En cours d’ébullition (13)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

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14 janvier 2015

Je ne prends plus le temps d’écrire autant dans ce journal car je consacre la plupart de mon temps disponible à l’écriture d’Echoes qui est déjà bien entamée. J’avance à pas de géant d’autant plus que, finalement, beaucoup de choses ont déjà été écrites en fragments et nouvelles et que je procède surtout à un assemblage, reliant les différents fragments que j’ai répertorié dans mon classeur. Je crois que je suis en train de mettre en place une nouvelle technique que je n’avais pas encore expérimenté avant ou qui restait esquissée dans Wish.

Dans Wish, en effet, j’ai procédé par fragments qui filent entre eux une histoire et laissent beaucoup de blancs. Les choses sont livrées par instants et flashbacks successifs sans volonté de faire un lien entre les différents fragments. C’est au lecteur d’y faire le lien pour comprendre l’histoire des deux personnages et leur psychologie : Wish révèle plutôt les pourquoi de leurs psychologies mais ne donne pas vraiment de résolutions ou d’explications. C’était, je crois, ma volonté que de faire participer le lecteur de façon active pour que ce soit à lui d’en tirer une analyse.

Pour Echoes, les choses se passent différemment. Tout d’abord, le temps va y être concentré pour ce qui est du présent : le cœur de la narration va se situer sur une période d’un mois avant noël et jusqu’au réveillon inclus. Mais le temps sera pourtant étiré et disparate dans la pensée des personnages (phénomène de résonances) et de ce que nous apprenons, par flashbacks instantanés, sur les personnages, le passé venant perturbé la lisibilité du présent avant que le présent ne soit accepté par les personnages – et représenté également ainsi dans la forme – pour ce qu’il est (partie 3). Echoes est le constat d’une transformation des personnages qui, après avoir observé leur passé et l’avoir compris, parviennent enfin à se trouver un ancrage dans le présent en train, sans entraves, parce qu’ils commencent à se réaliser, trouvent la voie de leur propre transformation continue et surtout acceptent d’être des éléments en constante transformation.

Et pour cela, je mets en place une nouvelle technique (en tout cas pour moi) que je nommerais bien « la narration des fragments en échos ». C’est le fond d’Echoes: les échos fragmentaires entre les personnages qui les aident à se réaliser. Et c’est la forme : le flux de conscience, les échos entre les pensées. Pour cela, j’ai d’abord commencé par toute une réflexion théorique sur l’écho et le fragment dans l’écriture. Ensuite, j’ai eu cette période où j’ai recommencé à écrire ce journal pour – je le réalise maintenant – noter les aspects humains, psychologiques et sociologiques que peuvent prendre les fragments et les échos chez les gens et dans les relations sociales. En d’autres termes, j’ai observé mon entourage en m’attachant à ce qui, pour moi, relève de la théorie des fragments : des instants échangés, la spontanéité, le partage, les échanges, les influences, le présent, la transformation, des autres autour de moi et de moi-même. Auparavant, il y a deux ans, j’avais également connu une longue période pendant laquelle  j’ai eu besoin de capter mes propres échos du passé qui se réverbaient encore en moi sans que je ne puisse les utiliser à bon escient. Ils me hantaient plutôt qu’ils ne m’aidaient. J’ai donc écris des souvenirs, analysé leurs influences sur moi et comment je pouvais alors me créer ma propre histoire, mon propre passé en transformant des éléments figés en des éléments changeants au gré de ma propre transformation. Les souvenirs finalement étaient moins véridiques pour moi que ce que j’en faisais grâce à l’écriture : j’amplifiais certaines choses, en taisais d’autres, laissais les émotions et sentiments imprégner ces souvenirs pour qu’ils correspondent plus à ma psyché, au miroir de mon passé que je voulais voir se refléter lorsque je me regardais dans la glace. En fait, que ce soit en écrivant ou en vivant, on a tous besoin d’avoir une certaine image de son passé, une certaine fantasmagorie qui permette de nous baser sur une fondation qui soit nous et non à partir d’un vide, d’éléments extérieurs dont nous avons été les marionnettes. Enfant, personne n’est réellement maître de ses agissements, de ses pensées, de ses volontés : on est très dépendants à la famille et aux gens qui gravitent dans un environnement que nous n’avons pas choisi. Faire un retour sur son passé en se représentant acteur et non plus spectateur, c’est aussi se donner la confiance en soi nécessaire pour se convaincre que c’est d’abord nous qui nous sommes construit tel que nous sommes aujourd’hui et non les autres, l’hérédité, leurs choix, leurs influences. On sait enfin qui on est et on peut désormais s’ouvrir aux autres, accepter la part d’influence et d’échos fragmentaires qu’ils ont en nous parce que nous, enfin, nous savons vraiment ce qui constitue notre atome et nous n’avons plus peur qu’il s’accroche à d’autres atomes, s’en détache, navigue parmi une nuée d’atomes (des atomes que nous avons cette fois sciemment choisis).

