Préface aux échos

En attendant de vous en dire plus un de ces jours à propos de mon troisième roman, Echoes, je vous partage ce qui sera la préface du livre. La dixième version totalement réécrite est en cours de tapuscraphie 😉


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C’est accompagnée d’un café et d’une cigarette que je commence à écrire ces mots, en cette fin d’après-midi au sortir du travail, ce temps de la journée si béni et trop court. Je devrais arrêter la cigarette et le café – et peut-être le travail aussi, celui qui ne concerne pas l’écriture et me vole des heures de concentration et d’énergie inestimables -, assainir un peu ce corps avant de porter un enfant, mais je n’ai jamais la volonté suffisante – pour la cigarette surtout – et je trouve que la vie aujourd’hui impose trop d’interdits pour oser s’appeler encore vie. J’y pense, je me dis que le lendemain, je tenterais de sauter la cigarette du matin qui enclenche toutes les autres et me retrouve pourtant le lendemain matin à rouler ma cigarette en reportant encore au lendemain – si seulement ce qui nous rendait faible ne nous tuait pas ! Tout comme je m’étais promis ce matin de marcher au lieu de prendre le bus pour rentrer à la maison après le travail et que je me retrouve pourtant à attendre le bus et à fixer l’écran aux lumières orange qui décompte les minutes avant son arrivée.

C’est que, bien souvent, plus que la marche qui demande une action physique, prendre le bus me donne l’inspiration, tout comme ce soir où je pensais déjà à ces mots dans le bus en sachant déjà que je ne pourrai pas contrer cette équation naturelle : café, cigarette, écriture.

Et, en écoutant une chanson que j’ai l’habitude de chanter avec A., puis une autre, puis cette autre qui fût pendant une période notre hymne pour nous défouler avec J., cette autre encore me rappelant des scènes de notre vie à deux avec B., une autre faisant revivre des scènes de mon adolescence avec L., et puis celle qui me fait penser à mon frère une guitare à la main, etc., j’ai pensé aussi à ce roman qui me trotte dans la tête depuis des années et à mes deux précédents romans qui dressent le portrait de personnages sombres, souvent malfaisants, toujours désespérés, et comme je veux que ce nouveau roman rende hommage à d’autres types de personnes : des gens comme ces amis auxquels je pense en écoutant mes chansons préférées dans le bus.

Il serait grand temps, me dis-je, de parler un peu de ces gens-là, ceux qui comptent ou ont comptés (mais compterons toujours), et qui parsèment la misère quotidienne ou le lancinement trivial, d’éclats de beauté. Je me dis que nous détruisons beaucoup et nous nous détruisons encore plus, tous autant que nous sommes, mais personne ne peut dire qu’il n’a jamais croisé sur sa route quelqu’un qui, d’une manière ou d’une autre, l’a éclairée et (re)vitalisée. Ils ne le font pas toujours sciemment, ces bonnes gens – c’est ce qui, semble-t-il, rend leurs actes encore plus profonds, cette spontanéité –, ce n’est parfois pas grand-chose, et bien souvent nous ne réalisons leur bienfait qu’à retardement, mais cela ne veut pas dire qu’il faille les oublier.

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C’est justement cet oubli criant qui me donne envie d’écrire ces lignes. J’ai bien souvent, comme tout un chacun, oublié ces éclats de personnes (ces fragments), mais mon travail – le vrai, cette fois – me permet de les faire ressurgir (ces échos infinis), me prenant par surprise. Car j’en passe des heures à me torturer l’âme pour faire sortir sous forme de fictions mon imprégnation du monde, et l’une de mes plus grandes joies concerne ces instants de bienfaits ressurgis de la mémoire pour prêter des mots à la narration en train de se faire sous mes doigts. L’écriture est, la plupart du temps, affaire d’écriture automatique : moins on pense, plus la sincérité se révèle.

Je me demande alors pourquoi il est si difficile de parler de ces gens-là, de ceux qui comptent pour ce qu’ils ont de bon et de faiblesses, en bref d’humanité. Je me rends compte aujourd’hui que je n’ai cessé d’écrire depuis presque vingt ans ces parts d’ombres humaines qui font aussi parties de nous mais n’en sont (fort heureusement) qu’une facette parmi tant d’autres. Je me souviens de l’effroi de mes premiers lecteurs face à mes premiers écrits : « C’est tellement sombre, ce que tu écris ! Tu ne peux pas écrire quelque chose de plus gai ?! ».

