Du classement: une méthode scripturale

AWI-core-archive_hg

En lisant cet article de Cannibale Claro publié sur son blog, je me fais la réflexion peut-être inverse à la sienne et me dit qu’après tout les différentes techniques, méthodes de travail et fonctionnement que chaque écrivain choisit (ou est choisi par elles) sont des items très révélateurs non seulement sur les livres qu’il écrit (ou va écrire) vraiment (ceux qui n’auront pas été mis au feu par Claro!) mais aussi sur la pluralité des facettes que peut revêtir l’écriture.

Depuis très longtemps, ma méthode personnelle va plutôt à l’archivage et au stockage systématique. Depuis que j’ai commencé à écrire des carnets intimes (le premier remonte à 2001), je garde tout ce que je peux écrire, que ce soit sur des feuilles volantes, dans des carnets, dans des cahiers de cours du lycée, les correspondances écrites et par mail…etc. Autant dire que la malle qui me sert de lieu de stockage est depuis longtemps pleine à craquer et que j’éparpille de plus en plus les boîtes d’archivage à travers l’appartement. Mais je suis toujours partie du principe que si une chose a été écrite, c’est qu’elle aura un jour ou l’autre son utilité, qu’elle trouvera son moyen d’expression, et je me dis également qu’il est toujours intéressant pour un artiste en général de se pencher à nouveau sur les prémices ou les productions qu’il a pu faire non seulement pour voir le chemin parcouru mais aussi sa cohérence dans tout l’édifice artistique qu’il ne cessera jamais de construire tout au long de sa vie.

Il m’est d’ailleurs souvent arrivée de retrouver (lors de ces périodes – nostalgiques? diacritiques? – où je m’assois en tailleur devant cette malle pour farfouiller sans but précis) des fragments que j’ai pu alors utiliser dans mes projets en cours ou pour agrémenter des idées émergentes (car je remarque que je farfouille souvent lorsque j’entame un nouveau projet d’écriture ou lorsque je cale et cherche des impulsions). Cela tient aussi à ma technique du fragment qui me permet de réhabiliter d’anciens écrits et leur donner une place dans un livre (cela permet également une certaine polyphonie du style narratif puisque ces fragments écrits il y a des années n’ont pas le même style ou la même substance que ce que j’écris aujourd’hui et que ce que j’écrirai demain).

Il y a d’ailleurs peut-être un ans, lors d’une de mes fouilles, j’ai eu envie de reprendre tout ce que j’ai pu écrire depuis plus de quinze ans et j’ai entrepris la tâche de tout taper pour pouvoir archiver ensuite les différents fichiers sur mon serveur. Je viens seulement de finir même si cela va sans dire que c’est une tâche sans fin puisque sans cesse de nouveaux écrits manuscrits viennent achalander ma malle. Oui, l’ampleur de la tâche est peut-être fastidieuse et chronophage mais pas pour autant inutile puisque j’ai un stock de textes encore orphelins qui attendent le jour de leur réalisation mais aussi parce que ce travail m’a permis de tracer mon parcours d’écrivain, depuis sa préhistoire jusqu’à la mise en pratique et à l’enrichissement. J’ai pu comprendre comment tout cela s’est assembler, voir les influences diverses, avoir conscience de la construction depuis sa base et cela me permet de cibler mieux les fragments qui constituent mon univers tout autant que de réaliser qu’ils étaient là, en latence, depuis le début. C’est assister à une transformation, à une élaboration et l’aider à devenir de plus en plus fine et précise: se connaître, connaître l’autre (l’écrivain) pour mieux communiquer et apprendre de ses expérimentations. D’autant que dans les carnets intimes (et c’est le propre de ce genre), il n’y a pas de prise de distance, tout y est jeté pèle-mêle.

Je parlais l’autre jour d’éparpillement mais peut-être que cette méthode tient également du fait de mon caractère (parfois seulement!) assez obsessionnel: je ne pourrais me résoudre à jeter le contenu de ma malle même si tout est maintenant stocker également de façon électronique, mais tout comme les lecteurs acharnés ne cessent de répéter: « oui, mais ce n’est pas pareil! », je ne pourrais m’y résoudre car replonger dans les odeurs et les ratures, c’est aussi porter le regard dans les profondeurs et ne pas oublier ce que l’on est et comment on l’est devenu.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s