dans les stades de foot, qu’il obtient ses entrées. Le groupe (et le couple) se sépare en 2011 après 6 albums et l’aventure se clôt sur ce qui est selon moi leur meilleur album Icky thump, un mélange de bluegrass, de country et de hard rock détonnant. Jack White garde le nom de famille de son ex-femme.

En marge d’une carrière solo très mesurée (trois albums pour l’instant à son seul actif dont un acoustique façon folk), Jack se mêle de tout et il est partout. Avant les White Stripes, il y a eu deux groupes : The Hentchmen et The Go. Et après, il y a eu The Raconteurs (réunissant des musiciens de Détroit pour former un rock aux accents alternatifs mêlés au blues et au rock garage, et toujours, toujours, quand Jack est dans le coin, un rythme qui vous entraîne direct) et The Dead Weather qui continue de tourner et signe sur le label de White. Dans tous les cas, on reconnaît toujours sa patte, sa voix et ses cheveux longs noirs de jais.

Ses albums solos sont toujours le gageur d’un univers marqué à la limite parfois du glauque. Mine de rien, Jack est classé 17e au classement des 100 meilleurs guitaristes de tous les temps par Rolling Stones magazine. Eh ouais, on dirait pas, hein !

#Extrait 39

Je suis trop soûle pour comprendre leurs paroles ou poursuivre une réelle discussion. Ils soupirent en me voyant avachie sur la table. Je ne leur en veux pas : je m’exaspère moi-même. J’aimerais cesser de me plaindre, mais quoi de plus facile que de se morfondre ? Je n’ai rien d’autre. Et l’idée de la prochaine gorgée est la seule capable de me faire avancer.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Fragmentez: écriture et artisanat

Je ne crois pas vous avoir déjà parlé de mon dernier livre en date (un livre fini s’entend), si? Il s’agit d’une sorte d’essai (oui, une sorte parce qu’avec moi, les étiquettes et les cadres, c’est un peu difficile…) qui parle d’écriture, de lecture, et surtout du lecteur et de l’artisanat que chacun de ces acteurs met en place pour créer le livre…

Et puis d’ailleurs, je ne vais pas tout vous réexpliquer ici puisque j’ai concocté pour vous une toute nouvelle page qui présente ce livre: la page du livre et aussi dans Publications et projets.

#Lecture – Le Nouvel Hollywood

Vous connaissez la vague cinématographique du nouvel Hollywood ? Non ?! Pourtant, vous connaissez forcément certains visages et de nombreux films et même, vous les connaissez très bien. Heureusement, d’ailleurs, que la vague du nouvel Hollywood est passée comme un raz-de-marée dans la production cinématographique des années 60-70, sinon nous en serions encore à La Mélodie du bonheur et autres niaiseries… Si je vous dit aussi que c’est grâce (ou à cause, tout dépend du point de vue, et au vue de certains résultats…) à cette vague que nous avons eu Star Wars et après lui les grosses machines qui n’hésitent pas à toujours aller plus loin dans l’image et les effets spéciaux. Malheureusement, c’est aussi ce travers qui a fini par tuer l’essence de cette vague créatrice.

Car, à la base, il ne s’agissait pas tant de faire de l’argent (et donc de rentabiliser au maximum pour en finir en fait par faire des navets de blockbusters à la pelle qui prennent le spectateur pour un con) que d’être fidèle et intègre à sa créativité qui est alors le mot d’ordre qui rassemble ces jeunes cinéastes. Ils en ont marre des mièvreries, ils en ont marre qu’on fasse croire au spectateur que tout est beau dans le meilleur des mondes alors qu’ils se voient appelés à la guerre du Vietnam à laquelle ils ne comprennent rien, ils en ont marre aussi qu’on dresse un portrait désuet et clairement dépassé de la jeunesse dans lequel ils ne se reconnaissent pas pour un kopek.

C’en est fini de la suprématie des studios et des producteurs qui ont brillés dans les années 50, maintenant la jeune génération a quelque chose à dire, par elle-même, avec ses propres moyens, elle n’a pas besoin d’avoir des mille et des cent pour réaliser un film, et puis pas besoin non plus de décor en studio et de tout ce tralala, ils veulent sortir à la rencontre de la rue, la vraie. Pratiquement tous ont vu (et ont appris par cœur) les films de la nouvelle vague française (Godard, Truffaut, etc.) et ils comptent bien prendre exemple sur ce modèle de libération créative soufflant d’Europe.

Le film qui marque le début du nouvel Hollywood est Bonnie & Clyde d’Arthur Penn (1969) qui montre pour la première fois à l’écran des personnages malveillants, affichant une sexualité trouble, des hors-la-loi, et surtout surtout cette scène finale qui a défrayé la chronique et qui montre en plans rapprochés les impacts de balles au cours d’une séquence de massacre qui dure une bonne dizaine de minutes. Le message est clair : c’est avec violence et virulence qu’il faut briser les codes de l’ancien Hollywood, et avec lui de l’ancienne société. À l’image du vent de libération qui parcourt le pays à la même période, le cinéma se libère.

Violence donc, mais aussi sexualité affirmée et/ou trouble (en tout cas s’affichant sans complexe), drogues, désillusions de la jeunesse, rock’n roll aussi bien souvent (puisqu’un courant de contre-culture ne peut absolument pas se passer de sa bande son forcément rock), un certain grain de folie aussi car tous les acteurs de cette vague sont de fortes têtes : Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Brian De Palma, Jack Nicholson (le visage du nouvel Hollywood), Dennis Hopper, David Lynch, George Lucas,… tous ces noms vous disent bien quelque chose… ? Et tous pratiquement se côtoient, au moins se connaissent et souvent s’entraident (bon à part Dennis Hopper devenu complètement parano à cause d’un surdosage de dope) : Coppola prend Lucas sous son aile et défend American graffiti auprès des producteurs, proposant même de le racheter lui-même pour pouvoir le sortir, Jack Nicholson est pote avec tout le monde, entre De Palma et Scorsese c’est une relation parfois un peu grinçante, mais tous en tous cas sont réunis autour de cette idée : le cinéma est un art, le résultat d’une création et non une simple production commandée par les studios pour faire du chiffre.

De cette vague, sortent de nombreux chef d’œuvres de notre cinéma moderne : Le Lauréat (Nichols, 1967), Rosemary’s baby (Polanski, 1968), Easy rider (Hopper, 1969), MASH (Altman, 1970), Le Parrain (Coppola, 1972), Sœurs de sang (De Palma, 1973), Apocalypse now (Coppola, 1979), Shining (Kubrick, 1979), à peu près tous les De Palma, tous les Coppola, tous les Scorsese de l’époque,… et beaucoup d’autres encore. c’est personnellement mon cinéma préféré (même s’il est malheureusement uniquement composé de mecs) dont ce livre retrace très bien le décor, le contexte, les écarts, les réussites et l’héritage.