Laboratoire d’ouvroir potentiel

Je lui ai parlé de Fantômes et de la théorie du temps que je développe pour ce livre. J’ai hésité à lui raconter tout le maillage de Fantômes mais finalement l’expliciter pour elle à ce moment-là m’a permit de prendre aussi de la hauteur et de réaliser certaines choses à propos de mon roman, de certains personnages, des cycles qui s’y mettent en place.

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La surprise en écriture ne réside pas seulement dans cet instant où tout à coup le livre se révèle mais aussi dans les cheminements que le livre peut prendre. C’est peut-être une découverte d’un genre plus personnel : on se découvre un intérêt pour tel sujet inconnu ou effleuré auparavant, et qui le serait sans doute resté si le livre n’avait pas décidé d’aller dans cette direction.

Je me suis prise alors à farfouiller dans des recoins inconnus allant de découverte en découverte mais, mine de rien, dirigés. C’est comme si le livre savait déjà, depuis le début, qu’il voulait en venir là. Et je suis toute heureuse d’avoir enfin pu déceler les miettes de pain qu’il a lancé devant moi.

Depuis quelques mois donc, je tournais autour des miettes de pain. Et puis, j’ai compris que Fantômes tendait vers une conception du temps. C’est ce qui m’a fait reprendre l’écriture du recueil pour en faire un roman. Mais ensuite : une nouvelle phase à vide. J’ai tenté de chercher, tâtonné, j’ai demandé à un ami physicien de me parler des théories du temps en physique, il a été assez perplexe : le temps n’existe pas vraiment en physique, il s’agit plutôt d’espace. J’ai lu Bergson, Sur les données immédiates de la conscience. Je n’ai pas tout compris mais je dois bien avoué que certains passages m’ont fait gamberger. J’ai ensuite effectué des recherches, survoler différentes philosophies du temps.

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Puis j’ai eu une épiphanie en revisionnant Code Quantum et, comme un enchaînement naturel, je suis tombée sur ce livre du physicien Carlo Rovelli qui retrace de façon claire et synthétique l’histoire des théories physiques relatives à la notion de temps et d’espace pour finir par expliquer la théorie quantique des boucles sur laquelle de nombreux physiciens travaillent actuellement.

Et tout à coup, ça fait tilt. Les termes « boucles », « temps », « théorie », tout est là et c’est sur ça qu’est basée la construction de mon roman avant même que je ne sois véritablement au fait de la théorie scientifique. Une telle pré conscience est parfois déboussolant.

Ainsi, tout s’entremêle : influences littéraires, séries TV, physique quantique. Comment faire pour que tout cela s’agence dans un roman ? Pas d’inquiétude : il faut faire confiance au livre. Il sait, lui, où il va. J’ai conscience de ce que je viens de dire frôle le mysticisme, une forme de croyance en une force supérieure faite de papier. Cet enthousiasme, cette opportunité de découvrir, cette curiosité sans bornes, tout cela me vient de ce dieu-là, l’écriture, qu’il faut adorer. Adorer celui que j’ai moi-même créé de mes propres mains en laissant tout au long du parcours des flaques de transpiration émanant directement de mon cerveau !

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Je repense aussi à la conception de Wish you were here qui m’avait entraîné à me plonger dans des dizaines d’ouvrages de psychologie et de psychiatrie, de même que ma plongée dans la psychologie de la personnalité au début de l’écriture d’Echoes. La curiosité semble être sans fin, sans cesse alimentée par de nouvelles nécessités que le moi-écrivain me demandera chaque fois d’aller inspecter des domaines qui me demeuraient jusqu’alors opaques. Il ne manquerait plus qu’un jour je sois entraînée du côté des mathématiques, moi qui, à l’école primaire, lorsqu’il s’agissait de résoudre un problème, avait le cerveau qui émettait un bip continu (!) au point de pleurer chaque fois devant mon cahier de mathématiques. Je serais pourtant bien capable d’y venir un jour si le moi-écrivain me le demande. Je crois avoir déjà dit ici que l’écriture sera mon éternelle source de découvertes, mon petit laboratoire d’ouvroir potentiel ! Sans fin.

