#chroniques musicales: Serge Gainsbourg

S’il fallait citer un seul artiste français qui soit vraiment rock’n roll, ce serait Serge Gainsbourg, non pas pour des riffs débridés ou des rythmes déchaînés, mais parce que Serge Gainsbourg a toujours eu une attitude de rebelle et parce qu’il a écrit parmi les plus beaux textes de la chanson française, sans tabou, sans peur des conventions. Et aussi parce qu’avoir une attitude rebelle ne suffit pas pour se démarquer, Serge ne semblait pas vouloir « faire son rebelle » à tout prix, se donner un style dirons d’autres, mais il était tout simplement hors norme, parce qu’il voyait loin, profondément et savait creuser l’âme humaine tout autant que la société avec des textes et un univers musical visionnaires. Oui, c’est vrai, il a brûlé un billet de 500 dollars sur un plateau télé de TF1, il a annoncé ouvertement à Withney Houston qu’il voulait la baiser, mais Serge fût aussi l’artiste écorché, profondément aussi marqué que ce qu’il pouvait chanter dans ses chansons ou que ce personnage, véritable Mister Hyde du Docteur Jekyll qu’il s’est crée à partir des années 80, autant pour y sombrer que pour se protéger des détracteurs qui trouvent toujours à redire quand une plume est révolutionnaire.

Lucien Ginsburg né en 1928 à Paris d’un père pianiste et d’une mère soprano. Jusqu’à trente ans, Lucien vit de petits boulots avant d’avoir une révélation lorsqu’il découvre Boris Vian, compositeur, parolier et interprète de textes provocants et décalés. En 1954, il devient crooner dans des pianos-bars et des cabarets parisiens. En 1958, il sort son premier succès « Le Poinçonneur des Lilas », un échec commercial pourtant.

Au début des années 60, à l’époque des yé-yés avec lesquels Serge ne se trouve pas beaucoup de points d’accroche, c’est sa période « Rive gauche » et une collaboration mémorable avec Juliette Gréco, qui trouve son apogée avec la parution de « La Javanaise ». Mêlant les influences de la chanson française de l’époque mais empruntant surtout au jazz et à la java, Serge Gainsbourg a toujours expérimenté différents styles musicaux et n’a jamais été fermé aux influences diverses (reggae, java, folk, chanson française, jazz, blues, rock,…), Gainsbourg est un cosmopolite.

Grâce à la chanson provocatrice qu’il écrit pour France Gall (« Les sucettes à l’anis ») pour l’Eurovision, Gainsbourg commence à se faire connaître mais restera toujours en marge de la chanson française bien pensante et trop collé-serrée pour lui. En 1967, début une grande passion amoureuse avec Brigitte Bardot qui fera écrire à Serge parmi ses chansons les plus connues : « Initials BB », « Bonnie & Clyde », « Harley Davidson »… Serge est aussi un homme à femmes, outre Brigitte Bardot, il en attirera beaucoup dans son lit et en fera toutes des muses à l’autel de son art, mais celle qui a sans doute le plus marqué sa vie est Jane Birkin, rencontrée sur le tournage de Slogan (Pierre Grimblat, 1968), film pour lequel il compose la musique.

Envolée créative alors dans la carrière de Serge qui signe ses meilleurs albums : La Ballade de Melody Nelson (1971), Vu de l’extérieur (1973), Rock around the bunker (1975) et L’Homme à tête de chou (1976). Serge Gainsbourg signe des chansons sulfureuses qui déchaînent les critiques, avec des paroles comme « Je vais et je viens entre tes reins et je me retiens », on peut difficilement faire plus explicite. En 1973, victime d’une crise cardiaque (car belle chaire va de pair avec excès divers), il annonce qu’il décide d’être encore plus excessif. En 1976 et 1979, il sort « Charlotte for ever » (sur l’inceste, chantée avec sa fille Charlotte) et une reprise reggae de « La Marseillaise » qui font couler beaucoup d’encre dans une France encore puritaine et accrochée à ses valeurs nationales.

Dans les années 80, Gainsbourg s’enfonce encore plus profondément dans l’alcool, Jane Birkin le quitte, et il crée son alter ego sombre, Gainsbarre. Il écrit sans doute ses chansons les plus sombres. Ses dernières apparitions sur scène le montrent comme un homme détruit tant par les abus que par la vie elle-même qu’il a toujours considéré dans ses recoins les plus noirs mais aussi les plus humains. Il meurt d’une crise cardiaque en 1991, avant d’avoir eu le temps d’enregistrer un nouvel album blues qu’il avait prévu de faire à la Nouvelle Orléans.

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