Les fragments de métadiscours sur l’écriture, les fragments d’analyse de mon entourage et les fragments de mon propre passé constituaient alors une masse éparpillée de matière scripturale dont je ne savais que faire. Je pensais à trois projets distincts et de forme différente : un essai, une sorte d’autofiction et un roman. Peu à peu, c’est devenu un essai-fiction pour rassembler mes réflexions sur l’écriture et mon auto-thérapie qui étaient liées sans aucun doute puisque le moi-écrivain s’était construit aussi dans le contexte de ma propre histoire, avait des incidences et des causes dans un jeu d’inter-influences constantes. Mais je ne parvenais pas à me lancer : il manquait quelque chose de représentatif et d’universel, c’était trop autocentré. J’avais écris tout ça parce que j’en avais besoin pour moi, mais quel intérêt d’en faire un livre destiné à des lecteurs ? Ils ne lisent pas pour trouver l’auteur, ils lisent pour se retrouver eux. Si c’était simplement pour moi, autant que ça reste sous une forme de journal de thérapie et de théorie destiné à personne d’autre qu’à moi-même. Et j’ai eu l’idée alors de faire de tous ces fragments un seul et même roman qui serait moi bien sûr mais surtout les autres, et finalement personne en particulier.

Pendant deux mois (et je n’ai pas encore fini), j’ai fouillé mes carnets, mes fichiers, mes notes. J’ai mis tout cela un peu pêle-mêle dans un classeur. Puis, j’ai commencé à créer des personnages et selon ce qui se dégageait d’eux, à classer les fragments du classeur par personnage.

Je commençais à être un peu perdue dans tous ces morceaux qui partaient dans tous les sens. Je ne parvenais pas à trouver une ligne directrice, un fil pouvant passer à travers toutes ces pages et les assembler en un tout logique. Alors, je me suis dit qu’il fallait que je commence à écrire vraiment et que les choses s’éclairciraient d’elles-mêmes. J’avais déjà dans l’idée qu’il fallait que je commence par une de mes nouvelles écrite il y a deux ans. Je commençais d’abord par reprendre les premières phrases et puis le moi-écrivain a pris le relais et a fait lui-même le lien entre ce qui avait été à la base des fragments d’un roman, d’un essai et d’une autofiction. J’ai écris plus de trente pages A4 recto verso en une semaine. J’avais été fatiguée et irascible la semaine de la reprise après les fêtes et là, tout à coup, plus aucune fatigue, j’ai pu écrire pendant cinq heures sans m’arrêter avant de me dire, même pas fatiguée, que je devrais peut-être m’arrêter là pour ce soir, qu’il était tard et que j’étais sans doute fatiguée même si je ne le sentais pas. Je me disais ça mais je ne parvenais pas à m’arrêter pour autant et les mots s’enfilaient et j’entassais les pages : des mots nouveaux que je n’avais pas encore écrit et des mots anciens (de ma nouvelle) que j’intercalais par intuition, sans vraiment me poser de questions. Il y avait juste quelque chose en moi qui me disais : là, il faut que tu mettes tel paragraphe de la nouvelle. Et puis, j’ai finis une phrase et j’ai constaté : « là, c’est tout, je ne sais quoi ajouter d’autre pour cette partie, c’est tout ». et j’ai parcouru mon classeur de fragments rapidement, comme ça, juste pour faire tourner les pages et entendre le frottement plastique des pochettes perforées. Et puis, mon regard a été attiré par un des fragments surlignés et je me suis dis que ça je pourrais l’intégrer dans ce que je venais d’écrire et à tel endroit précisément. Je l’ai fais. Et puis, j’ai repris le classeur depuis le début et me suis arrêtée sur les fragments qui m’interpellaient et pouvaient être intégrés ici ou là. Je n’avais pas besoin de réfléchir, je savais d’instinct qu’il fallait les intégrer dans cette partie et où.

L’ensemble de ce processus, c’est ce que j’appellerai la « narration par fragments en échos ». Je ne sais pas encore si je l’utiliserai pour chaque partie (les parties (le plan) me sont d’ailleurs apparus lorsque j’ai vraiment commencer à écrire Echoes) mais je le crois. Je ne sais pas encore le rendu que cela peut avoir, je préfère pour le moment continuer d’avancer ainsi, au grand pas, à toute vitesse (pour ne pas perdre l’effervescence du premier jet) et je lirais ensuite. De toute façon, il y aura les dizaines et dizaines de réécriture ensuite pour agrémenter tout ça et mettre plus d’ordre. La période du premier jet n’est pas une période dans laquelle on doit autoriser la moindre perturbation et/ou frustration. Il faut avancer et c’est tout, on aura tout le loisir de réfléchir ensuite. C’est une période trop intuitive pour qu’elle puisse être prise avec distance. Il faut préserver une euphorie, un enthousiasme avant de s’auto-critiquer et d’avoir des doutes.

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