Bien sûr, je dois avouer que mes recherches sont chaque fois assez superficielles. C’est généralement un survol. Quelques recherches sur le web, des livres de vulgarisation, et j’en ai souvent rapidement assez pour rassasié le besoin du roman en cours. Il embraye ensuite avec son imagination (et certainement un peu de son orgueil aussi d’être capable de connaître une chose en la survolant…).

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Mais, ce que je suis en train de vivre en ce moment vient contredire finalement ce que j’ai écrit car me voilà embarquée depuis un an dans un fourmillement incessant gravitant autour de l’histoire, de l’Occupation allemande et donc de la deuxième guerre mondiale. Les références s’enchaînent: cinéma, musique, romans autour de la thématique mais surtout des livres d’histoire de plus en plus touffus. Alors, nous verrons bien ce que cela donne, ça c’est encore une autre surprise…

Jauge d’énergie

A bien y réfléchir en fait, j’ai énormément travaillé cette année. J’ai toujours l’impression que ce n’est jamais assez. Mais j’ai travaillé dans de multiples directions. Si bien qu’il a fallu fragmenter également l’énergie (je visualise ma barre d’énergie comme la barre verte de Zelda, cette barre graduée qui se vide rapidement lorsqu’il court et qu’il me faut dispatcher selon les différents projets, chacun sa part, mais forcément le liquide vert contenu n’est jamais aussi grand que ce que j’avais espéré).

Zelda street art by Miso & Ghostpatrol, Melbourne

Aucun projet en cours n’est donc encore abouti cette année, puisque mener de front cette diversité implique que chaque fragment avance indépendamment moins vite.

Mais cela crée une caisse de résonnances, les inter-expérimentations servent à l’un ou à l’autre selon les rencontres. Il y a bien sûr, comme pour toute méthode, des avantages et des inconvénients à l’éparpillement : il nécessite de l’endurance tandis que le corps et/ou l’esprit finissent toujours par être fatigués. Je cherche bien trop souvent à lutter contre ma fatigue, j’essaye d’apprendre en ce moment à me laisser parfois un peu tranquille. « Quand on crée, on fait attention, on garde ses forces pour sa création » (Nin, Anaïs. JA, p. 719).

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Le problème est que bien souvent, l’énergie que je parviens à préserver se déverse presque instinctivement dans la graduation dédiée à l’écriture qui, peu à peu, fini par prendre toute la place ; la vie bien souvent en pâtie. Mais quoi de plus intense pour l’écrivain que cette vie-là, celle qui s’écrit ?


Références: Nin, Anaïs. Journal de l'amour, journal inédit et non expurgé des années 1932-1939. Paris : Librairie générale française, coll. « Le livre de poche : La Pochothèque, classiques modernes », DL 2003, 1402 p. Traduit de l'anglais A Journal of love par Béatrice Commengé. Avant-propos par France Jaigu

Préhistoire du fantôme

A la relecture de mes carnets intimes, je redécouvre ce sentiment de solitude, cette impression d’être un fantôme, cette adolescence avec son extrémisme et le besoin de chercher ses propres codes. Je retrouve aussi l’influence de mes lectures, de la musique, et je suis capable de percevoir désormais les échos qu’ils ont eu dans mon écriture, échos tellement prégnants et significatifs qu’ils ont été pleinement intégrés à elle.

En fait, il faut bien avouer aussi que les carnets d’adolescence sont bourrés de ces questionnements que je peux typiquement attribuer à l’âge (c’est parfois difficile de se rendre compte qu’on en est passé par certaines étapes comme tout le monde) (dépendance, étouffement, confrontation aux parents, découverte du sentiment amoureux et du désir de fusion), mais tout cela est entrecoupé par des fragments qui relèvent l’émergence de l’écrivain en latence : sa construction, sa personnalité, son image, jeu de reflets qui finissent par s’interpénétrer. Il y a aussi cette équidistance que la jeune fille de seize ans que j’étais avait déjà : cette façon de se regarder vivre comme une spectatrice, toute cette imagerie du fantôme.

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Le fantôme en fait est le moi-écrivain avant que ce dernier ne prenne le devant de la scène. Et je peux aujourd’hui le percevoir avec plus de lucidité (il faut avoir la tête hors de l’eau pour voir que toute une mer s’étend à l’horizon). Cette solitude justement : la vie ne suffira jamais à un écrivain qui n’écrit pas (ou pas encore), elle ne suffit pas toujours même à celui qui écrit toute la journée ou toute la nuit ! D’où cette impression de ne pas avoir de substance pour les autres, d’être isolée, d’éprouver un fort besoin affectif que seule l’écriture peut combler.

