Cartes à jouer l’écriture

John August, scénariste des films Big fish, Charlie et la chocolaterie, entre autre, a crée un « writer emergency pack », sorte de paquet de jeu de cartes sur lesquelles il prodigue des conseils aux écrivains du type « Changez les relations : envisagez d’autres manières dont vos personnages pourraient être liés, maintenant et par le passé », des aides pour contrer la fameuse angoisse de la page blanche. Pour en savoir plus, un article intéressant sur le site Etage.

Personnellement, je ne trouve pas ça si aberrant. Au final, il n’a fait que reprendre des questions qu’un écrivain en train d’écrire, ou de réfléchir à ce qu’il écrit, peut être amené à se poser. Après, le fait d’en faire des cartes à tirer au hasard me paraît un peu plus discutable: ce n’est pas en piochant une carte au hasard qu’on va réussir à résoudre l’énigme que pose ce qu’on est en train d’écrire. C’est vrai que c’est assez simpliste comme procédé car – ça n’engage que moi – c’est réduire le procédé d’écriture à établir d’emblée un résultat à ce qu’il cherche alors que une des joies de l’écriture est aussi de se faire surprendre soi-même en découvrant les questions que soulève notre texte. Au final, ce sont les questions qu’on cherche en écrivant et pas des solutions. Si on donnait au lecteur le texte en lui disant: « voilà, c’est ça la solution », ce serait déjà assez péremptoire – qui peut dire avoir vraiment compris quoique ce soit, c’est un feeling qu’on partage, non des normes – et en plus, le lecteur n’aurait pas envie de perdre du temps à lire puisqu’on lui fournirait d’emblée le résultat du livre. Personnellement, je ne me taperais pas 600 pages à lire si je connaissais déjà la fin de l’histoire. Bref, je m’égare un peu mais c’est pour argumenter sur le fait que ces petites cartes ne sont en soit pas une mauvaise idée – et si ça peut aider certains, pourquoi pas après tout ! – mais il faudrait le prendre comme une aide à développer des mécanismes de penser sur son écriture – finalement, simplement à parvenir à prendre de la distance par rapport à son texte – plutôt que de jouer la facilité en recourant toujours à ce genre de méthode qui pallie à la base de l’écriture : la réflexion consciente et inconsciente avant de se mettre vraiment à sa table pour écrire un texte. Belinda Cannone dit :

Connaître-écrire consiste à déployer les questions qui traversent notre vie et qui d’être déployées, la transforment. Un grand livre est toujours une question, un faisceau de questions existentielles. Ce qui conduit l’écrivain devant la page (l’écran), c’est l’urgence de la question, la nécessité de l’ouvrir, de l’étaler, comme on déplierait patiemment les pétales délicats d’un coquelicot encore resserrés […]. Le livre achevé est-il une réponse ? […] Et en effet, si la question que pose un roman pouvait être résumé si aisément, il ne serait pas nécessaire d’écrire le livre. » (Belinda Cannone, L’écriture du désir, Gallimard, 2012, p. 50-52)

Je me suis peut-être un peu écartée du sujet de départ… Quand on écrit, bien sûr qu’on est confronté à des questions quant au texte, bien sûr qu’on doute toujours de ce qu’on écrit ou allons écrire, bien sûr parfois on peut rester devant sa page où s’accumulent les phrases, les ratures, c’est un éternel palimpseste (un texte est toujours quelque chose d’inachevé en soi), mais cette quête, cette recherche, ce combat avec les mots, les histoires qu’ils créent, c’est ça qui est intéressant, le texte fini au final a surtout de l’intérêt pour un lecteur. Enlever ce processus par quelque artifice, c’est réduire le texte à ce que tout un chacun pourrait écrire en lui soustrayant cette étincelle, sa réflexion personnelle, sa propre perception. Est-ce à dire que de tels objets sont complètement inutiles ? Non, je ne pense pas mais, pour ma part, il ne faut pas s’arrêter à ça…

Merci pour ce partage Sylvie.

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