#Extrait 20

Mon corps était en train de courir, je m’en aperçus tout à coup. Bien que ma raison m’assurât cette finitude, bien que mon esprit commençât déjà à s’avouer vaincu, une part de mon inconscient (cette part peut-être liée à la nostalgie, au regret d’un inachèvement) me poussait à courir après ce train prenant de la vitesse. Après lui. Cet relan de regret en moi ne s’avoua vaincu qu’à l’extrémité du quai, ce point de non-retour achevant définitivement cette histoire fantasque que nous avions créée dans un élan de fuite, dans un besoin désespéré de croire en une autre vie possible. Et je réalisai que mon abattement ne venait pas tant de la fin de notre liaison que d’un brusque retour à la solitude. Ce heurt de la réalité me revint tout à coup en plein visage pour me signifier que j’avais vécu ces années durant dans le fantasme d’une vie impossible. Cette prise de conscience m’abattit : j’avais perdu des années à courir après des chimères, comme j’avais pu courir après ce train, dans une course effrénée pour poursuivre le rêve coûte que coûte. Je me retrouvai ainsi vidée, dépossédée, un fantôme sur ce quai déserté.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

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