Lecture : Avant terme

Avant terme

L’auteur

Je ne connaissais pas cet auteur avant d’avoir ma première nouvelle publiée sur le site des éditions de l’abat-jour et Serge Cazenave-Sarkis m’a rapidement contacté pour me féliciter de ma nouvelle et m’encourager à poursuivre, me dire également beaucoup de bien de cette maison d’édition qui fait un travail très soigné, professionnel et altruiste avec ses auteurs. J’ai forcément été curieuse de lire un peu ce qu’il écrivait et j’espère pouvoir intéresser certains d’entre vous à son travail que je commence tout juste à connaître mais qui révèle un grand art notamment dans le genre de la nouvelle.

Pour en savoir plus sur l’auteur :

Son blog

Sa page sur le site des éditions de l’abat-jour

Quatrième de couverture

C’est d’abord un orphelin qui ne sait pas comment vivre, puis un homme qui ne cesse de mourir et de renaître ; c’est ensuite un enfant qui a grandi trop vite, et d’autres disparus trop tôt ; ce sont enfin des voix obsédantes, des visions de cauchemar, et un artiste que l’art n’intéresse plus : le tout forme ces onze histoires singulières, récits de rencontres avortées, de morts précoces et de trajectoires interrompues, où le temps brusquement s’arrête et les souvenirs demeurent scellés par le sang et la pierre.

Dans ce nouveau recueil, Serge Cazenave-Sarkis se fait observateur féroce des êtres, disséquant la banalité du quotidien pour mettre à nu ce qu’il y a en chacun d’essentiel et de tragique. Il sonde les noirceurs les plus intimes, révèle la vérité profonde de personnages fragiles ou terrifiants, et fait émerger de ces tranches de vie mêlant le grotesque et le drame des destins tendus vers leur terme, un instant avant le basculement crucial, inattendu — irrémédiable toujours.

Ma critique

« Tout le monde n’a pas la chance d’être né fils de riches quincailliers-bazar disparus en mer aux abords de Venise lors d’une croisière à six cent cinquante euros la semaine.

A dix-huit ans et un jour, Marcelin l’eut. »

Ainsi commence la première nouvelle, éponyme, du recueil Avant terme. Voilà qui peut paraître engageant, on peut se dire qu’on entre dans un univers un peu décalé, certes, mais anodin. Hors, chaque nouvelle de ce recueil n’a rien d’anodin. Ancrée dans le quotidien et la trivialité, certes, mais c’est pour mieux sonder parmi les recoins sombres ou plus opaques de ce qui constitue nos vies.

En quelques pages (chaque nouvelle fait environ 5 pages), toute la situation se renverse : effet coup de poing de chaque nouvelle entrecoupées de belles envolées lyriques, des fragments du flux de conscience des personnages que nous croyons d’abord connaître et reconnaître dans ce qu’ils relèvent d’une universalité mais dont, peu à peu, le texte nous révèle les contrastes et les particularités, de personnalités complexes et torturées, le tout dans un crescendo d’intensité jusqu’au coup de poing final.

A la fin de la lecture d’une nouvelle de ce recueil, la couverture noire, lisse et mat du livre nous glisse des doigts, on réalise qu’ils sont moites qu’on a été aspirés dans un univers en seulement quelques lignes.

Mon coup de cœur personnel – puisque le thème m’est très personnel, travaillant moi-même sur cette recherche autour du fragment et de l’agglomérat – est la nouvelle « Agrégats ». L’auteur prend prétexte d’un trajet quotidien dans le métro, d’un affichage sur les murs, pour exposer sa thèse (décidément d’actualité) du fragment : Par hasard, un agrégat se forme ; il sera aussitôt pris en compte par des agrégats alentour. Et, pourquoi pas, utilisé. Puis reconnu. Puis faisant partie d’un milieu. Et tout cela dans un temps donné.

Nouvelle épiphanie personnelle, comme j’en ai souvent depuis que j’ai moi-même établie cette théorie, finalement ô combien influencée par l’époque actuelle, par une analyse anthropologique, par la littérature (tous ces fragments qui se sont agglomérés à moi et m’ont éduqués). Cette théorie finalement qu’un certain nombre de personnes établissent tous ensemble, chacun à sa manière, en apportant sa propre lumière, depuis Virginia Woolf, jusqu’à mes amis, depuis des personnes lointaines et éloignées jusqu’à ces gens que je peux côtoyer au quotidien : cette théorie du fragment, ce nous fragmenté au centre (puisque nous nous voyons forcément au centre et le reste autour – question de perception) d’un vaste atome chargé des fragments des autres, de nos propres fragments, des fragments du monde qui résonnent en chacun de nous et qui, dans l’écriture, trouvent leur unité, leur propre agglomérat stable et pourtant constamment voué à la transformation… Épiphanie car c’est ainsi que je crée mes romans : des fragments, des échos, des incessants va-et-vient.

Où est le « nous » finalement dans tout cela ? Nulle part peut-être, du moins nulle part de précis et un peu partout à la fois… Pas pour autant fuyants mais volatiles et donc plus légers que s’ils n’étaient un monobloc ancrés dans une terre qui, peu à peu, ne leur ressemblent plus mais ne peuvent pour autant pas se transformer en même temps qu’elle, chacun a son rythme…


Références bibliographiques: Cazenave-Sarkis, Serge – Avant terme. Ed. De l’Abat-jour, impr. 2015, cop. 2015. 104 p.

3 réflexions au sujet de “Lecture : Avant terme”

  1. C’est un univers dans lequel il faut pénétrer et j’ai globalement aimé ce recueil. Le style est parfois elliptique et très direct sur la forme comme sur le fond, cela m’a un peu surpris au début. J’avais pourtant lu un peu de Serge dans l’ampoule. 3 nouvelles ont particulièrement retenu mon attention:

    – Les chenilles: le thème de la jalousie fraternel est ici poussé à son paroxysme. Le narrateur est d’une froideur distante, juste ce qu’il faut pour maintenir le lecteur en haleine sur ses intentions. C’est du très beau boulot.

    – Le cube: c’est la plus longue nouvelle, je trouve l’auteur très bon dans le registre plus « touffu ». On est ici moins dans l’horreur et plus dans la complexité et la dégradation des relations humaines. L’amour n’étant ici qu’une toile de fond pour mettre en lumière la solitude (le partage des solitudes) et la paranoïa. Une bonne intrigue et un final tragique.

    – Dernière voix: on aborde ici un thème archi rebattu (folie, schizophrénie) mais encore une fois, le style sert bien le propos. Un récit non téléguidée et plein de subtilités. Un auteur qui prend ses lecteurs au sérieux donc.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour cette belle lecture de Avant terme In-flight! C’est là, je crois, qu’est la preuve d’une belle plume: lorsque différentes personnes, avec une appréciation différente, une perception différente… peuvent sentir la résonance d’un livre en eux-mêmes. Personnellement, les nouvelles que tu as cité ne sont pas pour moi mes préférées même si je les ai apprécié et c’est justement ce qui fait la beauté d’un livre: quand chacun peut s’y retrouver, que le livre décéle en lui quelque chose d’universel 🙂

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