D’une expérience éditoriale

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Sous ce titre un peu pompeux, je voudrais partager avec les lecteurs de ce blog et notamment ceux dont j’ai déjà pu avoir quelques retours à propos de leur propre aspiration à l’écriture et à l’édition.

Au début, on écrit uniquement pour soi, parce qu’on ressent un élan et qu’on se lance sans réellement chercher un sens ou un but défini; et lorsque de là, sort quelque chose, qu’on commence à vouloir le partager, on se confronte alors à la difficulté de ce qu’est l’écriture. L’écriture n’est pas en soit quelque chose de difficile si on accepte qu’elle creuse en nous à la petite cuillère comme bon lui sied et qu’elle écorche de notre peau des éléments que nous n’avions pas même perçu avant de les retrouver noir sur blanc détachés de nous finalement avant même d’avoir été compris, pour ne plus nous appartenir mais entrer dans le monde d’un langage humain.

A partir d’un certain moment, avec l’âge peut-être aussi, et parce qu’on passe tellement d’heures enfermés à griffonner du papier ou à taper sur un clavier, parce que, en d’autres termes, un écrivain n’a pas grand chose à raconter de sa vie si ce n’est son écriture (toutes ces heures où on ne fait physiquement rien mais où des mondes se créent sous nos doigts et qui ne feront jamais parti du monde palpable), on se met en quête d’une certaine légitimité: après tout, revendiquer son écriture, c’est revendiquer son existence, puisque c’est ce qu’on est, on est écrivain. Une fois ce constat fait et suffisamment de force rassemblée en soi pour affronter le regard des autres, on a envie de le partager, d’avoir des retours, de savoir si on ne passe pas la moitié, voir plus, de sa vie humaine à créer des univers qui ne sont valables que pour nous. On partage à l’entourage proche, puis un peu plus large, on reçoit des encouragements et on apprend que les critiques nous font tout autant avancer que les encouragements nous apportent la confiance nécessaire à la poursuite de notre entreprise. Et on se dit qu’il serait bon aussi d’avoir des retours de professionnels de la lecture: les éditeurs.

Depuis quelques temps, je suis en relation avec quelques maisons d’édition assez différentes ou des lieux de partage permettant d’avoir des échanges au sein d’une communauté d’inconnus, des inconnus qui sont donc encore moins scrupuleux à nous apporter une critique, critique peut-être moins bouleversante justement par cet anonymat. J’ai pu publié des nouvelles dans une revue et sur un site éditorial et bien que assez perturbante, cette expérience a été formatrice et m’a permit de me faire une première idée du milieu éditorial. On rencontre tout autant de personnes bienveillantes, altruistes ou peu scrupuleuses que dans la vie. Et, il y a quelques temps, j’ai pu avoir affaire à cette approche éditoriale réputée: celui de l’éditeur peu respectueux de l’auteur et qui a tendance à se faire une idée étriquée du lecteur.

