Critique: Le Banquet de Platon

Depuis des années que je voulais lire ce livre, je dois bien avouer que sa lecture n’est pas à la hauteur de mes espérances.

Peut-être est-ce dû à la traduction qui utilise des termes comme « à côté de la plaque »… je doute que c’est ce que Platon ait voulu dire. Je ne suis pas contre la traduction modernisée mais pas pour non plus pour ce type d’anachronisme qui semble appauvrir le texte en voulant nous le rendre plus accessible. Bien sûr que c’est difficile de lire Platon, ou de la philosophie en générale, mais c’est aussi dans cette difficulté d’approche qu’un classique comme celui-ci se révèle dans sa densité, ses différentes couches successives qu’il faut soulever pour découvrir chaque fois un nouveau sens. Je doute que si Platon avait écrit un livre aussi simple que la traduction le laisse paraître, celui-ci aurait survécu plus d’un millénaire pour parvenir jusqu’à nous.

Virginia Woolf a défendu elle-même la cause de la lecture dans le texte antique original, malheureusement pour moi, j’ai toujours été très mauvaise en langues mortes, sans doute des langues très construites, très grammaticales, pas assez flexibles pour moi qui invente sans cesse des mots qui n’existent pas.

Heureusement, lorsque nous entrons dans le dialogue philosophique à proprement parlé que constitue le cœur du banquet, les idées sont tout de même là, dans leurs nuances. Malheureusement pour moi, encore une fois, j’avais peut-être déjà trop entendu parler des diverses théories que présente Platon par l’intermédiaire de la parole de philosophes réunis autour d’un repas pour pouvoir être suffisamment surprise et refermer le livre avec cette impression d’avoir fait une découverte capitale ou d’avoir pu ouvrir de nouvelles portes de perceptions.

Le sujet du livre est en fait assez simple : une dizaine de philosophes se réunissent autour d’un banquet pour discourir d’un thème philosophique et chacun à son tour prononce son discours sur le sujet choisi. Le sujet ici est Eros, dieu de l’amour et de la puissance créatrice dans la mythologie grecque. Plus nous avançons dans le dialogue, plus les discours se font pointus et feuillus jusqu’à celui de Socrate, peut-être le plus pertinent, qui questionne non seulement Eros mais aussi l’amour, la beauté, la relativité surtout de ces termes dont il met en doute la définition sociale.

J’étais attirée depuis l’adolescence vers ce livre, c’était d’abord grâce à une référence ce rock’n roll : un film d’opéra rock qui fais encore aujourd’hui parti de mes films préférés : Hedwig and the Angry Inch, le film d’une réalisation de soi grâce à la musique, de la découverte de l’altérité et donc de la compréhension de soi par la thérapie du rock (si si c’est une thérapie je vous assure, combien le rock a-t-il sauvé de vies ?! Combien en a-t-il démoli, ça c’est une autre histoire et ce n’est pas la musique qui peut nous démolir c’est le mauvais usage qu’on peut en faire). Bref, dans ce film, Hedwig et son groupe interprète la chanson Origin of love, très largement inspirée du discours que prononce Aristophane dans Le Banquet, cette mythologie qui voudrait que nous ayons été des êtres complets et ronds, coupés en deux par les dieux pour notre effronterie ; nous serions ainsi condamnés à chercher, peut-être éternellement, notre moitié, l’amour nous permettant de pouvoir finalement recouvrer notre complétude. Bien que je sois assez réticente en ce qui concerne ce genre de croyance (cette vision romantique, trop absolue pour moi, voulant que l’amour soit notre remède dans la vie et notre seule source de complétude… no coment), je trouve pourtant cette mythologie empiriquement belle, dans le sens où nous, humains, représentons ces choses désincarnées sur terre, vouées à perpétuellement chercher ce qui pourra nous remplir, sans pour autant jamais nous satisfaire, et accumulant donc les fragments. C’est le propre de l’homme, conclut Socrate, que de vouloir toujours accéder à ce qui est bon, que d’avoir tout simplement, toujours, une quête…

En bref : Le Banquet de Platon questionne l’amour, ses différentes perceptions et ses différentes façons de le vivre à travers les discours de plusieurs philosophes réunis atour d’un bon verre de vin. Avis : un classique à connaître assurément mais pour ma part déjà trop connu avant de l’avoir lu pour pouvoir avoir un regard neuf.


Note bibliographique : PLATON, Le Banquet, traduction inédite de Jean-François Pradeau, introduction et notes par Luc Brisson, GF Flammarion, impr. 2007, cop. 1998, 272 p.

D’autres critiques dans la catégorie Critiques de livres

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s