En vérité, si j’ai tenté dans ce roman de rendre hommage à la bienveillance des bonnes gens, mon roman, je le sens, n’en est pas moins sombre, mais peut-être un peu plus apaisé. De toute façon, en tant qu’écrivain je me dois de respecter la sincérité d’un texte et donc de représenter les nuances.

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En vérité, ce roman qui traine depuis si longtemps est beaucoup plus difficile à écrire que les précédents (ou en tout cas, d’une autre manière), justement parce qu’il tente de parler de bonnes gens ou qui tentent de l’être autant qu’ils peuvent, et chacun sait que ce n’est pas toujours facile. De nos jours, même dans les films, la droiture du superhéros, autrefois inébranlable, est sans cesse testée et tentée par la malveillance, c’est pourquoi ils n’en sont que plus humains. Personne n’est inébranlable face au mal, il faut même bien souvent l’expérimenter afin de parvenir à être bon parfois, et gagner la seule certitude : à tout instant, l’équilibre peut se rompre.

Voilà peut-être pourquoi j’ai éprouvé le besoin d’écrire sur des personnages malveillants ou désespérés (et lorsque je dis « écrire sur », quiconque se mêle d’écriture sait que cela veut dire « vivre avec ») : être ces personnages le temps de l’écriture, ressentir le plaisir du mal infligé aux autres et à soi. C’était bon, c’était jouissif, je me sentais comme le Joker : euphorique à l’idée de simplement voir le monde brûler, un monde que j’avais créé pour pouvoir le voir brûler.

Alors, bien sûr, c’est difficile aujourd’hui d’écrire sur ceux qui tentent de mettre en œuvre ce qu’ils ont pour éviter que le monde brûle. Avec Echoes, je ne me heurte pas à la difficulté stylistique, pas tant non plus à la fidélité de ce que je rapporte (je ne cherche ni l’exhaustivité ni la représentation figurative) mais à la sincérité de ce qui est furtif, si évanescent, si éparpillé dans la ligne du temps qu’ils se fondent dans la masse compacte des jours tout en parvenant à résonner pour l’éternité.

Mais il reste ça : cet arrière-goût de trop peu et ma frêle capacité d’avoir pris note, en guise d’exemples, de ces petites étincelles de vie qui brillent plus fort que la vie : oh, pas grand-chose, juste ces « petits coups de mains des copains », des échos qui résonneront toujours.

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En cours d’ébullition (13)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

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14 janvier 2015

Je ne prends plus le temps d’écrire autant dans ce journal car je consacre la plupart de mon temps disponible à l’écriture d’Echoes qui est déjà bien entamée. J’avance à pas de géant d’autant plus que, finalement, beaucoup de choses ont déjà été écrites en fragments et nouvelles et que je procède surtout à un assemblage, reliant les différents fragments que j’ai répertorié dans mon classeur. Je crois que je suis en train de mettre en place une nouvelle technique que je n’avais pas encore expérimenté avant ou qui restait esquissée dans Wish.

Dans Wish, en effet, j’ai procédé par fragments qui filent entre eux une histoire et laissent beaucoup de blancs. Les choses sont livrées par instants et flashbacks successifs sans volonté de faire un lien entre les différents fragments. C’est au lecteur d’y faire le lien pour comprendre l’histoire des deux personnages et leur psychologie : Wish révèle plutôt les pourquoi de leurs psychologies mais ne donne pas vraiment de résolutions ou d’explications. C’était, je crois, ma volonté que de faire participer le lecteur de façon active pour que ce soit à lui d’en tirer une analyse.

