En cours d’ébullition (6)…

Alfons Mucha (Gallica)

Journal de bord de mon roman en cours d’écriture Echoes

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20 octobre 2014

Je sens que je perds un peu de la hargne et de la volonté d’écrire ici, dans le journal, il faut que je me pousse. Mais ce n’est pas forcément mauvais signe, c’est que je commence à être accaparée par la construction de mon essai-récit.

Pour l’instant, je n’en suis qu’au travail préparatoire, je stocke les fragments qui vont le concerner ainsi que les citations sur lesquelles je vais m’appuyer pour la partie essai.

En faisant des recherches sur la façon de caractériser un recueil de nouvelles, je suis tombée par hasard aujourd’hui, , sur une forme de littérature de la fragmentation : des romans fragmentés ! Je savais ne pas être la première à penser l’écriture ainsi bien sûr mais de là à ce qu’il existe des études et même un terme !

Il va falloir que je fasse plus de recherches là-dessus mais j’ai en tout cas compris que ces auteurs ne respectent pas de formes littéraires établies, font des assemblages de fragments qui constituent un récit en pointillés, un jeu sur le silence et le plein, et que c’est un genre qui demande une forte implication du lecteur qui joue le rôle de celui qui doit combler les vides. Un lecteur actif : je crois que c’est ce qui me convient parfaitement.

Cette découverte me déculpabilise un peu de ne pas entrer dans un schéma narratif linéaire et construit car – peut-être y parviendrais-je mais est-ce mon but réel? – je ne me sens pas faite pour écrire des récits pleins et surtout linéaires, partant d’un point A pour parvenir à un point Z en passant par toutes les lettres. C’est sans doute dû à la forte influence de Virginia Woolf.

24 octobre 2014

Après mon hyperactivité de cette semaine, je savais bien que ça finirait par retomber. Mais je ne sais pas si cela vient d’une certaine fatigue (pourtant, je me couche à heures raisonnables et dors suffisamment), de ce que mon esprit me demande de ralentir un peu après tout ce bouillonnement ou d’éléments extérieurs auxquels je suis très (trop?) réceptive.

Et j’ai besoin d’écrire pour essayer de prendre de la distance par rapport à moi. Je sens que je suis trop émotionnelle, trop réceptive, peut-être trop ouverte et pas assez forte en ce moment pour soutenir le rythme. Il faut bien sûr que je me remette en doute avant toute chose. Lorsqu’on commence d’abord par creuser les autres, c’est que déjà on ne prend plus de recul, on fuit simplement sa propre compréhension. C’est le début de la perte psychologique de soi qu’on met ensuite des années à (re)trouver.

Je mentirais en prétendant qu’écrire au quotidien ne comporte que du plaisir : il faut nourrir le monstre pour qu’il me laisse en paix, et quand la séance est achevée, sentiment de répit – jusqu’au lendemain. Pendant longtemps, les fois où, pour de bonnes raisons, je n’avais pas la possibilité d’écrire, je me sentais, d’une certaine façon, assez soulagée. Conversations parfois avec les autres (écrivains, peintres) à propos de stratégies d’évitement ou de retardement, et des conditions nécessaires à la séance de travail – chacun les siennes : être enfermé, être au café, dans le silence, avec musique, chaque jour ou chaque nuit ou quand l’inspiration vient, devant des images devant un mur, une fenêtre. Les gens demandent souvent si l’on a besoin d’écrire. Ils entendent « besoin » dans un sens psychologique : il faudrait d’urgence exprimer quelque chose que sinon on étoufferait. Et d’ailleurs, demandent-ils, écririez-vous si vous ne publiez pas. Non et non. Le besoin, grande différence, n’est pas de s’exprimer mais de partager. Faire retentir en soi, puis sur la page, le « commun des mortels », pour rejoindre les autres, leur proposer notre terrain de mots dans la mesure où il est (pourrait être) terrain d’entente.

Belinda Cannone - L'écriture du désir, p. 40-41

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