Lecture: Tendre est la nuit – Francis Scott Fitzgerald

Tendre est la nuit

Francis Scott Fitzgerald (1896-1940)

F. Scott Fitzgerald, de son nom complet Francis Scott Key Fitzgerald, né le 24 septembre 1896 à Saint Paul (Minnesota) et mort le 21 décembre 1940 à Hollywood, est un écrivain américain.

Chef de file de la Génération perdue et représentant de L’Ère du Jazz, il est aussi celui qui lance la carrière d’Ernest Hemingway.

Il se marie en 1920 avec Zelda Sayre, une jeune fille du Sud qui sera son égérie (et l’auteure d’un roman autobiographique : Accordez-moi cette valse, publié en 1932). Ils ont une fille, Frances Scott Fitzgerald, qu’ils surnomment « Scottie ».

Il est l’auteur de Gatsby le magnifique (1925), de Tendre est la nuit (1934), et de nombreuses nouvelles parmi lesquelles Un diamant gros comme le Ritz et L’étrange histoire de Benjamin Button, pour ne citer que les plus connus.

Sources: Wikipédia

Tendre est la nuit

Ce quatrième roman de Fitzgerald ne connu aucun succès à sa parution. Il fût inspiré à Fitzgerald par ses années passées sur la Côte d’Azur et surtout par la schizophrénie de sa femme Zelda. Les premières trente page du roman concentre le lecteur sur le point de vue de Rosemary, une jeune actrice qui vient de rencontrer le succès grâce à son dernier film et passe ses vacances chaperonnée par sa mère. Elle remarque sur la plage un groupe de jeunes gens un peu dévergondés, en tout cas festifs, et s’attache à l’un d’eux, Dick, qui est en fait le personnage principal du roman. Dick est marié à Nicole, un mariage basée sur une admiration réciproque mais aussi (nous le découvrons plus tard) sur la maladie de Nicole. Dick est aliéniste dans un hôpital psychiatrique et Dick s’ennuie de plus en plus dans cette vie de soirées mondaines et de petitesse. Il ne se reconnaît plus, ne reconnaît plus sa femme et ce qu’ils sont devenus. D’errances en déboires, nous assistons à la chute d’un couple que tous croyaient inaltérable…

Wikipédia: Le titre du roman est tiré d’un vers d’Ode à un rossignol (Ode to a Nightingale), de John Keats, et fait allusion à la volonté d’échapper à l’éphémère qui obsède ses personnages. Car, au-delà de constituer la chronique d’une génération d’expatriés sur le Vieux Continent, Tendre est la Nuit révèle le mal de vivre d’une génération entière et, mieux, les besoins infinis de l’être humain dans un monde que toute transcendance a quitté.

Impressions à chaud

Il y a des livres comme ça qui restent des années sur nos étagères sans qu’on ne s’y intéresse. On les a pourtant bien achetés et choisis mais tout en sentant que ce n’était pas encore le moment, qu’on n’est sans doute pas assez mûr pour le rencontrer tout de suite et l’ouvrir. Car il s’agit bien souvent de ces classiques dont on reporte toujours l’échéance de lecture mais qu’on se promet de lire un jour parce qu’ils nous paraissent essentiels. On l’a acheté aussi, à un moment donner, parce que c’est une sorte de défi placé là sur notre bibliothèque, qui nous fait la guigne chaque fois qu’on se place devant l’étalage de livres pour choisir le prochain à lire. C’est en tout cas de cette façon que je fonctionne personnellement et Tendre est la nuit fait parti de ces livres que je m’étais promis de lire, et quel éclair visionnaire n’avait-je pas eu! Mais jusqu’à présent, je sentais que ce n’était pas encore l’heure. Je l’avais prête à ma grand-mère il y a quelques années en me disant, grâce à une intuition qu’on ne peut expliquer, que ce livre lui plairait: elle l’avait lu en à peine deux jours au cours d’une nuit d’insomnie et me l’avait rendu, émotive, en me disant que c’était un très beau livre. Et bien voilà qui est fait aujourd’hui: un livre essentiel de plus à ajouter à mes fragments de lecture essentiels et un de moins qui me lorgnera depuis ma bibliothèque.

