Le Shaker, webzine culturel

C’est avec beaucoup d’émotion (et non sans une certaine fierté) et d’enthousiasme que je vous présente Le Shaker, un webzine dont l’idée a germé il y a un peu moins de deux ans et qui, grâce à l’entraide, au soutien et à la bienveillance des amis, voit enfin le jour aujourd’hui.

Au programme, ça shake, ça s’éparpille, ça part dans tous les sens. Prenant le prétexte d’un auteur et de son univers, on laisse parler les connexions subjectives pour vous partager ce qui nous vient à l’esprit quand on se coltine à tel ou tel univers artistique. Il n’y a donc pas de barrière et on vous parle de tout: ciné, littérature, histoire, société, jeux (de société et vidéo), séries tv, etc…

C’est un webzine tous les deux mois !

Alors, vos missions, si vous les acceptez, c’est de:

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Page de titre-Philip K. Dick
Le Shaker, webzine culturel

Et en ce moment, c’est un numéro autour de K. Dick!

Alors si vous êtes curieux et avides de découvertes, rejoignez-moi sur cet autre projet! (en plus de l’écriture de romans, d’essais et d’articles, oui oui, on chôme pas!) 😀

#Lecture: L’Amérique des écrivains, road trip

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Ce livre est le fruit d’un pari un peu fou, car démesurément ambitieux mais pourtant réalisé, de Pauline Guéna, écrivain, et de Guillaume Binet, photographe : faire le tour des Etats-Unis dans un camping-car avec leurs quatre enfants pour donner des interviews à des écrivains américains et canadiens. C’est une entreprise que bon nombre d’entre nous rêveraient de faire pour des écrivains mais aussi, pourquoi pas, des musiciens, des plasticiens, des cinéastes, etc.

En tout, c’est donc 26 auteurs américains qui se prêtent au jeu et ouvrent leur porte, pour un moment d’intimité dans leur intimité, et réfléchir avec Pauline Guéna aux multiples visages de l’écriture, à l’écriture et la vie, à l’écriture et la lecture, au processus d’écriture, à leur préhistoire d’écrivain.

Certains entretiens plus enrichissants que d’autres, certains auteurs plus appréciables que d’autres, mais tous se livrent avec sincérité. Les interviews s’accompagnent de photographies de paysages et de situations qui viennent rythmer la lecture de ces récits et immerger le lecteur dans le(s) pays (étant bien connu que les Etats-Unis ont autant de visages différents que d’Etats).

Au fur et à mesure que les entretiens s’enchaînent : des leitmotivs semblent révéler une attitude culturelle, américaine. Comme cette idée qu’il faut à un écrivain la volonté d’écrire le meilleur livre possible, répondent-ils quand Pauline Guéna leur demande s’ils pensent aux lecteurs en écrivant. En France, on répondrait plutôt quelque chose du genre : pour faire du mieux que je peux. Ressemblance par contre qui semble être universelle : on n’écrit pas pour les lecteurs, pas réellement, pas pour commencer.

Autre différence que je constate: de nombreux auteurs interviewés considèrent qu’être écrivain est une profession à part entière. Les cours d’écriture, tellement répandus aux Etats-Unis depuis des décennies déjà (et qui commencent tout juste, discrètement, à se mettre en place en France), répondent à cette attitude et au processus créatif (bien que les auteurs interviewés ne soient pas tous des adeptes) : on considère qu’être écrivain, tout comme être médecin, demande une formation.

Il faudrait faire un « France des écrivains » (ahah, une idée qui me tente bien !!) également pour avoir un réel point de comparaison mais au vu des nombreux témoignages, et essais sur l’écriture, français qui sont publiés de nos jours, je fais ce constat qui est selon moi essentiel : en France, à trop vouloir préserver le visage artistique et créatif de l’écriture, n’en oublie-t-on pas qu’il s’agit également d’un savoir-faire, d’un apprentissage et donc d’un artisanat qui, au même titre que le charpentier, doit apprendre les ficelles du métier par le biais d’une formation tout autant que d’une expérience. Cette idée est déjà portée par quelques écrivains français mais bien loin encore d’être effleurée par les professionnels du livre dont l’artisanat (normalement) est de publier des livres et qui prennent bien souvent des allures de comptables.