Pour Echoes, les choses se passent différemment. Tout d’abord, le temps va y être concentré pour ce qui est du présent : le cœur de la narration va se situer sur une période d’un mois avant noël et jusqu’au réveillon inclus. Mais le temps sera pourtant étiré et disparate dans la pensée des personnages (phénomène de résonances) et de ce que nous apprenons, par flashbacks instantanés, sur les personnages, le passé venant perturbé la lisibilité du présent avant que le présent ne soit accepté par les personnages – et représenté également ainsi dans la forme – pour ce qu’il est (partie 3). Echoes est le constat d’une transformation des personnages qui, après avoir observé leur passé et l’avoir compris, parviennent enfin à se trouver un ancrage dans le présent en train, sans entraves, parce qu’ils commencent à se réaliser, trouvent la voie de leur propre transformation continue et surtout acceptent d’être des éléments en constante transformation.

Et pour cela, je mets en place une nouvelle technique (en tout cas pour moi) que je nommerais bien « la narration des fragments en échos ». C’est le fond d’Echoes: les échos fragmentaires entre les personnages qui les aident à se réaliser. Et c’est la forme : le flux de conscience, les échos entre les pensées. Pour cela, j’ai d’abord commencé par toute une réflexion théorique sur l’écho et le fragment dans l’écriture. Ensuite, j’ai eu cette période où j’ai recommencé à écrire ce journal pour – je le réalise maintenant – noter les aspects humains, psychologiques et sociologiques que peuvent prendre les fragments et les échos chez les gens et dans les relations sociales. En d’autres termes, j’ai observé mon entourage en m’attachant à ce qui, pour moi, relève de la théorie des fragments : des instants échangés, la spontanéité, le partage, les échanges, les influences, le présent, la transformation, des autres autour de moi et de moi-même. Auparavant, il y a deux ans, j’avais également connu une longue période pendant laquelle  j’ai eu besoin de capter mes propres échos du passé qui se réverbaient encore en moi sans que je ne puisse les utiliser à bon escient. Ils me hantaient plutôt qu’ils ne m’aidaient. J’ai donc écris des souvenirs, analysé leurs influences sur moi et comment je pouvais alors me créer ma propre histoire, mon propre passé en transformant des éléments figés en des éléments changeants au gré de ma propre transformation. Les souvenirs finalement étaient moins véridiques pour moi que ce que j’en faisais grâce à l’écriture : j’amplifiais certaines choses, en taisais d’autres, laissais les émotions et sentiments imprégner ces souvenirs pour qu’ils correspondent plus à ma psyché, au miroir de mon passé que je voulais voir se refléter lorsque je me regardais dans la glace. En fait, que ce soit en écrivant ou en vivant, on a tous besoin d’avoir une certaine image de son passé, une certaine fantasmagorie qui permette de nous baser sur une fondation qui soit nous et non à partir d’un vide, d’éléments extérieurs dont nous avons été les marionnettes. Enfant, personne n’est réellement maître de ses agissements, de ses pensées, de ses volontés : on est très dépendants à la famille et aux gens qui gravitent dans un environnement que nous n’avons pas choisi. Faire un retour sur son passé en se représentant acteur et non plus spectateur, c’est aussi se donner la confiance en soi nécessaire pour se convaincre que c’est d’abord nous qui nous sommes construit tel que nous sommes aujourd’hui et non les autres, l’hérédité, leurs choix, leurs influences. On sait enfin qui on est et on peut désormais s’ouvrir aux autres, accepter la part d’influence et d’échos fragmentaires qu’ils ont en nous parce que nous, enfin, nous savons vraiment ce qui constitue notre atome et nous n’avons plus peur qu’il s’accroche à d’autres atomes, s’en détache, navigue parmi une nuée d’atomes (des atomes que nous avons cette fois sciemment choisis).

Les fragments de métadiscours sur l’écriture, les fragments d’analyse de mon entourage et les fragments de mon propre passé constituaient alors une masse éparpillée de matière scripturale dont je ne savais que faire. Je pensais à trois projets distincts et de forme différente : un essai, une sorte d’autofiction et un roman. Peu à peu, c’est devenu un essai-fiction pour rassembler mes réflexions sur l’écriture et mon auto-thérapie qui étaient liées sans aucun doute puisque le moi-écrivain s’était construit aussi dans le contexte de ma propre histoire, avait des incidences et des causes dans un jeu d’inter-influences constantes. Mais je ne parvenais pas à me lancer : il manquait quelque chose de représentatif et d’universel, c’était trop autocentré. J’avais écris tout ça parce que j’en avais besoin pour moi, mais quel intérêt d’en faire un livre destiné à des lecteurs ? Ils ne lisent pas pour trouver l’auteur, ils lisent pour se retrouver eux. Si c’était simplement pour moi, autant que ça reste sous une forme de journal de thérapie et de théorie destiné à personne d’autre qu’à moi-même. Et j’ai eu l’idée alors de faire de tous ces fragments un seul et même roman qui serait moi bien sûr mais surtout les autres, et finalement personne en particulier.

