Dérails #l’intégrale

Dérails #01

Etienne, quai n°3, sur un banc

Gare de Tours. 1h35. Une fille à la tignasse cuivrée imposante. Un train pour un autre pays. Une autre ville, dans quelques heures. Café ouvert dans cinq heures. Je regarde, à travers les longues baies vitrées une ville qui s’écoule sans moi. Par delà les grilles de la brasserie, je scrute de faibles lumières éclairant les fantômes des clients de passage. La fille aux cheveux électriques s’est assise sur le banc d’en face et me regarde attentivement : vie somnambule résonnant dans mon crâne, jour et nuit, pas de réponse, pas d’écho. Solitude hyperbolique au cœur de la ville grouillante. Je suis hypnotisé par les lueurs faiblardes des lampadaires jalonnant les quais.

 

Dérails #02

Erika, quai n°4, sur un banc

Je l’observe depuis trois minutes. Ma sensation d’étrangeté face à cet homme s’intensifie – mais qui n’est pas étrange dans une gare ? Et particulièrement à cette heure de la nuit ? Néanmoins, son visage ne m’est pas indifférent. Je prends le train pour Lyon dans deux heures. Partir loin d’ici, c’est tout ce que je veux : m’enfuir comme toujours, d’une vie à une autre. Je croyais pourtant que cette fois, ça marcherait, que c’était Lui. Enchevêtrement d’erreurs. Et voilà que vingt-six ans ont passé sans événement tangible. Je me retrouve toujours là, assise dans une gare à attendre un ailleurs qui ne me sauvera pas.

 

Dérails #03

Harry, place 53, voiture 02, en vis-à-vis, côté fenêtre

Le train. Synonyme de dérobade. Opportunité de soustraction aux éléments qui nous terrifient. Ce n’est rien d’autre qu’une fuite. Nous repoussons à plus tard l’affrontement des choses qui nous angoissent. Un jour, il faudra bien combattre cette névrose obsessionnelle, cyclique. J’ai peur de tout. Je m’échappe. Un jour, il faudra que je défie la phobie qui me ronge. Je ne suis pas encore prêt. J’avance pour le moment incessamment à travers la mouvance de ma fuite. Est-ce un mouvement effectif ou simplement un éternel retour ? Linéarité ou circularité ?

 

Dérails #04

Elsa, place 42, voiture 02, côté couloir, en train d’écrire

Ai loupé mon train, ai pris le suivant. Un vieux bonhomme chauve fait semblant de bouquiner un magazine pour me mater les seins : vicelard ! Qui t’a permis ?! Dans moins de quatre heures, retrouve mon ange à la gare de Lyon. Me sens toute bizarre, sensation d’irréalité. Ce train est pour l’instant onirique, tout comme ses passagers, fictionnels, à une gare ou à une autre. Des voyageurs en partance pour un destin flou, une attente incertaine, entre deux points mobiles. Lorsque je le verrai, tout reprendra forme. Je n’aime pas ce suspens, ce sursis, et pourtant c’est apaisant quelque part : être simplement passive à l’intérieur d’un objet en mouvement.

 

Dérails #05

Lucie, sur le quai

J’aime pas ce moment. Au démarrage du train, il emmènera mon amour, je verrai son visage s’éloigner. Et puis attendre que le train ait embrassé l’horizon. Il monte dans le train et s’assied, il m’observe d’un air triste et désolé, il sait que je vais pleurer. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs car je le revois dans une semaine ; mais c’est cette ambiance, ce quai de gare, si froid, si vide d’humanité. Et puis, cette voix perverse me fait sursauter tout à coup pour annoncer le départ du train. Les portes se referment, je les examine, j’essaye de ne pas croiser son regard et me concentre sur les contrôleurs avec leur sifflet, sur les quelques personnes qui, tout comme moi, cherchent des yeux un point fixe pour échapper à la fatalité du départ imminent, pour ne pas flancher tout de suite. Alors, la première secousse fait frémir l’engin et mes yeux rencontrent soudain les siens, comme pour l’empêcher de partir, le retenir. Il pleure aussi. La machine démarre, je cours après sans pouvoir me contrôler mais le train est déjà trop loin et j’arrive au bout du quai… Au revoir.

 

Dérails #06

Etienne, voiture 02, côté couloir

Je suis dans le train, ça y est. La jeune rouquine est restée sur le quai, je croyais pourtant qu’elle allait prendre ce train ; mais elle est restée là, plantée, les yeux dans le vide. Le contrôleur siffle le signal, mon corps est légèrement propulsé vers l’avant sous l’effet de la première saccade. Je remarque une fille sur le quai, en pleurs, qui tente de détourner le regard et se met à courir. Puis je fixe une autre, dans la même voiture que moi, en train d’écrire, qui relève le nez de sa feuille et me jette un regard noir croyant que je cherche à flirter. Je me concentre sur le magazine que j’ai trouvé, abandonné à la place qui m’est attribuée, et tombe sur la photo obscène d’une petite brune bien foutue posant pour vendre des sous-vêtements, ou peut-être son corps ? Quelle différence ? Elle m’invite à rêver, à la toucher. Je sais pourtant que seule son illusion demeurera au sein de mes draps humides, dans ce moment d’intimité humiliant, animal.

 

Dérails #07

Séverine, sur le quai, en train de lire

«  A cause d’un encombrement, on n’avait pu loger ce train sous la marquise des grandes lignes. Il attendait au plein air, contre le quai qui se prolongeait en une sorte de jetée étroite, dans les ténèbres d’un ciel d’encre, où la file des quelques becs de gaz, plantés le long du trottoir, n’alignait que des étoiles fumeuses. Une averse venait de cesser, il en restait un souffle d’une humidité glaciale, épandu par ce vaste espace découvert, qu’une brume reculait jusqu’aux petites lueurs pâlies des façades de la rue de Rome. Cela était immense et triste, noyé d’eau, ça et là piqué d’un feu sanglant, confusément peuplé de masses opaques, les machines et les wagons solitaires, les tronçons de train dormant sur les voies de garage ; et, du fond de ce lac d’ombre, des bruits arrivaient, des respirations géantes, haletantes de fièvre, des coups de sifflet pareils à des cris aigus de femmes qu’on violent, des trompes lointaines sonnant, lamentables, au milieu du grondement des rues voisines. Il y eut des ordres à voix haute…* »

Le train TER numéro 80424 va entrer en gare voie 2. Eloignez-vous de la bordure du quai.

Séverine marque sa page en cornant le coin gauche, empoigne son sac et se place sur la bande rugueuse devant la bordure du quai. Le courant d’air provoqué par le train ébouriffe ses cheveux, certaines mèches se collent à son front moite ; elle souffle dessus pour tenter de dégager son visage et observer le train entrer en gare.

*Zola, Emile. La Bête humaine. Maxi-poche roman, DL 2002, cop. 2002, p. 35 [paru pour la première fois en 1890]

 

Dérails #08

Teddy, place 32, voiture 18, à côté de la porte roulante

Une forte envie d’uriner. Les soubresauts saccadés de l’appareil ne font que l’amplifier et je ne parviens plus à penser à autre chose. Impossible pourtant d’assouvir mes besoins naturels dans les toilettes du train. Mes yeux sont des rayons ultra-violet pour révéler les différentes traces d’urine et d’excréments parcourant chaque parcelle de la cabine. Certains sont déjà apparentes, imaginez ce qui ne l’est pas !

Et pourtant, si je me retiens trop longtemps, je prends presque autant de risques : infection urinaire, mycoses, éclatement de la vessie… Tout cela est scientifiquement tout aussi plausible que l’infection bactériologique encourue à simplement pénétrer dans la cabine des toilettes, depuis la poignée de porte jusqu’au frôlement de la paroi, ce qui est statistiquement quasiment indéniable étant donné les secousses du train et la position inconfortable qu’il faut tenir pour maintenir le pénis dans la bonne direction afin de ne pas m’en mettre sur les chaussures, tout en se tenant ferme sur ses jambes pour maintenir un équilibre alors que le cabinet se situe justement dans l’espace du train le moins stable.

Je réprime donc mon envie d’uriner en tentant de me concentrer sur le paysage qui défile par la fenêtre, et finis par m’endormir.

– Monsieur, vous vous sentez bien ?, me demande une contrôleur en me secouant par le bras.

Je réprime une envie pressante de la gifler pour avoir osé me toucher. Combien de bactéries m’a-t-elle transmises ?

– Mais oui, je vais parfaitement bien, merci !, dis-je en dégageant violemment mon bras.

Et là, je suis son regard aller sur mon entrejambe, je regarde moi-même mon entrejambe, le pantalon est trempé, et là je me mets à hurler. C’est un cri efféminé et alarmé qui sort de ma gorge :

Oh mon Dieuuuuuu !!!!

 

Dérails #09

Anthony, place 08, voiture 02, à côté de la vieille dame sourde

Voilà, je suis parti. Bon sang, qu’est-ce que j’ai fait ?! Ça y est, c’est terminé. Elle va suivre son chemin de son côté, ma belle à la chevelure cuivrée, et moi du mien. Un dernier coup d’œil, une dernière fois, sur sa jolie frimousse. Qu’elle est belle ! Que je l’aime ! Pourquoi suis-je parti ? Il faut que je descende de cet engin. Sinon c’est à jamais perdu. Le train démarre. Non ! Erika ! Qu’est-ce que j’ai fait ?! Son visage s’éloigne petit à petit, elle détourne le regard, commence à rejoindre le hall de gare avant d’éclater en sanglots. Un tunnel, je ne la vois plus. Je l’ai perdue.

 

Dérails #10

Odile, place 12, voiture 30, compartiment 15, en train de lire

« Mr. Beebe voyait juste. Lucy n’avait jamais une conscience plus claire de ses désirs qu’à l’instant où elle quittait le piano. Aussi était-elle, cet après-midi, demeurée également étrangère à l’esprit du clergyman et aux pépiements suggestifs de Miss Alan. La conversation l’ennuyait. Elle voulait du grand et avait pensé le rencontrer sur la plate-forme d’un train balayé par le vent* ».

*Forster, E-M. Avec vue sur l’Arno. Paris : 10/18, 1983, p. 64 [1947 pour la traduction française]

 

Dérails #11

Lisa, place 39, voiture 02, côté fenêtre, place isolée

C’est étrange la sensation qui s’empare de nous dans le train. On voit des paysages défiler devant nos yeux, des lacs tressaillir sous la lumière vive de quelques réverbères, des arbres faire mine de courir plus vite que cette machine de fer.

Nous sommes ici et nulle part, instables.

Bientôt, le soleil embrasera d’une lumière dorée ces paysages de verdure tantôt immobiles tantôt dynamiques. Je lutte pour écrire dans ce train où la lumière ne cesse de s’éteindre et de se rallumer au son du générateur. Envie de rien, nul ressenti, hésitation entre plénitude et transcendance, sentiment de vide. On pense à ce qu’on laisse derrière soi, et à ce qui se dresse à l’avant.

Un visage se reflète dans la vitre : est-ce le mien ou celui d’une autre ? Je ne sais plus vraiment. De nouveau ballottée entre deux flots, deux rives, sans savoir où accoster. Sensation d’un potentiel choix : une autre voie, une autre vie. Impression de pouvoir enlacer l’ensemble du paysage en une seule étreinte.

 

Dérails #12

Anna, place 72, voiture 08, place isolée

Comment est-on censé réagir à la perte d’un être aimé ? Je ne sais pas, c’est la première fois. J’ai presque trente-deux ans et c’est la première fois que je « perds » quelqu’un de proche, quelqu’un que j’ai connu enfant, cette image que chaque enfant a besoin de se créer, de fixer, afin de se construire (tout cela est d’ordre naturel, purement biologique) ; ce quelqu’un qui n’a peut-être jamais exister tel que nous l’avons vu de nos propres yeux : une maman, un papa ; les deux d’un coup, un accident de voiture. Toutes mes condoléances, me disent les gens ; mais qui est mort après tout ? L’image ou la personne ? L’image ne meurt pas, c’est une projection figée. Ai-je connu l’être humain qui se cachait derrière l’écran de mes besoins infantiles ? Connaît-on jamais réellement les personnes que sont/ont été nos parents ? Ne nous sont-ils finalement pas plus étrangers, paradoxalement étrangers, que la boulangère qui nous sert notre pain chaque jour ? Dans les yeux de l’enfant, quelque soit son âge, le parent reste un parent, pas un être humain. Ou alors, peut-être apprend-t-on à connaître l’humain parfois, lorsque nous sommes nous-mêmes adultes et que nous n’avons plus besoin de l’image d’une père ou d’une mère pour exister… C’est peut-être ce que je vais regretter le plus en fait : ne pas avoir connu les personnes qu’ont été mes parents…

 

Dérails #13

Nathalie, place 78, voiture 25, en train de lire

« C’était une gare de petite ville, une construction rouge brique de la taille d’un abri de jardin, posée sur un quai de ciment – elle vous donnait vraiment l’impression d’habiter au bout du monde. Ici, où la ville et la campagne se confondaient, vous compreniez que l’important dans l’arrivée d’un train est qu’il repartira pour d’autres destinations. En voyant le trait argenté du convoi s’enrouler autour de la dernière colline verdoyante, j’imaginais déjà la tempête de poussière qu’il soulèverait au moment du départ. Des escarbilles et un gobelet de carton s’élèveraient en un bref tourbillon pour se déposer à nouveau sur le quai une fois le silence revenu. Un distributeur automatique rouge vif, qui avait autrefois vendu des journaux, gisait renversé de l’autre côté de la voie parmi les joncs et les orties*.»

*Cunningham, Michael. La Maison du bout du monde. Paris: ed. 10/18, cop. 2003. p. 72

 

Dérails #14

Martin, place 11, voiture 02, côté couloir

Voilà, c’est déjà fini. Le train s’ébranle. Les larmes aux yeux, le cœur lourd : cette machine me reconduit à ma solitude. Les souvenirs des bons moments remontent en poignées de larmes pour meurtrir cette peau déjà blafarde et fatiguée par ces interminables tours de force. Ces réminiscences nous font préférer les événements passés à notre présent. Les gens meurent intérieurement, mais cette machine de fer continue son chemin, imperturbable, le deuil en son sein. Le soleil se lèvera dans quelques heures à l’horizon, peut-être pour figurer une lueur d’espoir…désespérant soleil, ton corps est chaud mais ton âme est à jamais limpide, pareille à la tombe que je me creuse. La tête est lourde, je ne sais plus quoi penser, les émotions me submergent…et moi qui les croyais perdues. Encore un retour à la solitude. Nous ne faisons que ça et nous résignons finalement à mourir seuls. Les paysages filent devant mes yeux, ils se moquent de tout. Impassibles, indifférents…

 

Dérails #15

Etienne, voiture 02, côté couloir

Je laisse retomber le livre que je suis en train de lire sur mes genoux, le pouce coincé à la page que je n’ai pas fini. Les mots vacillent sous mes yeux, je ne parviens pas à me concentrer sur le texte car quelques places plus loin, une vieille dame interpelle mon attention. Elle doit être sourde, parle extrêmement fort, ou peut-être est-ce le silence qui règne dans le wagon que vient briser sa voix nasillarde.

Voilà quelques minutes qu’elle harcèle le jeune homme à côté d’elle, pour savoir s’il descend avant elle. La vieille dame voyage seule, panique à l’idée de manquer son arrêt. Peur panique de ne plus parvenir à s’autogérer à l’orée de la mort, peur qu’elle ne parvient pas à exprimer autrement, agaçant le jeune homme de préoccupations techniques. Il ne semble pas l’entendre. Il a l’air paniqué. Je l’ai vu se lever d’un bond à la première saccade de la mise en route du train, les traits tendus, le regard perdu, cherchant des yeux la petite rouquine qui s’est levée du banc pour éclater en sanglots quelques mètres plus loin, lorsque le train a démarré. Il a maintenant le visage fermé, les yeux chargés de regrets, piégé dans l’impossibilité de faire demi-tour, de revenir sur sa décision, dans cette machine qui le pousse à grande vitesse de plus en plus loin ; les yeux chargés de cette fatalité que nous ressentons tous à cet instant : de laisser les choses derrière nous pour en affronter de nouvelles, des choix encore inconnus pour horizon.

Le train est l’image parfaite de la destinée humaine : cette impossibilité de faire machine arrière, cette impression que les choses ont déjà été décidées pour nous et que la vie, quoiqu’il arrive, poursuivra toujours ce mouvement vers l’avant.

