Du bénéfice du doute

L’écrivain concentre ce vers quoi j’ai tendu depuis toujours : une ouverture, un bouillonnement, la création. Il est ce vers quoi je tendrais toujours, il me pousse à me surpasser sans cesse, à ne jamais me reposer sur des acquis. En ce sens, c’est en quelque sorte un coach au quotidien qui me pousse sans cesse à voir les choses différemment ; il m’influence forcément : il y a un dialogue constant entre les deux.

Je le considère un peu comme mon « Oh capitaine, mon capitaine », il est celui qui saute sur un bureau pour m’inviter à voir le monde sous un autre angle. Minute, je farfouille un peu dans mon carnet ; ah la voilà !

« Je monte sur mon bureau pour ne pas oublier qu’on doit s’obliger sans cesse à tout regarder sous un angle différent. Dès qu’on croit savoir quelque chose, messieurs, il faut l’observer sous un autre point de vue, même si ça paraît inutile ou bête. Il faut essayer. Quand vous lisez, ne laissez pas l’auteur décider pour vous. Non, c’est à vous de décider. Trouvez votre propre voie. Mais il ne faut pas attendre qu’il soit trop tard, mes amis. Plus vous tarderez, moins votre voix pourra se faire entendre. Thoreau a dit : pour bien des gens, la vie est une lente désespérance, faut pas vous résigner » (Weir, Peter. Le Cercle des poètes disparus).

C’est ça, l’écrivain, c’est celui qui, chaque jour, en toute circonstance, m’oblige à monter sur le bureau.

J’écris pratiquement tous les jours. De la fiction, issue aussi de parcelles déformées de moi. Comme si je voulais échapper à ma totalité, comme si je considérais mes fragments plus importants qu’une totalité, comme si je ne me considérais pas totale. Et finalement, cela me convient mieux que toute autre méthode essayée auparavant, car qu’est-ce que la totalité ? Quel est son intérêt ? Si c’est pour se croire toujours plein, si c’est pour ne plus avoir de buts à atteindre, ne plus avoir de doutes, d’envies, de découvertes potentielles encore, alors non, je ne veux pas de cette totalité.

Je pense à cette phrase de Huston :

« J’en ai fini avec les jamais et les toujours, les tout et les rien. Dorénavant j’embrasserai les mixtures, les choses mitigées, et me contenterai de morceaux de perfection (comme on dit : morceaux de musique) » (Huston, Nancy. Instruments des ténèbres, p. 249).

L’écrivain est l’une des formes d’être la plus libre que je connaisse mais une chose devrait selon moi lui être interdite : la certitude. Se croire détenteur du seul son de cloche valable, oser croire qu’on n’a plus rien à apprendre, penser qu’un livre peut être fini un jour, et qu’on peut le catégoriser; croire à l’extrême c’est être aveugle. La certitude entraîne à l’extrémisme, l’extrémisme entraîne à l’irrespect (de soi, de l’œuvre, de l’autre, ne pas considérer l’autre est un des avatars de la certitude). A sa façon toujours aussi pertinente et frappante, Duras dit : « écrire c’est douter ». C’est aussi ainsi que je veux vivre : dans l’incertitude.

Mes fragments sont aussi des échos qui se répondent en moi et chez d’autres : c’est un jeu joyeux et vivifiant. C’est ne pas se résigner, ne pas rester figé (pétrifié n’est-il pas un synonyme d’ailleurs… ?) quoiqu’il arrive.

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