#Extrait 49

La vie n’est pas une continuité de moments importants mais une ligne directrice en pointillés dont la direction même n’est jamais certaine, toujours sujette à la transformation. William se perd dans l’espace-temps. Leur histoire est pour lui faite d’autant de pointillés, de ces fragments d’instantanés, de ces scènes précisément gravées dans sa propre ligne du temps qui sont pourtant des fragments constamment intemporels par l’impression d’une continuité globale sur leur ligne du temps commune. C’est difficile à exprimer en mots, William lui-même peine à mettre de l’ordre dans ses pensées. Lise est pour lui une présence continuelle puisque son passé se dessine dans le flou intemporel de leur relation qui ne s’est jamais conjuguée qu’au présent, et pourtant lorsqu’il fait appel à sa mémoire, ce sont ces instants de vie isolés qui le submergent.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Wish you were here

#Extrait 48

Le métro pointe son nez au fond du tunnel. On entend déjà son vacarme, reflet de la société moderne : bruit de ferraille rouillée. Il s’arrête face à moi, dans un crissement abominable. Les gens sont entassés dans les wagons. Je force le passage pour me faire une place : juste quelques centimètres d’existence. Une femme prend deux places à elle seule et me balance sa poitrine informe dans le nez. Une autre – une personne âgée – m’écrase le pied à chaque secousse de l’appareil, puis se raccroche à mon bras pour retrouver l’équilibre, sans même un regard ou un mot d’excuse. Personne ne parle ; quelques-uns se hasardent à chuchoter, le silence prédomine. Des robots.


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#Extrait 47

Sophie se perd dans les rayons de lumière des lampadaires qui lèchent tour à tour le pare-brise. Elle sent qu’elle va pleurer, ici, dans cette voiture, devant lui (mais peut-être ne verrait-il rien dans la pénombre ?). Petite, elle imaginait que c’étaient ces rayons de lumière qui faisaient avancer la voiture en la propulsant de rayon en rayon, comme s’ils se passaient une balle à la chaîne.


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Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Echoes

#Extrait 46

Il est de ces images indélébiles en nos mémoires dont la réalité est si tangible qu’on en vient à se demander : cette scène a-t-elle vraiment eu lieu ? L’ai-je fantasmée ? Est-ce tout simplement une scène vue dans un film et qui, par quelque jeu espiègle de la mémoire, se mêle à mes propres souvenirs ? Et est-il nécessaire d’en connaître l’origine réelle ? Fantasme, rêve, réalité, expérience qui n’aurait jamais été vécue mais peut-être par d’autres et que nous nous serions inconsciemment approprié.


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Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Wish you were here

#Extrait 45

Héloïse ne réagit pas. Elle semble anchylosée par le froid. Le feu de cheminée apporte pourtant toute la chaleur nécessaire. De toute façon, Marthe n’est elle-même pas certaine de comprendre ce qu’elle dit, à force d’années de répétition, le sens ne lui appartient plus tout à fait. Elle est toujours là à répéter sans fin le même discours qui parle pourtant de quelque chose de mouvant. Mais elle est immobile. Et c’est comme si le temps se jouait d’elle comme d’une guigne : elle profère des paroles aspirant à la transformation – pas même à l’évolution, elle n’oserait avoir suffisamment d’orgueil pour porter ses espoirs dans un potentiel progrès, mais en tout cas quelque chose de vivant, d’actif – alors que le temps semble la restreindre à un éternel retour. En parlant de l’éternel retour, Nietzsche disait qu’il faudrait vivre chaque jour de sa vie en sorte qu’on aimerait le revivre éternellement, rendre ainsi chaque jour pleinement conscient de son présent et de sa force existentielle.

L’éternel retour de Marthe semble plutôt la réduire de plus en plus sur elle-même, l’y enferme : faire en sorte que le temps s’y réduise à la stricte nécessité. Le passage trop rapide des jours. La volonté nietzschéenne est brimée chez Marthe par son attachement maladif à la nostalgie : il s’agirait chez elle plutôt d’une spirale que d’un élargissement vers le monde. C’est en tout cas ce dont elle s’est persuadée depuis longtemps.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes