Lecture: City on fire – Garth Risk Hallberg

City on fire

 

A la fin des années 70 dans un New-York perturbé par la criminalité qui dévaste les quartiers du Bronx et de Hell’s Kitchen, un florilège de personnages se croisent ou se sont croisés, consciemment ou inconsciemment, au cours de la décennie : Regan, propulsée héritière de l’entreprise familiale après la disparition de son frère, doit faire face à la crise de l’entreprise tout autant qu’à sa propre crise familiale et personnelle (son divorce, ses doutes, la remise en question de ses choix) ; Keith, son ex-mari tente de comprendre ce qui a amené sa vie à partir en lambeaux ; le frère de Regan, William, qui ne donne plus signe de vie à sa famille et surtout à cette sœur qui fût son alliée pendant un temps, combat ses propres démons après la séparation de son groupe de punk dont il fût le leader ; Mercer, son petit ami délaissé, tente de retrouver son amant disparu ; Charlie, un adolescent en quête de sens, infiltre un groupe de jeunes révolutionnaires qui prennent plaisir à voir la ville flamber ; sa meilleure amie, Samantha, dont il est amoureux, a été retrouvée grièvement blessée dans Central Park le soir de nouvel an, et depuis, dans le coma ; Richard, un journaliste, enquête sur cette agression, tout comme sa vieille connaissance, le commissaire Pulaski . Autour des personnages principaux, d’autres personnages traversent ces pages d’un rythme soutenu, constamment relancé, aux allures d’une enquête policière qui semble intrinsèquement liée à la quête personnelle de chacun des personnages. L’histoire de tous se retrouve peu à peu liée à l’agression de la jeune Samantha.

A chaque page, au gré d’allers-retours incessants entre passé et présent, le lecteur découvre peu à peu ce qui unit ces personnages prenant place dans cette ambiance apocalyptique où les différents fragments de vie semblent converger et se percuter en direction d’une explosion finale, à l’image de la ville. NY en train de brûler est le symbole de cette déperdition personnelle et commune.

Il serait difficile de prêter un genre précis à ce roman et même difficile de parler de roman (dans le sens classique du terme mais plus à la lumière des expérimentations contemporaines qui ont fait du roman le lieu privilégié des expérimentations et des mélanges). « City on fire » mêle le roman historique, noir, contemplatif,… Roman ? Peut-être devrait-on parler d’un dossier de fragments rassemblés à l’attention du lecteur qui est le seul finalement à avoir toutes les pièces en main pour être à même de mener l’enquête : que s’est-il passé ? Pourquoi Samantha a-t-elle été retrouvé dans Central Park blessée par balle le soir du nouvel an ? Quel rôle a joué chacun de ces personnages dans ce crescendo de crise qui ne semble plus avoir de fin possible : toujours plus de gravité, toujours plus de destruction, plus de déperdition.

Ce roman supra-moderne d’Hallberg part dans tous les sens et c’est jouissif : des explosions de vérités à chaque coin de page, des fragments d’indices disséminés çà et là (sous forme d’extraits de journaux intimes, de récits qui ne semblent pas avoir de rapport direct et finissent par prendre sens, de notes, de photos, etc. en forme d’intermédiaires), qui sont autant de pièces à rassembler pour reconstituer progressivement le puzzle qui unit ces personnages.

C’est aussi le NY des années 70, celui qu’on connaît moins peut-être, celui qui a déconstruit la ville avant qu’elle ne prenne le visage qu’elle a aujourd’hui, celui de la culture punk et de la destruction.

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