Film: La Fille sur le pont

Découverte de ce film magnifique hier seulement alors qu’une amie m’avait partagé cet extrait il y a peut-être plus de deux en me disant que cela lui faisait penser à mes fantômes, lorsqu’elle était en train elle-même de créer de illustrations pour Fantômes qui était encore à l’état de recueil. Mais tout comme ce film raconte une rencontre, il fallait attendre le moment opportun (kaïros) pour que je le vois enfin car ma rencontre de ce film ne pouvait pas mieux arriver qu’en ce moment où je me prépare à la première réécriture de mon roman Fantômes.

Une certaine fascination personnellement pour ce thème de la rencontre tellement fragile et circonstanciels que lorsqu’elle advient, la puissance en est d’autant plus intense que sa particularité et sa rareté, car une rencontre est aussi synonyme d’une transformation essentielle et existentielle. Ce film me permet de réfléchir à Fantômes dont la substance est résumée en quelques mots et une image à la fin de ce monologue: « Ce qu’il y a devant moi, j’ai l’impression que c’est comme une salle d’attente, dans une grande gare, avec des bancs, des courants d’air, et derrière les vitres des tas de gens qui passent à vive allure. Sans me voir. Ils sont pressés, ils prennent des trains, ou des taxis, ils ont quelque part où aller, quelqu’un à retrouver. Et moi je reste assise là, j’attends ». Car Fantômes dresse le portrait croisé de personnages en attente, des personnages qui ont pris peur face à l’accumulation de mauvaises rencontres et qui ne se sont pas encore rencontrés eux-mêmes dans leur tentative avortée de prendre part à la vie. Ils sont donc là, en attente, immobiles, ressassent les mêmes idées, les mêmes cycles inlassablement. Et je me demande alors: qu’est-ce qui pourrait briser ce cercle? En regardant ce film hier, j’ai compris: une rencontre, Fantômes est l’histoire d’une rencontre…

Je découvre cela ce matin avec une certaine extase, de cette forme d’extase incomparable qui se déroule dans la tête d’un écrivain lorsqu’il découvre tout à coup la portée existentielle de ce roman qu’il est en train de travailler depuis des années sans être parvenu, jusqu’à ce jour, à comprendre ce que le roman avait à dire. Ce sont ces extases qui rendent, pour un écrivain, l’écriture plus intense que la vie elle-même, une forme de toute puissance, une action sur la vie qu’il ne pourrait avoir dans la réalité (parce qu’il en est empêché par la raison ou parce qu’il manque tout simplement de volonté dans cette réalité alors qu’il en a pourtant une quantité infinie à porter de plume). C’est une histoire qui dure depuis plus de dix ans avec, ces fantômes et moi, plus de dix ans pour parvenir enfin à un nouveau niveau de compréhension, comme s’ils avaient chercher à me parler depuis toutes ces années et que c’est seulement maintenant que je les écoute enfin.

Je n’en dirais pas plus, ce serait violer l’intimité encore si fragile de Fantômes qui se construit peu à peu au fil des fragments et des rencontres…

Une pensée toute particulière à ma Lus, toi dont les échos se répercutent sans cesse à travers les années, toi que je rencontre souvent aussi au hasard des rues, toi que j’appelais, à bon escient, pendant l’adolescence, « mon étoile »…

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