Comment définir un classique tel que celui-ci? C’est fulgurant, c’est intense. D’une intensité et d’une perspicacité dans la représentation de sentiments humains dans tous leurs contrastes et leurs nuances! Je n’arrivais plus à me détacher de la lecture: le style est tellement fluide, les pensées sont captées sur le vif. On a l’impression de penser avec les personnages, de ressentir en même temps qu’eux. On ne compte plus les nombreux passages de fulgurances, la finesse de l’analyse psychologique des personnages faite au rasoir mais pas forcément dans une complexité exacerbée: l’analyse reste à la portée de l’humain, tellement universalisée à partir d’un exemple (les personnages dans une période de doutes et de déroute comme chacun vit ou sera amené à vivre). Et on ne peut s’empêcher de penser au contexte dans lequel Fitzgerald a écrit ce livre, lui-même perdu dans cette errance de l’amour et de l’âme qu’il vivait avec Zelda et qu’il a su représenter avec tant de perspicacité, de détachement et de visionnalisme (encore un mot que j’invente, oui je sais): cette intuition pour la vie, cette compréhension de l’humain, qui sont la panache des grands écrivains.

On ne s’ennuie jamais dans ce livre. Je n’ai pu que remarquer également les influences de Fitzgerald, ancré dans son époque: connaissance de la psychologie et de la psychanalyse encore toute récente, une ouverture aux nouveaux modes d’écriture qui ne cherche plus à sonder une société mais une âme dans ce  qu’elle a d’individuel et d’universel rendu vivant grâce à des procédés d’échos: on passe de la pensée d’un personnage à un autre, des pensées qui se parlent tandis que le dialogue oral est fait de non-dits et de restrictions. Rien n’est réellement dit directement ou ce n’est que par de brèves sentences fatalistes (le constat que tout est fini, qu’on a trop laisser les liens entre les êtres se détériorer pour que ce soit réparable) mais tout est implicitement compris entre les deux personnages principaux (ce couple en déchéance) qui se sont tellement compris dans leur psychologie la plus intime qu’ils finissent par se dégoûter.

Rien n’est tendre finalement dans ce roman amer qui fait le constat d’un échec cuisant: celui de la passion folle dont on n’est pas parvenu à accepter l’assagissement et que sa puissance puisse se complaire dans une certaine stabilité.

Bref, j’ai été transportée de bout en bout. Et je vois encore une fois combien la lecture des classiques est inaltérable. Je pourrais le relire cent fois pour découvrir chaque fois de nouvelles nuances. Intarissables. Il est beaucoup plus rare que je sorte tellement transformée, tellement admirative, d’un livre contemporain, quoiqu’il y en ait bien sûr. Mais cela confirme encore mon idée que les classiques sont des valeurs sûres, elles élèvent l’âme, l’humain, nous ne pouvons en sortir indemnes que ce soit pour l’écriture elle-même ou pour ce qui est dit, même si l’histoire en elle-même ne nous transporte pas, ne nous plonge pas dans une certaine empathie. Il y a quelque chose de dit là qui est essentiel et qui vous nourrit pour des éternités.

La citation

Il existe dans toute chambre occupée, quelques surfaces réfléchissantes, dont on prend à peine conscience: le bois verni, le cuivre plus ou moins astiqué, l’argent, l’ivoire, auxquelles viennent s’ajouter des milliers de petits endroits, où l’ombre et la lumière peuvent jouer, endroits si innocents en apparence, qu’on ne les soupçonne même pas: le haut d’un cadre, les facettes d’un stylomine, le bord d’un cendrier, un bibelot de cristal ou de porcelaine. C’est l’accumulation de ces divers reflets (entraînant de subtils réflexes optiques, tout en éveillant par association, des fragments d’anciens souvenirs, que notre subconscient semble avoir gardés en réserve comme un ouvrir verrier garde en réserve certaines pièces moins bien façonnées, en se disant qu’il pourra peut-être s’en resservir), c’est donc l’accumulation de ces divers reflets qui explique pourquoi Rosemary put dire, par la suite, qu’avant même de se retourner, elle avait « senti », de façon surnaturelle, qu’elle n’était pas seule dans sa chambre. (p.151)

Et cet extrait fait seulement deux phrases !…


Référence: Fitzgerald, Francis Scott. Tendre est la nuit. Editions Belfond, 414 p. Le livre de poche. DL 1990, cop. 1985 (pour la traduction française)

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