Oh, et je suis retombée aussi sur les carnets de mes années lycée dans lesquels je raconte des instants passés avec mes amies d’Amiens, ces soirées et ces nuits blanches à regarder des films, écouter de la musique, à les  apprendre par cœur pour en faire un langage connu de nous seules. Je crois que cela a un rapport aussi, que ce sont des instants qui m’ont aussi forgés. De nombreux écrivains parlent de leur période d’imprégnation.

Je crois qu’il me faudrait aussi parler de L. bien sûr, et de ces intenses partages artistiques hyper-connectés que nous avions : musique, lectures (je lui faisais la lecture), débats sur les cours de philosophie, rejouer des scènes de films, les réciter pour communiquer à notre manière, etc.

Et il y a eu le voyeur, à peu près à cette période (entre 15 et 17 ans), ma première nouvelle.

Il faudrait que je raconte tout cela. « Il faudrait » ?! Mais pour quoi faire finalement ? Qui ça intéresse ça ? A part moi, qui aimerait savoir comment mon écrivain s’est construit en souterrain ?! Et pourtant, ne suis-je pas la première à dévorer les journaux intimes d’écrivains et les essais sur l’expérience d’écriture ?

 

#Lecture: Hannah et ses filles

A travers trois générations de femmes, Fredriksson dresse le champ gravitationnel de ce qui se noue dans le silence et pourtant le partage entre une mère et sa fille, et les échos qui peuvent se prolonger encore et encore d’une grand-mère à une petite-fille, arrière-petite-fille, etc. En lisant ce livre, je repensais à cette phrase du film Mémoires d’une geisha: « C’était comme ça, dans ce petit monde de femmes ».

Car il s’agit bien là d’un petit monde de femmes à travers trois générations (du milieu du XXème à nos jours quasiment), à travers les dissonances et résonances, et surtout de frappantes ressemblances, des échos précisément parce que ce sont des femmes, et pas forcément parce que ce sont des femmes de la même famille. Se teinte en toile de fond toute en douceur le portrait également d’une société et d’une histoire: la place de la femme bien sûr, par rapport à l’homme, mais surtout par rapport aux autres femmes, celles qui jugent et qui croient être en droit d’imposer des codes qu’elles n’ont elles-mêmes jamais questionné ou réfléchis.

Car « C’était comme ça, dans ce petit monde de femmes », un monde finalement plus brutal et dur que celui des hommes, parce qu’il est nimbé de silence. C’est surtout ce qui m’a frappé au fur et à mesure de ce récit, cette vérité vérifiable dans notre vie quotidienne: ce silence qui entoure les femmes, parce qu’il faut finalement être plus endurcie qu’un homme, parce que c’est souvent à la femme qu’il revient d’être forte pour toute la famille dans ces époques-là.

Elle arriva donc, par un jour de mars tout bleu, et jamais je n’aurais cru que ce serait si difficile. Comme de parcourir un long chemin à travers une douleur insupportable pour accéder enfin à la mort miséricordieuse lorsque l’anesthésiste effaça tout.

Le travail avait duré plus de vingt-quatre heures.

Bien des années plus tard, je regardais encore toutes les mamans avec surprise en pensant : « Toi ! Et toi aussi, et toi plusieurs fois ! ».

C’est incroyable, ce que les femmes endurent. Et à quel point on en parle peu, à quel point la plupart d’entre elles préfèrent se taire, comme s’il s’agissait d’un secret. Mais ensuite, il en alla pour moi comme pour les autres, ce fut une joie sans limites. Qui valait n’importe quelle souffrance. (p. 235-236)

Fredriksson étale donc sur plus d’un siècle, tout en nuance, les multiples problématiques qui peuplent la vie des femmes de toute génération. Pas seulement le silence, pas seulement l’enfantement, pas seulement les pertes et les absences, mais un peu de tout cela aussi, sans vraiment l’expliciter mais simplement en représentant la vie de trois femmes dans leur plus grande trivialité tout autant que dans leur plus profonde intimité. Disparité des voix également et des modes, passant du « il » au « je » ou l’écriture d’une lettre permet d’accéder à l’intériorité du personnage, la technique stylistique est elle aussi d’une grande maîtrise.