Ce livre est donc tout à la fois un témoignage social qu’un témoignage sur l’écriture. Et c’est aussi ce qui le rend intéressant : il ne questionne pas seulement le processus créatif mais bien la place de l’écrivain dans la société et permet de confronter les différences culturelles quant à la place de l’Art dans la société. Ce que j’aime chez les écrivains américains, et qui me rend peut-être souvent plus sensible pour leur littérature que pour celle de mon propre pays, c’est cette implication de l’écriture dans la vie : elle n’est pas en-dehors du monde, elle n’est pas artifice et beauté simple, la littérature peut avoir une implication directe dans le monde (à court et long terme), elle est active, elle vit, elle doit être prise en considération dans la marche du monde. Elle n’est pas juste là pour faire tapisserie ou pour divertir.

Ce qui se dégage aussi de ce documentaire, c’est cette valeur essentielle et souvent trop oubliée, que l’écriture relève d’un engagement. C’est d’ailleurs l’une des questions que pose chaque fois Pauline Guéna au cours de ses interviews : Vous considérez-vous comme un auteur engagé ? La plupart répondent par une autre question : Qu’entendez-vous par « engagé » ? Je travaille à vous proposer de voir le monde différemment, à vous aidez à mieux le connaître, n’est-ce pas déjà un énorme engagement ?! Je suis écrivain, je ne suis pas politicien.

Les auteurs interviewés : Gilles Archambault, Margaret Atwood, Russell Banks, John Biguenet, Joseph Boyden, T.C. Boyle, James Lee Burke, Craig Davidson, Patrick deWitt, Jennifer Egan, Richard Ford, James Frey, Ernest J. Gaines, Siri Hustvedt, Laura Kasischke, William Kennedy, Dennis Lehane, Thomas McGuane, Dinaw Mengestu, George Pelecanos, Ron Rash, Joanna Scott, Jane Smiley, David Vann, John Edgar Wideman, Martin Winckler.

Au revoir « Monsieur Proust »

Je viens d’apprendre ce matin le décès du professeur Philippe Chardin, professeur de littérature comparée dont je garde un souvenir ému de ses cours sur Italo Svevo, James Joyce, et surtout surtout Marcel Proust. J’en étais venue à le surnommer « Monsieur Proust » tant il mettait de ferveur et de passion à parler de son idole qu’il a étudié en long et en détail. Ses costumes trois pièces dont le pantalon laissait voir les chaussettes, sa coupe de cheveux au bol, le rapprochaient également de Proust! Mais ce que je garde surtout en mémoire, c’est cette passion, ce sourire fiché sur le visage et ce pétillement dans les yeux lorsqu’il parlait de littérature. Il était aussi écrivain et critique littéraire. Il avait 69 ans.

Petit manuel du droit d’auteur

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J’ai récemment eu la chance de suivre une formation sur le droit d’auteur et voilà quelques semaines que je travaille sur la réalisation d’un petit manuel qui permettrait à tout le monde de s’y retrouver un peu dans ce cadre juridique qui peut parfois paraître labyrinthique mais est finalement assez simple quand on connaît un peu le mécanisme!

Ne faut pas croire que le droit d’auteur ne concerne que les écrivains ou les artistes: tout un chacun, dans sa vie de tous les jours, dans la vie privée comme au travail, est amené à créer !

J’ai tenté de rendre le plus clairement possible les concepts-clés, les notions qui entourent le droit d’auteur tout en essayant de les illustrer par des cas pratiques pour vous donner des exemples précis et diversifiés. N’hésitez pas à faire tourner (selon les conditions creative commons établies dans le document), ça peut être utile pour tout le monde !!