Je proposais trois nouvelles qui toutes ont du faire l’objet de longues négociations pour modifications, relectures, réécritures, ce à quoi je m’attendais et qui ne m’a pas perturbée plus que cela avant que je ne découvre que, au sein des corrections qui étaient soi-disant proposées en couleur dans mon texte, d’autres tentaient de passer inaperçues. Il n’y avait aucune marque de correction ni de propositions explicitement montrées mais elles étaient restées en noir dans le texte comme si l’éditeur n’était pas intervenu à ces endroits. Mais au fur et à mesure, quelque chose me gênait dans la relecture de mon texte et je commençais à croire que je ne me connaissais plus: c’est que même dans le texte en noir (celui qui n’était donc pas sensé avoir été modifié ou corriger par l’éditeur), il y avait eu des modifications et je me surprenais à la lecture à me dire: « C’est bizarre, j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui ai écris ça et que ça sonne mal ». Je découvrais donc qu’il y avait eu des modifications dans mon texte sans qu’on m’ait consulté et que l’éditeur s’était sans aucun doute dit que si je faisais une lecture rapide, cela ne me sauterais pas aux yeux. Hors, je ne me reconnaissais même plus dans ce qui était écrit et qui plus est cela ne sonnait plus du tout comme j’avais voulu l’écrire. Je n’avais pas l’orgueil de croire que mon texte était parfait et publiable en l’état mais de là à le laisser modifier allégrement par un autre au point que je ne le reconnaisse plus et que sa lecture m’ennuie! Je refusais donc les modifications et l’éditeur (avec lequel aucun contrat n’était signé, la nouvelle devant être librement publiée sur le site donc sans contrat) m’informa que si je n’acceptais pas les dernières modifications, il ne publierait pas. Je comprenais son point de vue: il tentait d’adapter ma nouvelle à son lectorat et remplaçait donc ce qu’il estimait être des passages un peu plus complexes. Je refusais donc la publication en me disant qu’on a beau être un « jeune auteur« , on en est pas moins soi-même âpte à savoir s’il faut ou non simplifier un texte (comme si le lecteur n’était pas capable de comprendre quelque chose d’un peu plus complexe!). Je refusais de publier ma nouvelle réduite aux simples phrases qu’on a l’habitude de lire partout, en bref dédiées plus au sens qu’à la forme, et aux éléments factuels de l’histoire.

Si j’écris cet article aujourd’hui, ce n’est pas pour attaquer l’éditeur ou me plaindre mais pour prévenir les jeunes auteurs qui, comme moi, pourraient perdre tout à coup confiance en soi et en ses écrits face à un professionnel. Ce n’est pas parce qu’il est « professionnel » (c’est-à-dire rémunéré pour son activité contrairement à vous) qu’il a tout pouvoir sur votre création: elle finit d’ailleurs par ne plus être votre création, ne plus avoir cette patte personnelle qui vous différencie de tout ce qui peut être publié sur le site de l’éditeur: s’il veut se mettre à écrire grand bien lui fasse, il peut écrire ses propres phrases mais pas modifier à son image les vôtres; il ne faut pas oublier que notre texte, une fois écrit va pouvoir prendre en considération toutes les critiques et remarques afin de pouvoir être transformé et amélioré mais bien avoir conscience de ses forces et de ses faiblesses et effectuer soi-même les transformations. En tant qu’écrivain, il faut savoir se remettre en question et avancer grâce au doute mais savoir aussi ce qu’on vaut et défendre ce qu’on écrit. On sait mieux que quiconque les forces et les faiblesses de nos écrits, les critiques, remarques et propositions, nous permettent justement à nous aider à les déterminer, le reste nous appartient. En bref, être ouvert aux critiques: oui bien sûr, et les prendre en considération mais pas abandonner votre texte qui a encore besoin de vous: savez lui faire confiance et vous faire confiance; déterminez ce qui relève d’une édition ou d’une réécriture et ne laissez pas vos bébés à la portée de n’importe qui, vous êtes tout aussi légitime qu’un éditeur! Et sachez aussi que d’autres éditeurs effectueront un réel travail d’édition et de conseil avec vous, dans le respect mutuel et le dialogue (!), que si ce n’est pas le cas, on peut toujours passer son chemin!

 

2 réflexions au sujet de “D’une expérience éditoriale”

  1. Nous sommes dans un pays fort heureusement encore libre et chacun a le droit de s exprimer sans crainte et penser librement. les ecrits sont le reflet de la liberte de penser et de s exprimer de leurs auteurs. Chacun est libre de corriger ou modifier les textes des ecrivains mais cet acte modifie leur pensee. Fort heureusement., les ecrivains ont encore la liberte de choisir leur editeurs mais mieux vaut ne pas en avoir que de publier sous les griffes de gens peux scrupuleux et manipulateurs.

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    1. Exactement! Merci pour ce commentaire. En effet, la création est encore une des dernières choses libres, il ne s’agirait pas de l’oublier ou de céder de l’espace à ce libre-arbitre, la création sous crochets n’est plus création.

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