« Car les souvenirs sont des fragments que le cerveau assemble en mosaïques. Qu’il adapte en fonction d’une image cristallisée très tôt, qui n’est pas nécessairement en rapport avec des évènements qui se seraient réellement produits. Il y a tant de choses que le petit enfant comprend mal, qu’il entrepose sous forme d’images, et celles-ci en attirent d’autres, qui les confirment et les renforcent.

Puis elle songea que ce qui n’avait pas eu lieu pouvait très bien être plus « vrai » que ce qui avait eu lieu effectivement. Plus parlant, plus riche.

Elle avait renoncé à ordonner ses fragments. Tels quels éparpillés, en vrac, ils lui offraient le seul accès qu’elle pût jamais avoir à son passé. Par instants seulement, certes, par éclats brefs. » (p. 162)

Bien au-delà de toute considérations sociales et/ou féministes, il s’agit aussi et avant tout de mémoire, de temps, et de vieillesse. Hannah et ses filles se parsèment d’un grand nombre d’éclat de vérité comme celui-ci, de réfléxions sur ce qui nous animent tous de plus en plus au fur et à mesure des années: le passage du temps, si rapidement, et l’oubli, tout aussi rapide.

En tout cas, une belle découverte faite par hasard sur les étagères de mon libraire. Entre Fredriksson et Hustvedt, la littérature suédoise n’a rien à envier, elle mériterait d’ailleurs qu’on s’y arrête un peu plus souvent…


Références: Fredriksson, Marianne. Hannah et ses filles. Paris : J’ai lu, DL 2002. 316 p. Traduit Anna, Hannah och Johanna du suédois par Anna Gibson.

Préface aux échos

En attendant de vous en dire plus un de ces jours à propos de mon troisième roman, Echoes, je vous partage ce qui sera la préface du livre. La dixième version totalement réécrite est en cours de tapuscraphie 😉


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C’est accompagnée d’un café et d’une cigarette que je commence à écrire ces mots, en cette fin d’après-midi au sortir du travail, ce temps de la journée si béni et trop court. Je devrais arrêter la cigarette et le café – et peut-être le travail aussi, celui qui ne concerne pas l’écriture et me vole des heures de concentration et d’énergie inestimables -, assainir un peu ce corps avant de porter un enfant, mais je n’ai jamais la volonté suffisante – pour la cigarette surtout – et je trouve que la vie aujourd’hui impose trop d’interdits pour oser s’appeler encore vie. J’y pense, je me dis que le lendemain, je tenterais de sauter la cigarette du matin qui enclenche toutes les autres et me retrouve pourtant le lendemain matin à rouler ma cigarette en reportant encore au lendemain – si seulement ce qui nous rendait faible ne nous tuait pas ! Tout comme je m’étais promis ce matin de marcher au lieu de prendre le bus pour rentrer à la maison après le travail et que je me retrouve pourtant à attendre le bus et à fixer l’écran aux lumières orange qui décompte les minutes avant son arrivée.

C’est que, bien souvent, plus que la marche qui demande une action physique, prendre le bus me donne l’inspiration, tout comme ce soir où je pensais déjà à ces mots dans le bus en sachant déjà que je ne pourrai pas contrer cette équation naturelle : café, cigarette, écriture.

Et, en écoutant une chanson que j’ai l’habitude de chanter avec A., puis une autre, puis cette autre qui fût pendant une période notre hymne pour nous défouler avec J., cette autre encore me rappelant des scènes de notre vie à deux avec B., une autre faisant revivre des scènes de mon adolescence avec L., et puis celle qui me fait penser à mon frère une guitare à la main, etc., j’ai pensé aussi à ce roman qui me trotte dans la tête depuis des années et à mes deux précédents romans qui dressent le portrait de personnages sombres, souvent malfaisants, toujours désespérés, et comme je veux que ce nouveau roman rende hommage à d’autres types de personnes : des gens comme ces amis auxquels je pense en écoutant mes chansons préférées dans le bus.

