#Lecture: Journal d’un écrivain en pyjama

Journal d’un écrivain en pyjama

J’ai mis quelques pages à entrer dans ce livre, pas parce qu’il ne me plaisait pas (car il faut bien avouer que, dès le départ, je n’ai pu retenir un sourire à la lecture de certains fragments) mais tout simplement parce que j’avais vu sur la couverture Dany Laferrière « de l’Académie française », et que, sauf des contre-exemples qui confirment la règle (Yourcenar et donc Laferrière), je trouve les académiciens souvent pédants. Ils cherchent à imposer des normes qualitatives à un art qui, par essence, vit de liberté et de dérogations à la règle.

Mais c’est aussi un livre qu’on m’a offert et je sais que cette personne est bien loin de la pédanterie, qu’elle est plutôt du genre à mettre les quatre pieds dans le plat, et avec sincérité. Alors j’ai rapidement remballé mes aprioris, tout en me demandant quel besoin avait l’éditeur d’apposer cette indication sur la couverture. Y’a-t-il encore beaucoup de lecteurs pour croire que l’Académie est nécessairement gage de qualité ? Je crois qu’on oublie trop facilement la nature profonde de la littérature, son certificat de survivance : un esprit rebelle. Ceux qui croient que la littérature peut être castrée sont ceux qui ne lisent pas. Comme si la littérature était un domaine dans lequel, pour entrer, il fallait s’essuyer les pieds avant!

Mais j’ai très vite revu mes appréhensions car, au bout de dix pages à peine, il a bien fallu que je me rende à l’évidence : j’avais déjà relevé un bon nombre de citations.

C’est avec sincérité, humour et humilité que Laferrière partage son expérience d’écrivain, une expérience qu’il ancre dans le quotidien et le pragmatique : écrire ne relève pas d’un talent innée mais bien (n’ayons pas peur du mot) d’un travail.

Il y va de ses anecdotes personnelles, de ses constats, toujours avec une certaine ironie, toujours en raccrochant simplement l’écriture à l’essentiel.

 

  • Dis-moi au moins le titre.
  • Notes à un écrivain en pyjama.
  • Donc ton livre ne s’adresse pas à moi.
  • Pourquoi ?
  • Tu parles à un écrivain en pyjama, et je n’en porte pas.
  • Achète-en un si tu tiens à ce point à t’identifier au titre.

Il ne s’attendait pas à une pareille réponse. D’ordinaire, je réponds gentiment aux gens qui me donnent leur point de vue sur mon travail. Faut dire que c’est plus facile pour un livre déjà publié. Mais là, je me sens plus vulnérable.

  • Je connais des écrivains en pyjama qui n’ont pas besoin de tes conseils.
  • Ils n’ont qu’à pas l’acheter.
  • Ton éditeur n’aimera pas ce que tu viens de dire là.
  • Il n’a qu’à pas le publier. On a toujours le choix.

Ce genre de lecteur m’agace. Ils peuvent te retenir longtemps à discuter (à remarquer que leurs questions ne dépassent jamais le titre) pour finalement t’avouer qu’ils ne t’ont jamais lu. Je ne tiens pas à conserver uniquement avec des gens qui m’ont lu, mais il n’est pas dit que je dois subir tous ces bavards qui traînent dans les bureaux de poste et les pharmacies.

(Laferrière, Dany. Journal d’un écrivain en pyjama. Paris : Le livre de poche, DL 2015, cop. 2013., .p. 28)

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