Pendant deux mois (et je n’ai pas encore fini), j’ai fouillé mes carnets, mes fichiers, mes notes. J’ai mis tout cela un peu pêle-mêle dans un classeur. Puis, j’ai commencé à créer des personnages et selon ce qui se dégageait d’eux, à classer les fragments du classeur par personnage.

Je commençais à être un peu perdue dans tous ces morceaux qui partaient dans tous les sens. Je ne parvenais pas à trouver une ligne directrice, un fil pouvant passer à travers toutes ces pages et les assembler en un tout logique. Alors, je me suis dit qu’il fallait que je commence à écrire vraiment et que les choses s’éclairciraient d’elles-mêmes. J’avais déjà dans l’idée qu’il fallait que je commence par une de mes nouvelles écrite il y a deux ans. Je commençais d’abord par reprendre les premières phrases et puis le moi-écrivain a pris le relais et a fait lui-même le lien entre ce qui avait été à la base des fragments d’un roman, d’un essai et d’une autofiction. J’ai écris plus de trente pages A4 recto verso en une semaine. J’avais été fatiguée et irascible la semaine de la reprise après les fêtes et là, tout à coup, plus aucune fatigue, j’ai pu écrire pendant cinq heures sans m’arrêter avant de me dire, même pas fatiguée, que je devrais peut-être m’arrêter là pour ce soir, qu’il était tard et que j’étais sans doute fatiguée même si je ne le sentais pas. Je me disais ça mais je ne parvenais pas à m’arrêter pour autant et les mots s’enfilaient et j’entassais les pages : des mots nouveaux que je n’avais pas encore écrit et des mots anciens (de ma nouvelle) que j’intercalais par intuition, sans vraiment me poser de questions. Il y avait juste quelque chose en moi qui me disais : là, il faut que tu mettes tel paragraphe de la nouvelle. Et puis, j’ai finis une phrase et j’ai constaté : « là, c’est tout, je ne sais quoi ajouter d’autre pour cette partie, c’est tout ». et j’ai parcouru mon classeur de fragments rapidement, comme ça, juste pour faire tourner les pages et entendre le frottement plastique des pochettes perforées. Et puis, mon regard a été attiré par un des fragments surlignés et je me suis dis que ça je pourrais l’intégrer dans ce que je venais d’écrire et à tel endroit précisément. Je l’ai fais. Et puis, j’ai repris le classeur depuis le début et me suis arrêtée sur les fragments qui m’interpellaient et pouvaient être intégrés ici ou là. Je n’avais pas besoin de réfléchir, je savais d’instinct qu’il fallait les intégrer dans cette partie et où.

L’ensemble de ce processus, c’est ce que j’appellerai la « narration par fragments en échos ». Je ne sais pas encore si je l’utiliserai pour chaque partie (les parties (le plan) me sont d’ailleurs apparus lorsque j’ai vraiment commencer à écrire Echoes) mais je le crois. Je ne sais pas encore le rendu que cela peut avoir, je préfère pour le moment continuer d’avancer ainsi, au grand pas, à toute vitesse (pour ne pas perdre l’effervescence du premier jet) et je lirais ensuite. De toute façon, il y aura les dizaines et dizaines de réécriture ensuite pour agrémenter tout ça et mettre plus d’ordre. La période du premier jet n’est pas une période dans laquelle on doit autoriser la moindre perturbation et/ou frustration. Il faut avancer et c’est tout, on aura tout le loisir de réfléchir ensuite. C’est une période trop intuitive pour qu’elle puisse être prise avec distance. Il faut préserver une euphorie, un enthousiasme avant de s’auto-critiquer et d’avoir des doutes.

