#Extrait 56

Sortant d’un diner chez Lise, Sophie et Philippe montent dans la voiture d’un même geste à l’unisson pour rentrer chez eux. Ils ne font plus de commentaires, n’ont plus de ces discussions qu’ils pouvaient avoir avant sur le déroulement de la soirée. Sophie se souvient qu’avant ils adoraient refaire le cours de la soirée, poursuivre rien que tous les deux des discussions qui avaient été abandonnées en cours de route. Maintenant, ils ne décrochent plus aucune parole, perdus chacun dans leur mutisme. Ils se laissent happés par le froid de l’hiver pour ne pas avoir à dire les mots qui tournent en boucle dans leurs têtes respectives depuis des mois : c’est fini.

Philippe se contente de lui confier que la soirée l’a ennuyé – mais tout l’ennui à présent ! – et Sophie de répondre : « Ah bon ? ». Ils font ensuite le reste du trajet dans un silence gênant, irritant. Il n’y a jamais eu de silences positifs entre eux de toute façon. Et Philippe a désormais abandonné, il les a laissé tomber. C’est peut-être ce qu’elle attendait depuis des mois. Ça a capoté aussi à cause d’elle, c’est sûr : elle n’est parvenue, dans toutes ces années qu’ils avaient eu en commun, qu’à lui jeter de-ci de-là des morceaux d’elle qui le ravissaient sur le moment, mais le laissaient finalement de plus en plus déprimé lorsqu’il réalisait qu’ils n’étaient que ça : des fragments à jamais épars.

Philippe n’a rien fait de mal, pas vraiment : il n’a tout simplement rien fait, il l’a seulement trop aimée, aveuglement. Mais il ne suffit pas d’aimer, et l’amour en fait dans un couple compte finalement peu. Peut-être ne retrouvera-t-elle jamais quelqu’un d’aussi amoureux d’elle, mais parfois, souvent, ça ne suffit pas.

Aujourd’hui, dans le vrombissement de la voiture silencieuse, elle est pourtant surprise qu’il capitule. Ou serait-ce un masque dissimulant son désespoir pour la laisser enfin prendre la décision d’agir ? Mais Sophie reste là, frigorifiée dans cette voiture qui avance tandis qu’elle-même stagne. Et son groupe préféré chante dans le poste de radio : « Tu parles et je vois ton regard qui ne me regarde pas. Si c’est bien ce que je pense, c’est moi qui danse sur l’air de ton désarroi. Oublie-moi, jette tes rêves aux orties et la peine partira. Oublie-moi, vides ton cœur immense de toutes les larmes que je n’ai pas. Et tu m’oublieras. » (Debout sur le zinc. « Oublie-moi », La Fuite en avant. 2012)


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Echoes

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