Il serait grand temps, me dis-je, de parler un peu de ces gens-là, ceux qui comptent ou ont comptés (mais compterons toujours), et qui parsèment la misère quotidienne ou le lancinement trivial, d’éclats de beauté. Je me dis que nous détruisons beaucoup et nous nous détruisons encore plus, tous autant que nous sommes, mais personne ne peut dire qu’il n’a jamais croisé sur sa route quelqu’un qui, d’une manière ou d’une autre, l’a éclairée et (re)vitalisée. Ils ne le font pas toujours sciemment, ces bonnes gens – c’est ce qui, semble-t-il, rend leurs actes encore plus profonds, cette spontanéité –, ce n’est parfois pas grand-chose, et bien souvent nous ne réalisons leur bienfait qu’à retardement, mais cela ne veut pas dire qu’il faille les oublier.

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C’est justement cet oubli criant qui me donne envie d’écrire ces lignes. J’ai bien souvent, comme tout un chacun, oublié ces éclats de personnes (ces fragments), mais mon travail – le vrai, cette fois – me permet de les faire ressurgir (ces échos infinis), me prenant par surprise. Car j’en passe des heures à me torturer l’âme pour faire sortir sous forme de fictions mon imprégnation du monde, et l’une de mes plus grandes joies concerne ces instants de bienfaits ressurgis de la mémoire pour prêter des mots à la narration en train de se faire sous mes doigts. L’écriture est, la plupart du temps, affaire d’écriture automatique : moins on pense, plus la sincérité se révèle.

Je me demande alors pourquoi il est si difficile de parler de ces gens-là, de ceux qui comptent pour ce qu’ils ont de bon et de faiblesses, en bref d’humanité. Je me rends compte aujourd’hui que je n’ai cessé d’écrire depuis presque vingt ans ces parts d’ombres humaines qui font aussi parties de nous mais n’en sont (fort heureusement) qu’une facette parmi tant d’autres. Je me souviens de l’effroi de mes premiers lecteurs face à mes premiers écrits : « C’est tellement sombre, ce que tu écris ! Tu ne peux pas écrire quelque chose de plus gai ?! ».

En vérité, si j’ai tenté dans ce roman de rendre hommage à la bienveillance des bonnes gens, mon roman, je le sens, n’en est pas moins sombre, mais peut-être un peu plus apaisé. De toute façon, en tant qu’écrivain je me dois de respecter la sincérité d’un texte et donc de représenter les nuances.

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En vérité, ce roman qui traine depuis si longtemps est beaucoup plus difficile à écrire que les précédents (ou en tout cas, d’une autre manière), justement parce qu’il tente de parler de bonnes gens ou qui tentent de l’être autant qu’ils peuvent, et chacun sait que ce n’est pas toujours facile. De nos jours, même dans les films, la droiture du superhéros, autrefois inébranlable, est sans cesse testée et tentée par la malveillance, c’est pourquoi ils n’en sont que plus humains. Personne n’est inébranlable face au mal, il faut même bien souvent l’expérimenter afin de parvenir à être bon parfois, et gagner la seule certitude : à tout instant, l’équilibre peut se rompre.

Voilà peut-être pourquoi j’ai éprouvé le besoin d’écrire sur des personnages malveillants ou désespérés (et lorsque je dis « écrire sur », quiconque se mêle d’écriture sait que cela veut dire « vivre avec ») : être ces personnages le temps de l’écriture, ressentir le plaisir du mal infligé aux autres et à soi. C’était bon, c’était jouissif, je me sentais comme le Joker : euphorique à l’idée de simplement voir le monde brûler, un monde que j’avais créé pour pouvoir le voir brûler.

Alors, bien sûr, c’est difficile aujourd’hui d’écrire sur ceux qui tentent de mettre en œuvre ce qu’ils ont pour éviter que le monde brûle. Avec Echoes, je ne me heurte pas à la difficulté stylistique, pas tant non plus à la fidélité de ce que je rapporte (je ne cherche ni l’exhaustivité ni la représentation figurative) mais à la sincérité de ce qui est furtif, si évanescent, si éparpillé dans la ligne du temps qu’ils se fondent dans la masse compacte des jours tout en parvenant à résonner pour l’éternité.

Mais il reste ça : cet arrière-goût de trop peu et ma frêle capacité d’avoir pris note, en guise d’exemples, de ces petites étincelles de vie qui brillent plus fort que la vie : oh, pas grand-chose, juste ces « petits coups de mains des copains », des échos qui résonneront toujours.

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