Le Shaker, webzine culturel

Cet été, n’oubliez pas de partir avec Le Shaker, un webzine qui ne pèse rien dans vos valises mais vous ouvre beaucoup de portes dans vos esprits.

C’est un webzine dont j’ai eu l’idée il y a deux ans et qui s’est vite enrichi grâce à l’investissement de nombreuses personnes sans lesquelles il n’aurait pu être. Comme d’habitude quand j’ai une idée, Le Shaker c’est le bordel, un cocktail dans lequel trouver une dose de culture (littérature, cinéma, musique, jeux, histoire, société, etc.) à vous injecter sans modération! Des articles courts, des illus magnifiques et une belle mise en page, tout ça fait par nos petites mimines, alors n’hésitez pas à nous lire, nous soutenir, nous partager!

Pour en savoir plus et télécharger les quatre premiers numéros, c’est par ici: https://le-shaker.me/

A venir le 31 juillet: le numéro Germaine Greer!

#Extrait 55

J’ai besoin d’écrire ce que je ressens. J’ai besoin de prendre un moment pour fixer ces sensations. Je suis avec des amis, dans notre café quotidien. J’aimerais pouvoir tout éterniser sur un bout de papier pour retenir ces émotions, ces sentiments liés à cet instant présent, pour ne pas le perdre dans le passé, pour que rien ne s’échappe.

Car je sais ne pouvoir retrouver ces sentiments exactement comme j’ai pu les éprouver il y a même quelques secondes. Je sais pertinemment qu’alors que je tenterai de les décrire, ils seront déjà loin, évaporés par un nouvel instant présent, par de nouvelles impressions qui ne seront, à jamais, plus tout à fait les mêmes, luttant pourtant continuellement contre cette échappée folle, cette vieillesse constante.

Je veux que rien ne s’échappe.

J’ai peur de perdre ces émotions uniques à travers les inconstances de la mémoire humaine. Mais c’est là tout le paradoxe : en cherchant à fixer ces moments, je suis en retrait, observatrice de la scène, imperméable aux sensations que je ne peux ressentir sans participer. Je sais que ces impressions fugaces sont déjà l’éternel présent des fantômes que je laisse derrière moi ; les égrainant comme autant de clichés à la seconde de mes êtres passés. À chaque instant, je perds des bouts d’êtres de moi-même. Je voudrais lutter contre ça, alors que cette lutte même voile le présent continu s’effilochant devant mes yeux sans que je ne puisse y prendre part.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes

#Extrait 54

Les années paraissent s’enfuir comme si elles appartenaient à quelqu’un d’autre. En fait, les années n’appartiennent à personne : nous leur appartenons.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Echoes

On n’aime pas toujours ses personnages

J’ai commencé ce matin à taper Echoes. Le tout premier chapitre représente ce que je cherche à faire dans le reste du roman : fluidité, rythme, flux de pensée, découverte progressive et approfondissement progressif des personnages, échos des pensées entres les personnages.

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Photo by Masaaki Komori on Unsplash

Mais j’aperçois déjà le gros problème que va me poser ce roman, un problème que je n’avais pas encore rencontré jusque-là : je trouve mon personnage principal antipathique, dans ce chapitre en tout cas. Elle m’agace à être en rébellion contre tout et tout le monde, elle m’agace dans son besoin de se sentir au-dessus des autres et de juger parce qu’elle-même n’est tout simplement pas bien dans sa peau. Je sais que ce personnage va évoluer et s’ouvrir au fur et à mesure du livre, que c’est d’ailleurs le thème d’Echoes (la transformation) et qu’il faut sans doute en passer par cette phase d’antipathie pour apprécier ce qu’elle devient ensuite. En tant qu’auteur, je dois me confronter à ce nouvel exercice : me mettre dans la tête de quelqu’un que je n’apprécie pas et ne comprends pas, pis qui m’agace ! Et sans essayer de modifier sa personnalité, c’est ainsi qu’elle doit être, du moins au début, et je dois respecter la construction de ce personnage.

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Photo by Ryan Oswick on Unsplash

Je ne dois pas non plus laisser percer mon propre jugement sur ce personnage : il s’agit d’un flux de pensée ce qui exclut que le personnage puisse se juger lui-même avec autant de virulence. Cet exercice devrait être intéressant je pense ! D’autant que Lise tient beaucoup de ce que j’ai pu être à une époque ; c’est sans aucun doute d’ailleurs ce qui me la rend antipathique : personnellement je suis passé à autre chose.

Mais petit à petit, j’ai également l’impression que c’est un autre personnage qui prend la place prépondérante dans ce roman : Anaïs est le personnage clairvoyant, celui qui voit plus loin que tous les autres, qui est à la fois en plein cœur de la vie et en dehors, et je ne cesse pas de penser à elle.

Ecrit le 12 février 2016, lors de l’écriture d’Echoes.

#Extrait 53

Combien de temps a-t-elle dormi ? La bougie posée sur la table de fer forgé à côté d’elle lui indique que ça n’a pas dû être très long. Pourtant, elle a la sensation que la pièce s’est extrêmement rafraîchie depuis tout à l’heure et qu’un laps de temps incommensurable a passé entre son endormissement et son réveil. Héloïse remonte le châle sur elle et observe la pièce d’un air inquisiteur, bougonne, comme si cette pièce même l’avait agressée dans son sommeil. Sensation de déjà vu inquiétante. Elle se dit qu’il doit s’agir d’un de ces rêves prémonitoires – comment appeler cela autrement ? -, une seconde vue, qui lui aurait permis d’anticiper cette scène anodine.


Dans cette série #Extrait, je partage avec vous des cours extraits de mes écrits, que ce soit nouvelles (isolées ou dans un recueil), romans (écrits ou en cours), essais, fragments…

Ici, il s’agit d’un extrait de mon roman Fantômes