En cours d’ébullition (12)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

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13 janvier 2015

J’ai bel et bien commencé Echoes qui me nourrit beaucoup, même de façon littérale (je mange moins dans ces périodes, à croire que chez moi l’appréciation de la nourriture est toujours significative d’un manque d’écriture, j’avais eu la même chose pour le premier jet de Wish). J’ai commencé par le chapitre sur noël, surtout inspiré et basé sur ma nouvelle Un goût de cendres noëllesques (c’est d’ailleurs ainsi que j’ai nommé ce chapitre), je ne sais pas encore s’il sera destiné à ouvrir le roman. Je ne suis pourtant pas pleinement satisfaite du rendu pour le moment, je tâtonne, je cherche encore le ton que je veux donner au roman et j’attends également de voir ce vers quoi il veut se tourner. Je crois qu’il faudrait que j’essaye de monter une sorte de plan, en tout cas des chapitres, même si je ne suivrais certainement pas le déroulé du plan et qu’il changera sans aucun doute, mais au moins pour me guider. Je vais tenter d’y réfléchir ce matin après avoir écrit ici pour, en rentrant du travail cet après-midi, continuer d’écrire Echoes.

Elle s’atténue cette semaine mais j’ai éprouvée une grande frustration depuis le début de janvier. Je commençais Echoes et ne pense donc plus qu’à ça et les fêtes et le travail m’avaient pris l’énergie nécessaire à ma concentration : la vie entrave l’écriture dans ces moments-là. Et c’est surtout que je n’avais pas envie d’accorder du temps et de l’énergie pour le reste en sachant que j’avais mon roman qui m’attendait et que je ne voulais pas perdre le flux. Mais je commence à trouver le rythme et parviens à agencer tous les fragments de ma vie pour me laisser suffisamment de temps pour la création pure.

En cours d’ébullition (11)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

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7 janvier 2015

J’ai enfin commencé le premier jet d’Echoes hier soir. Je tournais autour depuis trop longtemps (peut-être bien un an en fait), je repoussais l’échéance, ne me croyais pas suffisamment prête, pensais ne pas avoir suffisamment rassemblé les fragments, taillé les personnages, pour pouvoir m’y atteler. Je me frustrais, ne parvenant pas réellement à écrire autre chose si ce n’est quelques nouvelles ou des réécritures.

C’est bon aussi de se frustrer : on engrange de la haine en nous, une excitation ardente, on est à fleur de peau, peut-être alors plus réceptifs aux perturbations extérieures. Ça permet de laisser le temps à la matière qui sera la base du livre de s’agglomérer un peu.

Au début, ce n’est que de la poudre à laquelle, petit à petit, en réfléchissant à ce qu’on va écrire, en stockant des idées et des fragments, on ajoute un peu d’eau de temps en temps pour délayer. Mais au bout d’un moment, il y en a marre d’être patient, la préparation à reposer trop longtemps risque de devenir une boue pâteuse avec des grumeaux ; il faut qu’on y aille d’un coup, qu’on se lance et qu’on ajoute la dernière dose au mélange.

Ensuite, on ne cesse plus de touiller ce mélange jusqu’à ce qu’on estime (que le moi-écrivain estime) qu’on a finit le premier jet. Et lui se met alors en mode repos, il a fait son travail, à nous ensuite de donner corps et esthétisme à ce travail de gros œuvre.

Ainsi, hier soir, je me suis mise à ma table pour continuer de débroussailler mes fiches-personnages. Mais il y avait plein de blancs : bien sûr, me suis-je dit : il y a la base des personnages, un peu de leur essence première que je peux fonder avant de commencer à écrire mais comment décrire quelqu’un plus avant s’il n’a pas encore d’existence propre ? Et, pour qu’il existe, vive, parle, se meuve, il faut bien commencer à écrire, je verrais ce que cela donnera. Il n’est pas bon de trop chercher avant de se mettre à écrire véritablement, c’est comme se noyer dans des théories indépendamment de la pratique, ça ne donne pas grand-chose, on se croit plus intelligent parce qu’on connaît des choses mais ça n’a aucune utilité si c’est juste pour rester dans le monde des idées. C’est bien beau de déblatérer mais où on en est vraiment ?

