Lecture: Totale éclipse – Cécile Wajsbrot

Totale éclipse

Cécile Wajsbrot (1954-…)

Cécile Wajsbrot est née à Paris en 1954. Elle travaille d’abord comme professeur agrégé de Lettres modernes avant de quitter l’Éducation nationale et de se lancer dans le journalisme free-lance et dans la traduction, métiers qui lui permettent d’écrire. Elle collabore aux revues Autrement, Les Nouvelles Littéraires et Le Magazine littéraire. Elle dirige un an la rubrique « Livres » des Nouvelles Littéraires et rend compte au Magazine littéraire des littératures de l’Est.

Cette petite-fille de déporté polonais peaufine ses textes entre Paris, qu’elle a quitté, et Berlin, qu’elle a choisi, réconciliée avec l’Allemagne, pays d’avenir, dit-elle.

Ses romans établissent une relation entre un passé difficile et des histoires individuelles fortes. Le silence et la souffrance de ses personnages résonnent en chaque lecteur.

Source: Babelio

Résumé du livre

À Paris, dans le café où elle a l’habitude d’aller, la narratrice entend une chanson qui la plonge dans le souvenir d’une histoire, le souvenir de sentiments auxquels elle croyait avoir renoncé. Photographe, elle est aussi dans un moment de perte d’inspiration. Une rencontre imprévue la replonge dans les affres de l’amour, en même temps qu’elle lui ouvre de nouvelles pistes de réflexions artistiques. La création et la vie se mêlent, l’une servant l’autre. Mais l’équilibre ne risque-t-il pas de s’inverser en cours de route ? « Quand la réalité devient trop cruelle, trop dure, je choisis un morceau que j’aime et je plonge dans un océan familier, les guitares électriques, la batterie soulignent le rythme de ma nage, rien d’autre n’existe, ni ceux qui m’ont blessée ni ceux qui pourraient adoucir le sort, rien que la voix de quelqu’un qui me raconte sa vie, une histoire qu’il ou elle a vécue, ou qu’un ami, une amie lui a racontée, une scène à laquelle il ou elle a assisté. (Quatrième de couverture)

Impressions-lecture

Un chapitre=une chanson. Voilà le format adopté par l’auteur et d’une efficacité sensible et fragmentaire comme je les aime. Beaucoup d’auteurs tentent d’allier la musique, la vie et l’écriture, mais peu parviennent à nous transporter avec autant de sensibilité que Cécile Wajsbrot. Ici, la musique (quelle qu’elle soit) est autant sujet que toile de fond pour l’histoire que nous raconte la narratrice (ce « je » gnomique), cette histoire universelle de l’absence, de la séparation, de la perte et du souvenir.

Car il ne s’agit pas vraiment d’un « je » en particulier ici mais d’un témoignage parmi d’autres sur ces sujets ô combien humains dans leurs contrastes et leurs aléas.

Les chansons dont il est question à chaque chapitre sont autant de souvenirs égrainés et ravivés par leur écoute. Depuis ma lecture de ce livre, j’écoute chaque jour « Famous blue raincoat » de Leonard Cohen qui moi aussi me parle et me touche, fait appel tant à mon propre passé qu’à celui de la perte de façon plus générale et du deuil.

Le « je » fait appel à toutes ces chansons qui ont marquées son histoire à un moment ou un autre, des chansons pas forcément choisies ni forcément appréciées mais qui ont étés là (dans un café à ce moment précis, lors d’une rencontre,…) et qui font parties des souvenirs eux-mêmes, comme toutes ces chansons qui nous accompagnent au long de notre vie et qui, en nous, sont chargées de notre histoire, d’instants partagés ou de moments intimes à tout jamais.

Le prose lyrique, sorte de flux de conscience très woolfien, accompagne ces mélodies au rythme tourbillonnant des souvenirs qui étreignent le « je » dans son propre passé, un passé qui semble emprisonner, à l’instar de cet éternel retour de la perte qui parcourt nos vies humaines.

Citation

It’s four in the morning, the end of December/I am writing you now just to see if you’re better. La guitare parle autant que la voix, j’écris pour savoir si tu vas mieux. S’adresse à l’invisible en nous, en moi. Des fragments, des éclats de conscience qui peinent à se rassembler. Les chansons qu’on aime touchent plus encore lorsqu’elles prennent au dépourvu. Quand on ne choisit pas de les entendre, que le hasard décide à notre place. Lorsqu’une voix s’élève du fond du temps. (p. 10)

Détruire. Ce qu’on a construit lentement, avec hésitation, remords, avec incrédulité. Obtenir ce qu’on veut et se le voir refuser. D’un coup. Sans raison. Sans explication. Quelque chose et puis plus rien. Recommencer – combien de fois ? A chaque âge de la vie. Quelque chose et puis plus rien. Quelqu’un et personne. Il était là, je le voyais, je le sentais, il venait, m’appelait, il me parlait, me touchait. Je vivais le présent. Chaque rencontre était l’unique, ma vie, un pont de l’une à l’autre. Les phrases sans lui illuminées par les phrases avec lui. Les moments sans lui justifiés par le souvenir de sa venue ou par l’attente. Mon corps n’existant que par le sien. Ma vie en dehors de lui éclatée, incendiée – anéantie. Maintenant je n’existe plus. Je revis chaque instant, chaque rare parole, je vois ses gestes, je sens son approche, ses mouvements, je sens le vide en moi. (p. 129)


Référence: Walsbrot, Cécile. Totale éclipse. Christian bourgeois éditeur, DL 2014, cop. 2014, 208 p.


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