Petit manuel du droit d’auteur en pdf

Ce que vous allez trouver dans le pdf:

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La Solidarité entre écrivains

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Depuis l’avènement et la démocratisation d’internet et du numérique, on entend souvent parler de la mort du livre « tel qu’on l’a connu », ce manifeste écrit par Neil Jomunsi prouve encore une fois (s’il était nécessaire) que le livre n’est pas contingent d’une forme matérielle et/ou commerciale. La définition d’une oeuvre littéraire ne s’attache pas tant au support qui la matérialise qu’à cette notion de « création de l’esprit » qui gouverne par exemple juridiquement le droit d’auteur. Et plus encore, il faut aussi rappeler que la littérature n’a pas toujours été synonyme de solitude et de renfermement, au contraire, depuis le début de son histoire, le livre a été un objet d’échanges, de partages, essentiels dans la vie de tout être: il y eût une époque où le moment de la lecture se faisait à plusieurs rassemblés autour du liseur, des moments également où le livre raconté de bouche à oreille était plus connu que le livre dans sa matérialité. Bref, la littérature est immatérielle et ce n’est donc pas ces nouveaux outils qui vont changer sa face (d’ailleurs, rappelons qu’un outils ne trouve sa finalité que s’il est utilisé par des mains et des esprits humains, ainsi en est-il d’internet et des outils qui en découle! Il est si facile de rejeter le problème sur l’outils plutôt que de mettre en question l’utilisateur!). Ce manifeste est pleinement ancré dans cette conscience et dans des valeurs qui n’ont jamais disparues mais qu’on aurait peut-être parfois tendance à oublier.

Je recopie donc son texte (libre de droit) ci-dessous. N’hésitez pas à faire tourner!


AUTEURS ET AUTRICES LIBRES, INDÉPENDANT·ES ET SOLIDAIRES : MANIFESTE POUR UNE ALTERNATIVE

Dans la continuité du mouvement Nuit Debout dont nous soutenons l’action, nous avons travaillé à l’élaboration d’un manifeste alternatif pour les autrices et auteurs où il serait moins question d’ayants-droit et de lutte contre le piratage que d’unité, de partage, de lutte pour les Communs, d’innovation et de l’urgence d’une reprise en main par les premier·es concerné·es. Le 1er mai symbolise la lutte, mais aussi l’espoir et le renouveau : c’était donc une date parfaite pour publier ce manifeste.

Premiers signataires : Stéphane Gallay, Neil Jomunsi, Thibault de Lambert, Lia Guillaumet, Pouhiou, Loïc Landemayne, Le Greg, Nicolas Ancion, Antoine-Gaël Marquet, Jérôme Verne, Johann Zarca, Frédéric Urbain, Saint Epondyle, Gee, Eloan Kroaz, Val, Yann Kervran, J.E Briffa, Lionel Maurel, Pierre-Carl Langlais, Joachim Séné…
Pour une majorité d’entre nous — auteurs et autrices —, le modèle proposé par les industries culturelles ne fonctionne plus. Pire, ce système censé nous protéger n’a fait qu’aggraver la situation. Prenant acte de celle-ci, il est temps de poser les bases d’une alliance et d’inventer des solutions qu’aucune institution, parti, gouvernement ou industrie ne nous apportera. Car sans une refonte complète, ce n’est pas seulement ce système qui court à sa perte : c’est la création tout entière, et avec elle celles et ceux qui la rendent possible.

1. NOUS CRÉERONS TOUTES ET TOUS

D’une part, nous ne créons pas à partir d’un néant fantasmé, mais en nous hissant sur les épaules de celles et ceux qui nous ont précédés. Les œuvres d’aujourd’hui existent car d’autres ont créé celles d’hier. Cet héritage, nous en sommes les garants. Il est la véritable source de notre inspiration, et nous reconnaissons ce que nous lui devons. Nous affirmons que la perpétuation de cet héritage passe par la mise en valeur du domaine public, du partage entre individus et des communs.

D’autre part, notre savoir-faire n’est plus quelque chose d’exceptionnel ou d’inaccessible : internet, la démocratisation des outils informatiques, audiovisuels, la circulation du savoir et la mise en commun des savoir-faire font que nombreux sont celles et ceux qui aujourd’hui savent donner naissance à des œuvres, qu’elles soient ou non commercialisées. La création se multiplie autour de nous de façon exponentielle, qu’on s’en réjouisse ou non. Indépendamment du succès, de la respectabilité ou des honneurs, nous considérons chaque créateur et chaque créatrice comme légitime, professionnel·le ou non. Nous tirons notre force du collectif et de nos valeurscommunes.

