#Chroniques musicales : Saez

Compositeur, parolier et écrivain, Saez a toujours été un personnage controversé quoique très peu médiatisé en grande partie parce qu’il préfère rester en dehors de ces  boîtes à débilité sur lesquels il n’hésite pas à cracher, et bien que, au fil des années, le personnage se soit un peu assagit.

En deux albums, Saez est devenu l’un des chefs de file de la jeunesse rebelle des années 2000. La chanson qui le fait connaître, « Jeune et con » (l’une des seules chansons de toute sa carrière à passer à la radio) est un appel explicite et un cri de douleur à l’attention des jeunes de sa génération désespérée, désabusée, un cri arrosé de l’héritage punk du no futur des seventies : « Puisqu’on est jeunes et cons, puisqu’ils sont vieux et fous […], puisqu’on est que des pions, contents d’être à genoux, puisque je sais qu’un jour nous gagnerons à devenir fous ».

Pochette de l'album Jours étranges (1999) - Saez
Pochette de l’album Jours étranges (1999) – Saez

Saez se fait connaître dès la parution de son premier album Jours étranges (1999) qui contient non seulement ce titre mais aussi d’autres cris de détresse sur la déperdition du monde (Sauvez cette étoile), sur l’étouffement adolescent (J’veux m’en aller), la mort (Montée là-haut) ou encore la drogue (Amandine II). Cet album quoique très remarqué par la jeunesse demeure encore assez immature car il s’attache à une perception adolescente du monde et des problèmes du quotidien.

Pochette de l'album God blesse/Katagena (2002) - Saez
Pochette de l’album God blesse/Katagena (2002) – Saez

Ce n’est plus le cas avec son deuxième (double) album, God blesse/Katagena (2002), dans lequel Saez s’attaque avec virulence à l’actualité géopolitique mondiale tel que l’effondrement du World Trade Center (WTC), la politique militaire américaine en Irak (dénoncée dans plusieurs chansons) tout en appelant à la révolte (Solutions) et au désespoir (Les condamnés). La musicalité, elle, passe de très rock dans Jours étranges à un mélange de rock, pop, électro, musique classique baroque, c’est selon les chansons et les thématiques. Cet album offre d’ailleurs quelques très belles pistes instrumentales sous forme d’envolées lyriques poussant le morbide à l’extrême. God blesse/Katagena est sans aucun doute l’album le plus sombre de Saez, non seulement par les thématiques mais aussi par l’instrumental qui ne semble pas connaître de limite aux profondeurs de la neurasthénie et du désespoir (ne pas écouter quand on a un coup de mou donc !). C’est avec cet album aussi que Damien déclenche l’un de ses premiers scandales : le titre Sexe qui parle de pratiques sadomasochistes ainsi que son clip non moins sulfureux et censuré à sa parution.

Ces deux albums posent les bases de l’univers de Saez oscillant entre constats alarmants sur le monde contemporain, désespoir, poésie et considérations sur l’humain ; le recueil A ton nom (2001) qui rassemble certains textes de ses chansons et des pensées que Saez livre en toute humilité, achève d’en placer les jalons.

Au lendemain de l’élection présidentielle de 2002 qui voit arriver le FN au second tour, Saez diffuse une chanson écrite et enregistrée en dix heures dans un élan de rage et d’écœurement, intitulée Fils de France, une accusation qui ne mâche pas ses mots afin de faire réagir la population : « Fils de France, ça pour baisser la tête, ah oui, ça t’aime bien les minutes de silence. […] Au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois ». De toute sa carrière, Saez colle toujours de près à l’actualité de son temps. De même en 2008, dans son triple album, Varsovie – Alhambra – Paris, Saez ouvre l’album intitulé à juste titre Paris, avec un nouvel appel à la jeunesse : Jeunesse léve-toi. Ses paroles avant-gardistes ne sont pas sans résonnances claires avec les événements de novembre 2015 mais avec un espoir peut-être : « Puisqu’ici, il faut faire des bilans et du chiffre, sont nos amours toujours au bord du précipice. N’entends-tu pas ce soir chanter le chant des morts, ne vois-tu pas le ciel à la portée des doigts ? Jeunesse, léve-toi. […] Moi, contre ton épaule, je repars à la lutte, contre les gravités qui nous mène à la chute, pour faire du bruit encore à réveiller les morts, pour redonner éclat à l’émeraude en toi ».

Les albums suivants, à raison d’un album tous les deux ans environ, poursuivent cette lancée pour laisser place à un sondage dans les profondeurs du quotidien : perte de l’amour, abandons multiples, fuite dans la drogue ou l’alcool, etc. Saez vieillit avec la génération qui l’a vue naître et s’intéresse ainsi aux détails de la prose quotidienne aidé par un regard toujours aussi aiguisé que dans la vingtaine mais avec une certaine forme de sagesse et de distance, et souvent des textes de plus en plus narratifs.

Pochette de l'album Debbie (2004) - Saez
Pochette de l’album Debbie (2004) – Saez

L’album Debbie (2004) notamment dresse une farandole de personnages mis en scène dans une ambiance urbaine by night, nuances de clair-obscur, de déboires sentimentaux et d’aspiration à l’élévation spirituelle à travers l’ivresse et la déchéance des corps.

En 2008, Saez signe un triple album entièrement acoustique Varsovie – Alhambra – Paris qui rend hommage à la prose française d’un Brel, d’un Brassens, d’un Ferré dans la plus pure tradition. Avec cet album, l’instrumentation devient plus mélodieuse, contrebalancée toujours par la voix éraillée et vibrante de l’auteur.

Avec J’accuse (2010), dont le titre rend hommage au pamphlet de Zola, Saez défraie encore une fois la chronique avec la pochette de l’album : une femme nue lascivement assise dans un caddie. Une telle image choque la ligue féministe, bizarre qu’elles ne s’attaquent pas plus souvent aux rappeurs et aux kékés du dancefloor, à contrario… hum no comment !

Pochette de l'album J'accuse (2010) - Saez
Pochette de l’album J’accuse (2010) – Saez

Mais à partir de juillet 2016 et pour un an très exactement, Saez sort de sa taverne de trois ans de silence pour lancer une grande tournée intitulée « Le manifeste », mêlant arts vidéos, textes projetés et musique, un manifeste s’écrivant au fil de la tourné: une date de concert sera un chapitre du manifeste… Affaire à suivre…

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