« Je suis un vrai bordel »

Je ne me donne jamais un seul projet d’écriture à la fois. J’aurais plutôt tendance à en rajouter toujours plus au grand damne de mon amie S. qui, à chaque fois, me dit : « Ah oui, ça en plus de ça, de ça, de ça…, normal quoi ! » et de B. qui a de plus en plus de mal à suivre mon travail car rien n’est abouti et tout est éparpillé, l’ordre n’est encore que dans ma tête, la plupart du temps… Je fonctionne par fragments.

Barthes dit que « ce choix est alors justifié à la manière gidienne « parce que l’incohérence est préférable à l’ordre qui déforme » (Barthes, Roland. Roland Barthes par Roland Barthes, p. 112).

Dans ma journée de travail, je passe sans cesse d’un projet à l’autre, selon les humeurs, selon l’horaire, la position du soleil peut-être même influe sur ces aspirations ; je danse au milieu de mes divers projets scripturaux, passant d’un bras à l’autre, sans jamais vraiment m’y perdre, en ayanjt toujours à l’esprit que chaque bras appartient de toute manière à l’ensemble de l’édifice. C’est ça : petit à petit, se construit mon édifice. Le travail est d’ ordre multiple : recherches et lectures pour me documenter et/ou m’imprégner d’un sujet, taper les premiers jets pour ensuite les imprimer, les réécrire encore à la main, les retaper, etc., écriture de fragments et de scènes, de mails, préparation d’articles pour le blog, etc., j’en oublie sûrement. J’éparpille, j’éparpille, tant et si bien que j’ai été contrainte de recourir à un carnet de bord, au moins pour suivre les différents travaux en cours et savoir où j’en suis.

Et le motif du fragment intègre même peu à peu la forme de mes écrits : je n’écris rien de continu ou de discursif. « […] je n’arrive pas à écrire une histoire de A à Z. Je ne suis pas un conteur. Je serais incapable de dérouler une histoire. Ce que j’écris, ce sont des mosaïques : il y a des épiphanies, elles s’ajustent entre elles, et font naître quelque chose comme du récit… Il y a toujours du récit, finalement, même dans les épiphanies d’ordre poétique » (Haenel, Yannick. Ecrire, écrire, pourquoi ?).

J’ai besoin de cette effervescence, de cet échange entre tout ça. Je refuse les limites arbitraires. Pour moi (elle ne convient pas à tout le monde), cette méthode de travail est prolixe et enrichissante pour chacun de mes différents projets. Parfois frustrante aussi : ne rien avoir sous les yeux d’arrêter et d’uni, jamais. Avoir sous les yeux des textes qui pourraient ne jamais finir.

Je suis éparpillée. Et, sans avoir vraiment le choix que d’aimer (au moins un peu) ce que l’on est. J’aime la fragmentation, la multiplicité, les échos, les découvertes qui viennent enrichir un tout autre domaine : tout est à la fois indépendant et lié. Echos de fragments. « Je suis pas un, je suis plusieurs. Je suis un vrai bordel » (Klapisch, Cédric. L’Auberge espagnole, 2001).

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