Certains d’entre nous font le choix de faire de la création un métier : nous tentons alors d’en « vivre » dans des conditions impossibles. Nous aimons ce que nous faisons — nous en tirons même une certaine fierté. Pour autant, notre identité de créatrices et de créateurs ne nous affranchit pas des luttes qui animent d’autres corps de métier. Notre combat est celui des ouvriers, des intermittents, des intérimaires et de tous les autres précaires, chômeurs, étudiants, handicapés, personnes âgées et/ou dépendantes. Les aspirations de chacune et de chacun doivent être respectées. Mais quel que soit notre rapport à la création, nous ne nous plaçons pas en-dehors du monde : au contraire, nous y jouons un rôle actif et capital.

2. NOUS NOUS EMPARERONS DES MOYENS DE PRODUCTION

Distribution et diffusion sur internet, livre numérique, matériel audiovisuel et informatique toujours plus performant et toujours moins cher, démocratisation de l’impression à la demande nous autorisent désormais à apprivoiser des moyens de production autrefois réservés aux seules industries culturelles. En conséquence, le nombre de créatrices et de créateurs grimpe en flèche. C’est un fait : la pénurie d’œuvres n’existe pas. Notre besoin de légitimation par des structures pyramidales s’amenuise au profit d’une libre diffusion au public, qui devient seul juge. Mais dès lors, nous sommes considérés comme la matière première d’une industrie où la masse publiée seule génère des bénéfices. Comme toute matière première, celle-ci subit les fluctuations du marché, la loi de l’offre et de la demande. La réappropriation des moyens de production, ou au moins leur apprivoisement, nous place en position de force dans un contexte de lutte systémique : le maillon le moins valorisé de la chaîne peut désormais faire valoir son importance, non plus comme élément d’une masse non-identifiable, mais en tant qu’électron libre et capable. Il est de notre devoir de faire nôtres ces outils, d’en apprendre le fonctionnement, d’en évaluer la portée et la pertinence. Si ces outils demeurent aujourd’hui la propriété de grandes firmes (Amazon, Google, etc), nous devrons travailler à créer nos propres structures, à emprunter nos propres chemins, à lutter contre toute forme d’appropriation.

3. FACE À LA CAPTATION DU DROIT D’AUTEUR PAR LES INDUSTRIES CULTURELLES, NOUS ASPIRERONS À L’AFFIRMATION D’UN DROIT DES AUTEURS

Autrices et auteurs professionnel·les sont confronté·es à un dilemme : à tenter de négocier nos contrats, nous risquons tout simplement de ne plus rien signer du tout. Cela nous oblige à accepter des contrats-types iniques dont seule la « tradition » justifie l’usage (cf. les pourcentages inférieurs versés aux autrices et auteurs pour la jeunesse, par exemple). Les accords récents (reddition des comptes, rémunération des interventions et des dédicaces, etc) vont dans le bon sens, mais ne suffisent pas. Nous devons militer pour imposer une durée d’exploitation limitée dans le temps et éventuellement reconductible. Nous devrions pouvoir conserver nos droits numériques si nous nous estimons capables d’en assurer l’exploitation. Nous devrions aussi pouvoir nous réserver les droits de traduction et d’adaptation audiovisuelle. Le droit des auteurs doit être une arme au service des principaux concernés, et non pas se retourner contre eux : car en cédant tous nos privilèges d’exploitation à des sociétés tierces, le droit d’auteur devient un droit d’éditeur ou d’ayants-droit. De la même manière, les droits des autrices/auteurs et ceux des lectrices/lecteurs ne doivent pas être dissous dans un complexe de « droits voisins » de plus en plus illisible. Le droit des bases de données ou le droit des éditeurs tel qu’il est actuellement envisagé au niveau européen légitime les appropriations indues des créations par les industries culturelles et du web. En conséquence, nous aspirons à l’émergence d’un encadrement légal de la durée et de l’exclusivité des contrats d’édition.

