Jeu de strates

marcus-dall-col-384256-unsplash
Photo by Marcus Dall Col on Unsplash

Combien de phases d’écriture peut-il y avoir ! Je parle souvent de la phase de premier jet puis de celle de la réécriture mais à l’intérieur même de ces différentes phases : d’innombrables strates. Différentes étapes de premier jet (car tout ne vient pas d’un coup en même temps, arrêts, reprises, entrecoupés par des phases de réécriture morcelées), différentes réécritures (pour la forme, le fond, l’harmonisation, l’appropriation, relecture et ratures pour revenir finalement à la phrase initiale). Je ne sais pas si cela est vrai pour tous les écrivains, je le crois cependant. Peut-être pas tous mais en tout cas ceux qui, comme moi, sont éparpillés et s’assemblent au grè des échos, donc pour beaucoup en vérité.

Publicités

Un critique agacé

brennan-martinez-729517-unsplash
Photo by Brennan Martinez on Unsplash

N. n’est pas parvenu à lire Wish en entier. Il me dit avoir pris le personnage de William en pitié bien qu’il le trouve vide et inintéressant. Le personnage de Lise l’a profondément agacée : elle est égoïste, instable, et ses doutes constants qui ne mènent à rien ! Et son agressivité vis-à-vis des autres et particulièrement de sa propre mère ! Sa virulence quand elle parle de l’enfantement !, me dit-il. Je souris. Je connais très bien les défauts de mes personnages, j’en connais les faiblesses, comme on connaît les faiblesses de ceux qui nous sont proches sans que cela ne nous empêche de les aimer tels qu’ils sont. Je ne sais plus vraiment si j’ai voulu que mes personnages soient ainsi mais je sais qu’ils sont comme ça et que je n’ai plus le droit d’interférer dans leur personnalité.
Automatiquement, je tente de prendre de la distance par rapport à cette critique à chaud. Je commence à savoir qu’il faut toujours tenter de discerner la critique hautement personnelle (un agacement par exemple face à un personnage parce qu’on se reconnaît un peu ou parce qu’on a déjà été victime de ce genre de personne ou pour une multitude de raisons qui ne regardent pas l’écrivain) de la critique constructive qui me permettra de réécrire le roman à la lumière de cet apport objectif ou en tout cas qui m’apporte une nouvelle perception de mon roman.

 

andrew-seaman-597888-unsplash
Photo by Andrew Seaman on Unsplash

Mais je crois que j’ai aussi un peu cherché cette réaction. Ce sourire que me procure la critique de N. n’est pas totalement insouciant. Je voulais qu’on déteste Lise comme elle se déteste elle-même.
Au fil de la conversation, N. mesure un peu plus ses propos et revient sur ce qu’il a dit : William est en fait un personnage intéressant et, en y réfléchissant, il comprend pourquoi il est tant attaché à Lise. Je n’ai pas besoin d’expliquer quoi que ce soit, N. semble tellement perturbé par mon roman qu’il ne sait plus vraiment quoi en penser et il revint encore plusieurs fois, au cours de la soirée, sur ses propos.

 

aditya-siva-212526-unsplash
Photo by Aditya Siva on Unsplash

Pour ma part, je me délecte en silence de voir ces retournements de pensées s’opérer : ce livre que j’ai porté en gestation pendant quatre ans, vient tout simplement d’accoucher, de se lever sur ses frêles jambes encore pour me pointer du doigt en disant : « Maintenant, laisse-moi un peu faire mon chemin tranquille, je suis capable de me défendre tout seul ».

