Et de réécriture en réécriture, de feuille en feuille, de port en port…

J’ai fini la troisième réécriture de mon roman Wish you were here (ou quatrième ? Je ne sais plus vraiment tellement j’ai pu le reprendre dans son intégralité ou par fragments, c’est peut-être même la dixième fois en tout si je compte les reprises de fragments par-ci par-là)…

Cette fournée a été assez rapide, toujours aussi intense, me replongeant sans garde-fou dans l’histoire, les personnages, l’empathie… Peut-être trop d’empathie justement… C’est ce qui me fais dire, après avoir fini ce premier jet, de laisser ce roman un peu reposer quelques temps jusqu’à ce que j’ai suffisamment oublié l’histoire et les personnages (et, étant donner ma mémoire de poisson rouge, ce devrait être rapide si je m’efforce de ne pas y penser).

J’ai commencé à faire lire également à deux personnes, j’ai déjà pu assister à des réactions très vives contre les personnages, puis ces réactions se transformaient peu à peu au cours de la lecture pour en venir à plaindre le personnage qui agaçait au début. Je dirais que c’est bon signe : ça signifie que les personnages sont suffisamment travaillés qu’ils prennent un effet de réel et qu’un lecteur se met à le considérer comme une personne à part entière. Je n’épiloguerais pas tout de suite sur ces réactions et critiques que j’ai pu voir chez mes deux premiers lecteurs, je laisse pour l’instant le moi-écrivain s’en imprégner, les digérer, les remâcher pour reprendre (une dernière fois peut-être) mon roman.

Ces critiques me permettent de prendre de la distance par rapport au récit et aux personnages, de les voir avec d’autres yeux en fonction des remarques : « tiens, c’est vrai, je ne l’avais pas vu comme ça mais cette perception est loin de pouvoir être démentie et c’est même intéressant de voir ce que peut déclencher telle attitude de tel personnage chez tel lecteur »…

Là, intervient donc la phase où le moi-écrivain doit ravaler son orgueil, se taire suffisamment pour laisser libre-court aux réelles critiques (celles qu’on croit devoir retenir mais que ces lecteurs éclairés que nous nous choisissons ne répriment justement pas et c’est là tout l’intérêt de leur critique) et là, il faut que l’écrivain encaisse, encaisse, encaisse encore jusqu’à ce qu’il puisse voir les personnages différemment, jusqu’à ce que tel passage lui saute tout à coup aux yeux et qu’il se dise : « mais bien sûr ! ça n’a queue ni tête cette scène, et quel intérêt! » et ensuite, c’est le « procédé de sape » comme disait Virginia Woolf : on coupe le texte, on se bat avec lui, on lui file des coups, il nous répond, agacé, énervé, profondément furieux de cette attaque, avec encore plus de hargne, plus d’orgueil et bam ! La scène, le chapitre, la phrase, le roman en entier prend peu à peu tout son sens, non pas pour l’auteur qui n’y comprend plus vraiment grand-chose, mais pour le lecteur qui lui peut enfin se retrouver intégré.

Mais je n’en suis pas encore là, il ne faut pas que je m’emballe aussi rapidement et croire que je vais pouvoir m’atteler aussi vite à la finalisation de Wish, non, je ne suis pas encore prête, je le sais… La preuve en est, c’est que jusqu’à présent, chaque fois que je retravaille Wish, je m’y laisse happer trop facilement et perd la distance nécessaire pour lui donner un visage plus universel… Je sens qu’il me faudra sans doute commencer un nouveau gros projet (un autre recueil de nouvelles peut-être) pour passer à une autre étape et revenir vers Wish une fois que je serais aller planter mon dard ailleurs…

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