Et puis, je commençais à m’ennuyer à faire tout ce travail préparatoire (que je vais continuer en parallèle bien sûr, un travail enrichissant l’autre) et c’est mauvais signe quand on se met à s’ennuyer de quelque chose qui nous anime d’habitude avec autant de passion, c’est signe qu’il y a une étape à passer, qu’il faut de l’action, c’est signe que la machine s’emboue. C’est comme le cerveau des personnes âgées : au bout d’un moment de ne plus faire marcher certaines régions du cerveau, la partie se dessèche et meurt. Alors il faut réagir aux premiers signes de faiblesses et remettre de l’huile de graissage.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas jeté un premier jet avec autant de virulence : le poignet avait beau souffrir, je ne m’arrêtais pas. J’avais beau avoir une furieuse envie d’uriner, je ne l’écoutais pas. Il y avait des bruits autour de moi, dans les autres pièces de l’appartement, dehors, à travers la fenêtre en face de mon bureau, je n’entendais pas. Il ne fallait pas être interrompu, il fallait poursuivre sans relâche et laisser les mots se vider.

Au bout d’un certain temps, j’ai remarqué que la main ralentissait, les mots se dessinaient moins vite sur la feuille, les idées fusaient moins dans tous les sens et je n’ai plus su quelle phrase devait venir ensuite. Alors j’ai arrêté et j’ai repris conscience du monde environnant, de la lumière de ma lampe de bureau (ces lampes en verre vert qu’on voit dans les bibliothèques des films américains et qu’on actionne par une chaînette en métal), de sa chaînette qui ne cessait de se balancer de façon régulière et subreptice. J’ai observé la position qu’avait pris mon corps : tordu et normalement inconfortable pour un corps normalement constitué (mais ce qui avait eu lieu ici n’avait rien de normal, c’est extra-normal, en dehors de la normalité), sans que je m’en rende compte.

J’ai déplié les jambes, fait craquer mon dos, ait alors entendu le son de la télé provenant du salon. J’ai refermé le classeur, éteint la lumière derrière moi et ai rejoint le monde réel.

En cours d’ébullition (10)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

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27 décembre 2014

Je sens que la fibre Echoes me presse. Le moi-écrivain est prêt à en démordre et à commencer mais je ne sais pas si j’aurais le temps de me mettre à écrire quelque chose qui demande autant de concentration ces prochains jours, nous partons cet après-midi pour les fêtes de fin d’année. Et pour commencer Echoes, j’aimerais avoir suffisamment de temps et de séances d’écriture quotidienne devant moi pour m’immerger et rendre les personnages vivants.

Je pourrais commencer ce matin mais je n’aurai qu’une heure pour me lancer et serait obligée de m’interrompre dans le feu de l’action pour être propulsée dans la journée dans la vie sociale alors que cette étape de l’écriture demande une certaine distance au monde, un isolement et je voudrais pouvoir à souhait me jeter sur mon carnet pour écrire Echoes chaque fois que je penserais à une nouvelle chose.

Il va sans doute falloir prendre mon mal en patience jusqu’à la première semaine de janvier, une semaine que j’ambitionne calme et disciplinée pour pouvoir écrire. Mais c’est peut-être bien de frustrer encore un peu le monstre. C’est toujours à double tranchant : si je le frustre trop, il risque de s’engouffrer dans sa tanière et de bouder pendant un certain temps.

Mais je sais en tout cas comment commencer Echoes (à part l’incipit que j’écrirais en dernier je pense) et travailler les personnages : le flux de conscience des personnages dans la période de noël. Je vais utiliser Un Goût de cendres noëllesques pour Sybille, le récit du piano sera pour Paul, ce que j’ai écris hier sera pour Lise, il me manque encore Calliope, Hans, Sophie et Sean. Et, de plus en plus familière avec ces personnages, j’entrevois bien ce que pourra être leurs perceptions et ressentis pour noël.

7 janvier 2015

Je continue de rassembler tous les fragments qui constitueront mon nouveau roman et à faire les fiches de mes personnages. Tout cela est très fouillis pour le moment, les idées fusent sans logique dans tous les sens mais je sais en tout cas ce que je veux représenter (la théorie des fragments) et comment (le flux de conscience et les chapitres théoriques de la voix).