4. NOS ACTIONS ET NOS LUTTES S’APPUIERONT SUR DES PARTENAIRES DE CONFIANCE

Les sociétés d’édition ne sont pas nos ennemies. En revanche, certaines d’entre elles, indépendamment de leur taille, de leur structure ou de leur réputation, ont été dévoyées pour générer un maximum de profits avec un minimum de risque et de rémunération aux concerné·es, ou plus simplement n’ont pas de considération pour le travail des autrices et auteurs. Des allié·es existent pourtant. Nous devons les trouver et les inclure dans nos combats futurs. Éditeurs bien sur, mais aussi libraires, bibliothécaires, imprimeurs, codeurs, hébergeurs, etc, dans la perspective d’une valeur ajoutée patente et mutuelle. Nous travaillerons de concert, tout en gardant à l’esprit que les conditions de rémunération devront être équitables, respectueuses des créateurs·trices et avoir été négociées dans tous les cas au préalable.

5. NOUS REPRENDRONS LA MAIN EN DÉFINISSANT NOUS-MÊMES LES CONDITIONS D’USAGE DE NOS ŒUVRES

Les licences libres et de libre diffusion (comme les Creative Commons) sont aujourd’hui un moyen efficace de contrôler l’usage qui est fait de nos œuvres et d’en définir contours et limitations. Nous devons nous en emparer et les faire nôtres. Même si dans le cadre d’une exploitation conjointe, nous savons qu’il sera difficile d’imposer l’usage d’une telle licence, il n’est pas interdit d’essayer, d’argumenter, de militer. En nous réappropriant les moyens de production, de diffusion et de distribution, et à la seule condition que notre situation personnelle et financière nous le permette, nous pouvons aussi faire le travail nous-mêmes en nous passant de structure tierce.

Nous pensons que le partage —notamment numérique — des œuvres doit non seulement être possible, mais souhaitable : une diffusion large de la culture doit être notre horizon commun. Nous savons ce que nous devons à l’intelligence collective. À nous de lui rendre ce qu’elle nous a donné et de trouver des modèles économiques en adéquation avec cette éthique. Les lois sur le « libre accès »(open access) récemment introduites dans plusieurs pays européens (et bientôt en France) permettent aux chercheurs de republier leurs œuvres sous certaines conditions, indépendamment des restrictions d’usage imposées par les éditeurs. Des dispositions similaires devraient être envisagées pour l’ensemble des créations, des créatrices et des créateurs, afin de favoriser leur indépendance.

6. NOUS DÉFINIRONS UN NOUVEL HORIZON ÉCONOMIQUE ET SOCIAL

On dit que les autrices et auteurs sont individualistes et incapables de se fédérer, mais qui nous a cantonné·es à ce stéréotype ? La stratégie de l’entre-soi ne fonctionne pas : nos rémunérations ne cessent de baisser, suivant la même courbe que celle de la qualité de notre protection sociale. Cette précarisation doit être stoppée. Les lobbys des industries culturelles dissimulent leurs desseins derrière la défense de nos droits et cette hypocrisie est inacceptable. Rien n’a été fait par eux pour endiguer la dégradation de notre situation. Pourquoi dès lors leur faire confiance pour résoudre des problèmes qu’ils ont contribué à créer ?

Nous devons être les instigateurs de ces changements pour trouver de nouveaux modèles. Notre émancipation économique et sociale pourra prendre plusieurs formes : mise en place de coopératives d’entraide, de formation et de soutien artistique et financier entre créatrices/créateurs, création et/ou utilisation de plateformes de crowdfunding et de mécénat (pour une œuvre seule et/ou pour soutenir un.e artiste sur la durée), d’un statut proche de celui des intermittents ou encore d’une licence créative globale ; militer pour la création d’un revenu de base humaniste, social et inconditionnel (qui ne saurait être voué à ancrer un peu plus les inégalités à travers la suppression des allocations, par exemple). Nous sommes tous des créateurs. Nous participons tous à la richesse de nos sociétés.

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Plus qu’un manifeste, cet appel est un constat qui doit nous exhorter à aller de l’avant. Le monde change, nous changeons avec lui, mais l’imagination est de notre coté. À nous de l’utiliser.

Si vous partagez la vision de ce manifeste, nous vous invitons à vous en emparer, à le republier sur vos blogs, sites, réseaux sociaux, et à le faire connaître. Vous pouvez également participer à sa perpétuelle élaboration ici. Chacun·e est bienvenue.

 

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