Lecture: En vivant, en écrivant – Annie Dillard

En vivant, en ecrivant

L’écrivain: Annie Dillard (1945-…) est romancière, poète, essayiste et critique littéraire américaine surtout connue pour sa narrative nonfiction (roman non-fiction). Elle a obtenu le prix Pullitzer en 1975. Je ne m’étalerai pas sur sa biographie, n’étant personnellement pas toujours curieuse de la vie d’un auteur et ne connaissant pas suffisamment son œuvre pour pouvoir en juger plus avant.

Résumé du livre: Pourquoi lisons-nous, sinon dans l’espoir d’une beauté mise à nu, d’une vie plus dense et d’un coup de sonde dans son mystère le plus profond ? « Pourquoi lisons-nous, sinon dans l’espoir que l’écrivain rendra nos journées plus vastes et plus intenses, qu’il nous illuminera, nous inspirera sagesse et courage, nous offrira la possibilité d’une plénitude de sens, et qu’il présentera à nos esprits les mystères les plus profonds, pour nous faire sentir de nouveau leur majesté et leur pouvoir ? « Encore et toujours, nous avons besoin d’éveil. Nous devrions nous rassembler en longues rangées, à demi vêtus, tels les membres d’une tribu, et nous agiter des calebasses au visage, pour nous réveiller; à la place, nous regardons la télévision et ratons le spectacle. (Quatrième de couverture)

Ma critique: Bon nombre d’essais paraissent chaque année (et de plus en plus fréquemment de nos jours) en prenant pour thème l’écriture, questionnant la vie de l’écrivain, ses processus de création, la source de son inspiration et la façon dont il vit cette création. Tous ne sont pas forcément intéressants ou originaux, mais parmi eux certains peuvent renfermer quelques petites petites d’envolées lyriques et quelques belles citations à inscrire dans son carnet de citations (comment ça, vous n’avez pas de carnets de citations? Nous en reparlerons…). En vivant, en écrivant fait partie de ceux-là: tout n’est pas forcément bon à retenir, certains passages sont assez longs et méritent peu le détour. Mais l’ensemble se lit avec suffisamment de fluidité, et le livre est suffisamment fin, pour poursuivre sa lecture jusqu’au bout et tomber sur des réflexions éclairées à propos d’écriture et surtout sur le rapport entre l’écrivain et la vie. Annie Dillard révèle quelques anecdotes de sa vie d’écrivain, des moments qui, pour elle, sont de ces scènes et de ces réalisations épiphaniques auxquelles assistent grand nombre d’écrivains dans leur carrière d’artisans.

Citations:

Je m’intéresse aux emplois du temps. Même lorsque nous lisons de la physique, nous nous informons de la moindre particule. Que vais-je donc faire ce matin ? Nous vivons, notre vie, bien sûr, comme nous passons nos journées. Ce que nous faisons de cette heure, de cette autre, est ce que nous faisons tout court. Un emploi du temps protège du chaos et du caprice. C’est un filet pour attraper les jours. C’est un échafaudage sur lequel l’ouvrier peut se camper et travailler à deux mains sur des pans temporels. Un emploi du temps est un simulacre d’ordre et de raison. Une imposture réfléchie puis concrétisée ; c’est un havre de paix dans le naufrage du temps ; c’est un canot de sauvetage à bord duquel tu te retrouves, des dizaines d’années plus tard, toujours en vie. Chaque journée est identique à la précédente, si bien que tu te rappelles ensuite leur succession comme une forme floue et puissante. (p. 45-46)

Qui m’apprendra à écrire ? désirait savoir un lecteur.

La page, la page, cette blancheur éternelle, la blancheur de l’éternité que tu couvres lentement, affirmant le griffonnage du temps comme un droit, et ton audace comme une nécessité ; la page, que tu couvres opiniâtrement, que tu détruis mais en affirmant ta liberté et ton pouvoir d’agir, comprenant que tu détruis tout ce que tu touches, mais le touchant néanmoins, parce que agir vaut mieux qu’être là dans l’opacité pire et simple ; la page, que tu couvres lentement de l’entrelacs tortueux de tes viscères ; la page dans la pureté de ses possibilités ; la page de ta mort, à laquelle tu opposes, toutes les excellences défectueuses que peut réunir ta force vitale : cette page t’apprendra à écrire. (p. 78-79)

L’écrivain étudie la littérature, pas le monde. Il vit dans le monde, il ne peut pas le rater. S’il a un jour acheté un hamburger ou pris l’avion, il épargne à ses lecteurs le compte-rendu de son expérience. Il fait attention à ce qu’il lit, car c’est ce qu’il écrira. Il fait attention à ce qu’il apprend, car c’est ce qu’il saura. (p. 90-91)


Référence: Dillard, Annie. En vivant, en écrivant. Paris: Ed. 10/18, coll. « Bibliothèques », 142 p. Traduit de l’américain The writing life par Brice Matthieussent.

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