Fragmentez: écriture et artisanat – Essai

 

 

 

Ecrit le 30 novembre 2016:

Je viens de parcourir les pages de cet « essai », comme je le fais souvent lorsque j’ai tout à coup l’intuition qu’une nouvelle phase d’écriture s’enclenche. Il commence à être suffisamment dense et je vais pourvoir m’atteler à la structuration tout en continuant d’alimenter avec d’autres fragments. Pour ce livre, en l’occurrence, pas vraiment de structure, je pense même me faire une sorte de jeu (aux dés peut-être !) pour déterminer l’ordre de ces fragments qui ne demandent qu’à se mouvoir librement à l’intérieur.

Je voudrais d’ailleurs qu’il puisse avoir cette liberté dans sa forme même. Chaque fois que le lecteur ouvre cet essai, il faudrait qu’il ne tombe jamais sur le même fragment, que la lecture soit aléatoire, comme ces applications sur téléphone qui vous proposent une recette au hasard quand on secoue l’appareil. Ici, pas de recettes, juste des pensées à l’envolée.

J’ai donc parcouru avec la roulette de ma souris ces pages pour taguer les auteurs qui apparaissent dans les différents fragments et je suis assez surprise : il y a tellement de vides dans les auteurs qui sont cités (un petit plaisir personnel d’ailleurs à la vue de ces auteurs qui se côtoient ici grâce à moi, ils n’ont sans doute rien demandé, ne se connaissent peut-être pas et ne s’apprécieraient pas forcément non plus, mais en moi ils se sont rencontrés). A vrai dire les citations me sont venues à l’esprit en écrivant et je me suis chaque fois mise en quête de la citation dont je croyais me souvenir. Maintenant que le travail est largement avancé, je suis en mesure de répertorier les auteurs qui apparaissent, le nombre d’occurrences mais aussi de constater les auteurs qui sont absents et qui sont pourtant d’une importance capitale pour ; et pourtant, je n’y ai pas pensé. Il y aura toujours des vides dans ce que laisse transparaître l’écriture : des fragments!

« Tant pis pour le désordre, la chronologie d’une vie humaine n’est jamais aussi linéaire qu’on le croit. Quant aux blancs, aux creux, aux échos et aux franges, cela fait partie intégrante de toute écriture, car de toute mémoire. Les mots d’un livre ne forment pas davantage un bloc que les jours d’une vie humaine, aussi abondants soient ces mots et ces jours, ils dessinent juste un archipel de phrases, de suggestions, de possibilités inépuisées sur un vaste fond de silence. Et ce silence n’est ni pur ni paisible, une rumeur y chuchote tout bas, continûment. Une rumeur montée des confins du passé pour se mêler à celle affluant de toutes parts du présent. Un vent de voix, une polyphonie de souffles.» (Germain, Sylvie. Magnus, p. 12).

Les fragments présentés dans Fragmentez ont été écrit au cours des années, au fil des jours. Cet « essai » représente l’agglomérat de ce qui a été écrit, lu, pensé, ingéré, à de multiples instantes, souvent sous le coup de la pulsion. Parfois, des fragments échappent à l’écriture parce qu’il faut effectuer une autre action et la pensée s’évapore. Parce qu’il n’y a pas toujours le temps, la possibilité matérielle ou sociale, de sortir son carnet pour écrire ce qui se passe dans la tête. J’ai essayé, je vous assure, j’ai essayé d’en capter autant que je le pouvais mais j’en reviens toujours à ce constat : rien n’est absolu, et même cette affirmation est fausse puisqu’elle est absolue. Je crois qu’on ne peut pas écrire sans accepter cette constatation avec une certaine forme de fatalisme, certes, mais surtout pour en faire une force tranquille, toujours en route, jamais lassée, car toujours d’autres choses encore à découvrir et à ajouter.

En résumé

Comme vous ne l’avez peut-être pas compris, Fragmentez: écriture et artisanat est une sorte d’essai (mais en fait, on sait pas trop, et puis ces étiquettes, vous devez commencer à savoir ce que j’en pense…), en fait je devrais plutôt parlé de recueil de fragments/de pensées qui rayonnent autour de l’écriture et de la lecture principalement, et justement aussi pour parler de beaucoup d’autres choses: souvenirs personnels, réflexions sur la vie quotidienne, sur des valeurs (féminisme, sociabilité, enfance,…), etc.

Loin de moi l’idée de croire que je suis une experte en écriture à tel point de me permettre de donner des conseils (ou pis: des prérogatives!), Fragmentez est surtout le fruit né de l’envie d’un partage: partage d’une expérience que je pratique, comme nombre de personnes, au quotidien, ce qui fait bel et bien de moi un artisan de l’écriture, quelqu’un qui peu à peu, chaque jour patiemment, apprend et peaufine toujours plus (infiniment) son artisanat.

Remarquez que je ne parle pas d’art car c’est déjà pour moi placer trop loin de la réalité ce qui constitue le nerf de l’écriture car malheureusement les termes « art » et surtout « littérature » sont tellement déformés qu’ils sont placés tellement loin de la sphère humaine et réelle qu’on ne les considère souvent plus que comme de l’esthétisme (pendant « élitiste ») ou carrément comme des divertissement.

Alors, non, il faut revenir à l’essentiel, au cœur de l’atome: l’écriture est vie, c’est pourquoi elle doit être partagée, triturée, discutée, naturellement et simplement. C’est du moins ce que j’ai tenté de faire dans cet essai-journal-recueil de fragments (accompagné de dessins et de photographies) et dans lequel le lecteur peut se sentir libre de flâner sans suivre un ordre établi, sans avoir de cheminement tout tracé, au gré des clics et des liens.