Ecrire pour partager

Ecrire c’est donner une opportunité de parole aux autres, lancer un débat qui retiendra l’attention de ceux qui sont intéressés, tandis que d’autres ne le sont pas. Peu importe : l’important quand on écrit c’est ce désir de partager et d’ouvrir des possibilités, à sa manière et avec ses moyens.

rawpixel-315193-unsplash
Photo by rawpixel on Unsplash

Car « Communiquer est notre principale préoccupation ; la compagnie et l’amitié sont nos principaux plaisirs, et la lecture aussi, non pas pour acquérir de la connaissance, ni pour gagner sa vie, mais pour étendre nos relations au-delà de notre propre époque et de notre propre province. […] Peut-être sommes-nous endormis dans ce monde ; peut-être y en a-t-il un autre, que seuls perçoivent des êtres pourvus d’un sens que nous n’avons pas encore » (Woolf, Virginia. Le Commun des lecteurs, p. 84). Communiquer, pour certains c’est avec la parole. Ce que j’ai trouvé, moi, c’est l’écriture.


Woolf, Virginia. Le Commun des lecteurs. Paris : L’Arche, coll. « Tête-à-tête », impr. 2004, cop. 2004. Traduit de l’anglais The Common reader par Céline Candiard.

Le Shaker, webzine culturel

Cet été, n’oubliez pas de partir avec Le Shaker, un webzine qui ne pèse rien dans vos valises mais vous ouvre beaucoup de portes dans vos esprits.

C’est un webzine dont j’ai eu l’idée il y a deux ans et qui s’est vite enrichi grâce à l’investissement de nombreuses personnes sans lesquelles il n’aurait pu être. Comme d’habitude quand j’ai une idée, Le Shaker c’est le bordel, un cocktail dans lequel trouver une dose de culture (littérature, cinéma, musique, jeux, histoire, société, etc.) à vous injecter sans modération! Des articles courts, des illus magnifiques et une belle mise en page, tout ça fait par nos petites mimines, alors n’hésitez pas à nous lire, nous soutenir, nous partager!

Pour en savoir plus et télécharger les quatre premiers numéros, c’est par ici: https://le-shaker.me/

A venir le 31 juillet: le numéro Germaine Greer!

On n’aime pas toujours ses personnages

J’ai commencé ce matin à taper Echoes. Le tout premier chapitre représente ce que je cherche à faire dans le reste du roman : fluidité, rythme, flux de pensée, découverte progressive et approfondissement progressif des personnages, échos des pensées entres les personnages.

masaaki-komori-627104-unsplash
Photo by Masaaki Komori on Unsplash

Mais j’aperçois déjà le gros problème que va me poser ce roman, un problème que je n’avais pas encore rencontré jusque-là : je trouve mon personnage principal antipathique, dans ce chapitre en tout cas. Elle m’agace à être en rébellion contre tout et tout le monde, elle m’agace dans son besoin de se sentir au-dessus des autres et de juger parce qu’elle-même n’est tout simplement pas bien dans sa peau. Je sais que ce personnage va évoluer et s’ouvrir au fur et à mesure du livre, que c’est d’ailleurs le thème d’Echoes (la transformation) et qu’il faut sans doute en passer par cette phase d’antipathie pour apprécier ce qu’elle devient ensuite. En tant qu’auteur, je dois me confronter à ce nouvel exercice : me mettre dans la tête de quelqu’un que je n’apprécie pas et ne comprends pas, pis qui m’agace ! Et sans essayer de modifier sa personnalité, c’est ainsi qu’elle doit être, du moins au début, et je dois respecter la construction de ce personnage.

ryan-oswick-226997-unsplash
Photo by Ryan Oswick on Unsplash

Je ne dois pas non plus laisser percer mon propre jugement sur ce personnage : il s’agit d’un flux de pensée ce qui exclut que le personnage puisse se juger lui-même avec autant de virulence. Cet exercice devrait être intéressant je pense ! D’autant que Lise tient beaucoup de ce que j’ai pu être à une époque ; c’est sans aucun doute d’ailleurs ce qui me la rend antipathique : personnellement je suis passé à autre chose.

Mais petit à petit, j’ai également l’impression que c’est un autre personnage qui prend la place prépondérante dans ce roman : Anaïs est le personnage clairvoyant, celui qui voit plus loin que tous les autres, qui est à la fois en plein cœur de la vie et en dehors, et je ne cesse pas de penser à elle.

Ecrit le 12 février 2016, lors de l’écriture d’Echoes.