Un homme assis face à moi, me dévisage. Je lui lance un sourire, il reste immobile et fixe le vide à travers moi. Notre voiture est, de façon régulière, plongée dans un noir total, des séries de tunnels, la lumière artificielle de l’appareil réverbère nos ombres dans les vitres : jeux de miroirs, les silhouettes se confondent, amalgamant des contours en une somme diffuse ; forme biscornue, immatérielle, visage déformé aux yeux multiples, même expression de vide dans cette attente d’un ailleurs incertain.

Je repense à cette phrase qui me semble tomber à pic : Je lisais, j’avais tout mon temps, personne à l’arrivée pour m’attendre, et ni les déplorations rageuses de l’homme en gris, ni les acquiescements angéliques ne parvenaient à me distraire de ma lecture tant ils me semblaient être, comme ce train fantôme, comme les cimetières sous la brume, comme la symphonie des chrysanthèmes, de simples prolongements du texte, roman-creuset capable d’accueillir la totalité du réel, noyau fictif irradiant le décor et les gens*. Je scrute un moment les passagers tout en me disant : c’est dommage, personne ne m’a entendu. Il y a tellement d’échos invisibles entre les êtres, de ces questions-réponses qui se perdent dans les méandres des pensées. Il y a tellement de connexions à faire et qui se perdent dans le silence d’une voix unique qui ne saurait plus communiqué. Nymphe Echo condamnée à répéter inlassablement les mots des autres sans pouvoir exprimer les siens.

*Péju, Pierre. La vie courante. Paris : Gallimard, coll. « Folio », 2005. p. 37

 

Dérails #16

Ethan, place 43, voiture 27, devant son écran d’ordinateur

« N’importe quel type normalement constitué aurait couru jusqu’à elle après ce qu’elle venait de me dire. Moi, j’ai pas bougé. Ou plutôt c’est le train qui a bougé. Et j’ai laissé faire.

– Tu es le mec parfait.

– Tu te trompes. Pas du tout.

– C’est ce que je dis, tu es le mec parfait.

– Pourquoi t’es si gentille ?

– Je ne suis pas gentille. Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée en 26 ans.

– Je ne suis pas sûr d’être celui dont tu parles

– À ton avis ? Tu n’es pas parfait, je sais. Tu as des tas de problèmes, de défauts, d’imperfections. Mais qui n’en a pas ? Seulement, moi, je préfère tes problèmes. Je suis amoureuse de tes imperfections. Je les adore. Avant je me coltinais Ed. Toi à côté c’est les vacances. La plupart des filles craquent pour ce qui est beau. Elles ne voient que ça, ne veulent que ça. Je ne suis pas comme ça. Je ne vois pas que la beauté. Je craque pour d’autres trucs. J’aime ce qui n’est pas parfait. Je suis comme ça*. »
*Klapisch, Cédric. Les Poupées russes. 2005

 

Dérails #17

Dans le train, Qui? A quelle place? Quel numéro?

Ça me rappelle cette image qu’a convoquée Emile l’autre jour, pour parler d’écriture. Ecrire serait comme construire un train. Lors du premier jet, on fabrique tous les compartiments et les différentes locomotives ; rien n’est linéaire, tout est pêle-mêle ; la fabrication est presque mécanique, instinctive, on jette tout sur le papier. Et ensuite il va falloir développer une logistique pour tout mettre dans l’ordre, pas forcément chronologiquement mais dans l’ordre que demande le livre. Phase de réécriture : on fait des fiches, on étale ces compartiments devant soi, on pioche ça et là ceux qui semblent se mettre bout à bout pour créer le livre dans son entier. Architecture, torture psychique pour placer, déplacer, replacer, jusqu’à ce que tout à coup, on le sait, on le sent, cela devient évident, le train apparaît devant nos yeux totalement constitué. Et tout comme il faut bien qu’il y ait eu un constructeur, au préalable, qui ai réfléchi à la construction du train, afin qu’il fonctionne et roule sur ses rails, celui qui écrit réalise que tout était là depuis le début, qu’il a simplement été la main qui a construit physiquement les différents composants et les a assemblé de façon logique : le livre a été écrit par l’écrivain qui loge dans sa tête.

N’est-ce pas ce que nous représentons tous ? Toutes ces personnes installées dans ce train à fournir nos pensées afin qu’un architecte/lecteur vienne y piocher et constitue la maquette… ? Je serais curieux de voir la tête de ce train-là !

 

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