En cours d’ébullition (7)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

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31 Octobre 2014

Hier soir, je pensais: un jour peut-être j’aurais moins d’idées pour écrire, moins de bouillonnement et de ces idées qui me viennent tout à coup (qui se travaillent en fait quelque part jusqu’à ce qu’ils me viennent consciemment : tiens je devrais écrire sur ça !). alors je ne compte plus le nombre de listes ou de consignations qui révèlent cette peur du vide. Je ne les écrirais peut-être jamais mais j’ai besoin de les consigner et de me faire un stock suffisant d’idées pour que je n’en vienne jamais à manquer le jour où le bouillonnement deviendra moins intense.

4 novembre 2014

Voilà deux jours entiers que je n’ai rien pu écrire et je ressens tout de suite ce bouillonnement prêt à exploser. Je l’analyse peut-être plus rapidement qu’avant et assouvi donc dès que possible ma pulsion. Je sais que c’est elle qui me titille, c’est ce manque du drogué en mal de son shoot, moi c’est l’écriture.

D’abord, un stress, des nerfs à vif, puis une exaspération sur tout et une paranoïa sur la moindre chose, puis une crispation du ventre qui se fait de plus en plus pressant, l’impression que mes entrailles se retournent, d’une inflammation constante dans le ventre.

Une demi-heure d’écriture et tout ce poids s’évapore instantanément. Ça a du bon parfois même de le faire durer, de frustrer le monstre, juste un peu, pour qu’il se jette ensuite sur le papier et déverse sa rage. C’est quelque chose de violent pour moi, l’écriture, car elle fait appel au bouillonnement de mes émotions.

Ce n’est pas que je suis mal ni que je ressente un mal-être qui ne peut être atténué que par l’écriture – lorsque je suis vraiment mal, déprimée, que je vais dans mes enfers (aussi parfois pour y trouver de la matière scripturale), je ne parviens pas à écrire, ce qui ne fait bien sûr qu’amplifier ma déprime, je me remets en cause et me dis que je n’ai rien d’un écrivain et que mes écrits ne valent pas grand-chose.

Dans ces moments-là, c’est souvent le geste – inconscient de son effet sur moi – d’une personne (un mot, une phrase, une discussion qui vient bouleverser ma perception assombrie du monde) et c’est comme si les portes s’ouvraient à nouveau, comme si je libérais l’écrivain pour qu’il m’offre toutes ses perceptions nuancées qui s’épanouissent au contact des autres.

Mais, en ce qui concerne ce bouillonnement viscéral en moi qui aspire à l’écriture, il ne s’agit pas d’un mal-être déversé ; son moteur, ce sont mes émotions. L’écrivain est émotion. Il est un agrégateur d’émotion, engrange, engrange, jusqu’à ce qu’il soit plein et que cette matière doive sortir sur le papier.

Dans la vie de tous les jours, je ne peux exprimer ces émotions avec autant de franchise, aussi librement que dans l’écriture : il y a ce respect de l’autre, cet altruisme qui contraint les émotions avec les autres pour permettre d’agir en être social et non animal. Avec l’écriture, on peut être animal, et nos personnages n’en seront pas mortifiés pour autant. C’est que l’homme social ne peut pas accepter trop violement ou trop longtemps cette part de perversité que l’écriture permet d’exprimer sans entrave.

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