#Chronique musicale: Saez (2)

Je sais, j’ai déjà écrit une chronique sur Saez dans L’Echo scriptural mais puisque je suis allé voir son concert lors de son passage le week-end dernier, il me semblait important de revenir sur ma chronique précédente pour l’affiner.

Je finissais ma dernière chronique sur une note de regret peut-être, j’avais l’air de dire que la carrière de Saez était en quelques sortes finie, ou en baisse bien que son influence demeure inaltérable parmi les gens de sa génération et des nouvelles. Il faut bien parfois avouer ses erreurs : non, Saez n’est pas fini, et la lutte continue.

Il revient tout aussi révolté que dans ses premiers albums, l’engagement inébranlable. Cet engagement politique et social qui a toujours été la toile de fond de ses préoccupations, qu’on soit ou non aussi engagé que lui, porte à l’admiration et transporte dans un élan de solidarité.

C’est en livrant, le poing levé, un portrait toujours aussi noir de la société, et surtout de la politique, que Saez cherche à faire réagir son public, par les mots mais aussi en utilisant les outils quotidiens pour nous rappeler leur utilité. Le concert de Saez mêle ainsi arts visuels, lecture et musique. Deux longues vidéos viennent ponctuer le concert : une femme filmée dans un clair-obscur magnifique, livre ses sentiments, des fragments de son histoire, des états d’âme, qui prennent rapidement une dimension universelle et nous remue les tripes jusque dans les entrailles. En intermède également, des textes projetés, certes un peu longs mais leur longueur fait aussi parti du message : on ne sait plus lire, il faudrait toujours que tout soit synthétiser au maximum, sauf que la synthèse induit forcément une perte d’information. Alors, qu’à cela ne tienne, Saez a décidé de nous faire lire pendant un concert de rock, et pourquoi pas ? Et qui plus est, un texte à la Charles Bukowski, c’est-à-dire sans majuscules et sans ponctuation : un long poème qui dénonce, qui remue, qui énumère, qui pointe du doigt et accuse.

Ses textes n’ont rien perdu de leur suprême poétique, que ce soit pour les chansons plus rythmées (plus « effet coup de poing ») ou pour les morceaux lyriques qui livrent des ouvertures dans les profondeurs de l’âme humaine et de la bête sociale que nous sommes perdue dans le flot de la bêtise. Saez allie les deux, oscille sans cesse entre le rock bourrin et la mélodie folk. Saez colle à l’actualité sans jamais s’y perdre ; s’il se veut artiste engagé, il n’en oublie pas moins ce qui est essentiel : la poésie de l’humain, sa beauté qui s’appelle solidarité.

« La tournée du manifeste » de Saez est une expérience musicale hors norme, pensée et qui ne lésine pas sur l’énergie dépensée et partagée en toute intimité et en toute sincérité : un peu plus de trois heures et demi de concert, d’une puissance diffuse sans fausse note.

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