#Extrait 27

L’appartement de son père, cet enchevêtrement de petites pièces, ces meubles, ces décorations qu’elle avait elle-même choisies, en femme de la maison, la tasse à café qu’il avait posé sur le bar au lieu de la mettre dans le lave-vaisselle – comme elle lui demandait toujours sans qu’il ne le fasse jamais, comme s’il voulait lui signifier que, de toute façon, elle n’avait que ça à faire-, la soufflerie de la VMC que le disque qui venait de s’arrêter ne couvait plus. Même l’air qu’elle savourait quelques minutes auparavant, tous ces objets insignifiants la renvoyèrent à l’être vide qu’elle aurait pu être sans Will ; elle eut tout à coup l’impression d’étouffer.

Lise finit de débarrasser le petit déjeuner avec rage, claquant les portes de placard, puis courut aux toilettes, se pencher au-dessus de la cuvette brutalement prise de nausées ; c’est en cet instant peut-être, cette fraction de seconde, que Lise passa de l’ombre à la lumière, de l’état de fantôme dans lequel il l’avait contrainte à ce moi réel révélé soudainement dans toute sa nature. Une nature terrifiante – car inconnue, une étrangère avec laquelle peu à peu elle apprenait à communiquer pour mieux la comprendre – au point de se tétaniser dans le couloir, ce matin-là, black-out complet.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments… Ici, c’est un extrait de Wish you were here!

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